RIO-DE-JANEIRO
les flancs de la montagne pour venir aboutir a quelques mètres du sommet. Pendant ce parcours on jouit du plus merveilleux spectacle que l'on puisse rêver, soit sur la rade et la ville, soit du coté de la pleine mer.
L'eau abonde; de tous les cotés on la voit sourdre des ilancs de la montagne. Sur les bords du rio Carioca, où elle tombe en murmurant, se dressent des fougères au tronc trapu, des bananiers au feuillu^i; si tendre : toutes les plantes, en un mot, quasi étiolées de nos serres d'Europe, qui, sous ce climat torride, par celte humidité constante du sol, acquièrent les grands* dimensions qu'elles avaient aux époques de la formation de la terre. Sur les troncs couverts de mousse de ces arbres séculaires se sont fixées de superbes orchidées, aux Heurs brillantes, parasites de ces géants de la Uore tropicale.
A l'extrémité de la voie ferrée, un petit chemin en labyrinthe, creusé dans le roc, conduit au sommet de la montagne, où s'élève un pavillon en fer servant d'abri aux voyageurs surpris par la pluie, fins loin, une petite plate-forme permet d'embrasser d'un coup dVi) le panorama qui est devant soi. C'est un des plus beaux qu'on puisse voir au monde. A la base même du Corcovado la ville apparaît en miniature, éclairée par le soleil couchant, Les morros ne se distinguent plus à cette hauteur. Seuls, les massifs de verdure apparaissent en petites taches noires sur ce fond si blanc. L'n silence de mort régne sur tout, et l'on se croirait devant une ville subitement endormie.
Au loin, de l'autre ciMé de la baie, dans la province de Niclerohj, de nombreuses cliaiues de montagnes boisées vont se perdre dans cet immense empire du Brésil, si peu connu encore... Au levant la mer, toute élincelanle en ce moment, se perd et se confond au loin avec la voûte éthérée... Les iles Redonda et Hasa, à quelques milles de la passe, semblent garder la baie. Sur la plage, un long filet d'écume tranche, par sa blancheur même, sur la couleur d'or du sable. Au couchant, au fond de la baie, la Serra dus OryuM, les Orgues, aux grandes colonnes granitiques, abrite les charmants villages de Petropolis, Theresapolis, Nova-Friburgo, lieux de villégiature pour la population aisée de Bio.
Du sommet seul du Corcovado on peut juger de l'immensité de la rade. Plus de cent lies émergent de celle immense nappe d'eau : Gobernador, Paquela... Le contour est festonné de nombreuses criques au fond desi^uatt^ ï^ cajSaevS.
de charmantes villas, les chacuras des heureux Fluminenses1... » (E. Deiss, De Marseille au Paraguay, Cerf éditeur,
D'après M. Gabriel Gravier, le nombre des Indiens indépendants du Brésil, Indios bravos, est d'environ un million, occupant un territoire de cinq millions de kilomètres carrés {Étude sur le sauvage du Brésil, Paris, 1881, p. 16). Le docteur Amédée Moure écrivait en 1862 que la population indienne comprenait environ 4 millions d'individus, formant 400 tribus. Mais il comptait dans ce chiffre les Indiens soumis et à moitié civilisés.
Caractères physiques. — « La plupart de ces tribus, et en particulier celles encore barbares, se tatouent le visage et le corps. Les teintes et les dessins varient suivant la nation, Tâge, le sexe, et leur servent de marque distinctive. Les traits généraux de l'Indien ne manquent pas d'énergie virile et révèlent une sorle de gracieuseté native. Ces Indiens ont les yeux obliques, à la façon des Tartares; comme ceux-ci, leur visage est rond, et les pommettes des joues sont saillantes. Quant à leur chevelure, elle est très noire et lisse, ce qui est une autre preuve de leur non-parenté avec la race nègre, dont les cheveux sont crépus et laineux.
Les Indiens ont la barbe et les poils rares. Leurs traits ne sont point aplatis, et leur nez offre un dessin régulier. Leur bouche, petite et bien proportionnée, laisse apercevoir des dents blanches et aiguës. Ce n'est pas qu'ils n'aient que des canines, mais cette acuité des dents provient d'un limage spécial, qui dénote, du moins, du soin et de la propreté pour cette partie du corps. Il y a des tribus dont la coupe du visage semble conforme à celle de l'Européen; mais le ton rouge cuivré accuse toujours la race indienne.
Leurs habitudes. — D'après l'examen de la constitution extérieure de la race indienne sud-américaine, il est possible de préciser ses aptitudes générales. Le front bas et voilé dénote la ruse. Les vicissitudes de la vie errante et sauvage développent merveilleusement la finesse des sens. Sa large
1. Le Corcovado a une altitude de 709 mètres ; la Gavea, 1,000 mètres ; la Serra de los Orgaos, 2,232 mètres au point culminant. Quant à la rade, son pourtour est de 120 kilomètres, et sa largeur de 30 kilomètres.
poitrine et ses vastes épaules, son col fluet, ses narines démesurément dilatées, ses yeux petits et vils, ses oreilles plus milices que des feuilles d'arbre, épanouies et presque détachées de la tète, sont des organes appropriés à une perpépétuelle mobilité, mais obéissant bien plutôt à l'instinct animal qu'an sentiment moral ou qu'à une impulsion intellectuelle quelconque.
Leurs aptitudes. — Ainsi dépourvu du génie actif, l'Indien ne se meut et n'agit que sous l'empire du besoin. Tant qu'un besoin ne le stimule pas, il dort ou il joue, et vit éternellement plongé dans une torpeur hébétée qui communique à l'ensemble de sa physionomie, à sa démarche, à ses gestes, un je ne sais quoi de morne et de froid qui tient à. la fois de l'être humain et de la brute. Cependant a la vue de l'homme civilisé on remarque qu'un éclair d'intelligence apparaît sur leur front. Ce n'est peut-être là que l'éveil de la sensibilité naturelle au sauvage. Mais, soit intelligence, soit instinct, le phénomène est réel, et tous les voyageurs l'ont observé...
Les conquérants ont jugé les Indiens impropres au travail. Je ne suis pas de cet avis; j'ai remarqué, an contraire, que les Indiens sont de très habiles ouvriers, qu'ils travaillent plus vite, plus longtemps et mieux que les nègres, et qu'ils pourraient leur être subslitués pour les soins à donner aux cultures tropicales. Ils sont plus robustes, plus intelligents, plus malléables que les nègres. Le jour où on les appellera à la civilisation et à la liberté, à la liberté surtout, ils se décideront à se rendre dans les centres de population pour louer leurs bras, et ils feront d'eicellents travailleurs, des citoyens utiles et reconnaissants. Ils ont une qualité de cœur qui les rend aptes à la civilisation, et dont les nègres sont presques tous dépourvus, l'amour de la famille. Cet amour est le seul rayon que Dieu a laissé descendre dans l'âme de l'Indien, et je suis convaincu que ce rayon divin, un jour, sauvera cette race. » (Docteur Amédée Mouke, nouvelles Annales des voyage», 1862, tome 11, p. 8-1S.)
Tupis. — " A cette nalion appartenaient presque toutes les tribus sauvages du Brésil. Ces Indiens étaient foncièrement doui : les cruautés que commirent eL que commettent encore quelques-unes de leurs peuplades sont des faits esceptionnels, et comme des représailles de la barbarie, barbaremenl provoquée au nom de la civilisation. Ils avaient le sens et l'amour de la propriété et de la justice : leurs idées religieuses le prouvent. Ils respectaient le lien ctm'uigaX G\. a.^e.vA.Vt va*-
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timent de la famille... Les Tupis montraient dans leurs travaux agricoles et dans leurs arts grossiers une intelligence assez vive. Enfin ils n'étaient pas insensibles à la poésie.
Ce peuple, qui se serait uni si volontiers à des maîtres humains et équitables, pour faire sous leur direction l'apprentissage de la civilisation, n'eut que répulsion — et c'était justice — pour ses barbares vainqueurs1. Il se rejeta vers la vie sauvage des forêts, recula, s'enfuit devant l'invasion européenne, et s'enfonça dans les solitudes de l'intérieur. Mais les blancs, auxquels il fallait à tout prix des esclaves, poursuivirent, traquèrent comme un vil gibier les Peaux-Rouges timides, qui presque toujours, loin de résister, tendaient les mains aux menottes et présentaient le dos au bâton. Les Paulistes ou colons de Saint-Paul se distinguèrent entre tous dans ces chasses d'un nouveau genre : ils eurent jusqu'à des chiens dressés à dépister l'Indien et, au besoin, à le dévorer. Les sauvages une fois pris et enchaînés, on en conduisait quelques-uns à Rio ou à Bahia, d'où, au début, on les transportait en Europe pour y être vendus. Les autres étaient parqués dans les réductions, villes artificielles où ils ne comptaient guère que comme des têtes de bétail. Nourris de poisson sec et de viande boucanée, employés sans relâche à l'exploitation des forêts et des mines, enrôlés de force dans les armées, exposés sans remède à toutes les épidémies, ils ne tardaient guère à succomber. Leurs bourreaux en étaient quittes pour se remettre en chasse ; mais il leur fallait chaque année aller un peu plus loin pour trouver des victimes. » (A. Debidour, Revue politique et littéraire, 8 juin 1878, p. 1159.)
Suppression de l'esclavage. — « En 1867, la population du Brésil n'atteignait pas dix millions d'habitants. Un sixième
i. « Les colons portugais qui, les premiers, s'établirent au Brésil, n'étaient guère moins barbares que les sauvages eux-mêmes. La plupart, exilés de leur patrie pour des crimes atroces, n'apportaient dans le nouveau monde que des vices. Ces hommes s'accoutumèrent sans peine à voir d'un œil indifférent les cruautés que les indigènes exerçaient envers leurs ennemis, et les indigènes ne tardèrent pas à prendre part à toute la corruption des Européens. Un peuple affreux se forma de ce mélange d'opprimés et d'oppresseurs. » (A. de Saint- Hilaire, Voyage dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil, Paris, Gide, i833, II, 2.)
environ de colle population élail composé d'esclaves. Le Brésil compte aujourd'hui (1889) 14 millions d'habilants au moins, et plus un seul esclave. Le mot même d'esclavage a disparu de notre pays, a été rayé de nos lois. Il n'y a plus que des citoyens libres, soumis aux mômes devoirs et jouissant des mêmes droits. El puisqu'il fut un temps où l'on donnait une valeur vénale à des êtres créés, comme nous, à l'image de Dieu, il faut dire ici que la libération de ce million et demi d'hommes a coulé au Brésil trois milliards au bas mol, sans atteindre sa prospérité. Nous n'avous reculé devant aucun sacrifice pour nous alFranchir de cet héritage douloureux de l'Europe, et nous avons arraché de nos épaules cette tuni que de Nessus, sans que le sang coulât comme aux États-Unis. Nous l'avons dépouillée au milieu des acclamations d'un peuple qui fêtait sou entrée définitive dans la civilisation, et aux applaudissements du monde entier, qui semblait nous être reconnaissant de tant d'audace. <■ (F.-J. de Santa- Anna Mur, le Brésil en 1889, Cb. Delagrave, 1889, préface, p. iv.)
Les Brésiliens sont peu patriotes. — « Le Brésilien est peu patriote ; on pourrait presque affirmer qu'il ne l'est pas du tout. Le mol chauvinisme n'a pas de signification pour nous, car nous sommes trop jeunes, el notre histoire est trop simple pour que l'amour de la patrie ait pris racine dans nos cœurs. Excepté la guerre du Paraguay, ou nous avons fait preuve d'un courage héroïque en nous ballant comme de vrais lions, jamais aucune lutte avec l'étranger n'est venue troubler la pais dans laquelle nous avons toujours vécu jusqu'ici. N'ayant pas été élevés à l'école du malheur, nous n'avons pas pu apprendre a aimer notre pays. Aussi qu'en estil résulte? C'est que tout ce qui vient de l'étranger est par cela même bon; tout ce qui se fait chez nous no vaut rien ou à peu prés. Selon nous, on ne travaille bien qu'à l'étranger, surtout à Paris1...
Sont indolents. — Le Brésilien est aussi indolent, et, ce qui en est la conséquence logique, indifférent '. Nous nous
laissons aller, nous nous laissons vivre. Qu'on ne nous dérange pas, c'est ce que nous demandons. Getle indifférence va même parfois si loin que, pendant une émeute assez sérieuse qu'il y a eu à Rio-de-Janeiro entre la police el la marine, j'ai vu des gens rester tranquillement au coin d'une rue, regardant les balles se croiser devant eux, comme s'ils étaient au théâtre un soir de drame militaire.
Doit-on nous faire un reproche de cette indifférence? Non, car elle n'est que le résultat du climat. Dans tous les pays chauds on constate ce manque d'énergie. Et cela est si vrai qu'à Saint-Paul, qui pourtant n'est éloigné de la province de Rio que de 758 kilomètres, cette indolence disparaît. Les Paulistes sont, en effet, des gens actifs, remuants et entreprenants : c'est qu'ils jouissent d'une température fraîche.
Sont enthousiastes. — Quand il sort de cette apathie à l'occasion d'un fait qui le passionne, le Brésilien est capable des plus grands enthousiasmes ; il se livre alors avec toute sa fougue méridionale, il se porte à tous les excès. Il fallait le voir le jour à jamais glorieux de l'abolition de l'esclavage; il fallait entendre ces cris d'allégresse, cette joie qui transbordait de son cœur et qui se manifestait sous toutes les formes; il fallait assister à ce spectacle vraiment grandiose et unique d'un peuple accomplissant, au milieu du contentement de tous, un acte qui avait coûté des guerres civiles et bien du sang à tous les autres peuples. Ces moments-là rachètent bien des fautes, bien des erreurs...
Malheureusement l'oubli suit de près ces enthousiasmes momentanés. L'émotion est sincère, mais elle passe vite. Nous retombons dans l'indifférence habituelle, et il y a là je ne sais quel manque de reconnaissance pour les moments de joie par lesquels nous avons passé. Le Brésilien a d'ailleurs ceci de commun avec tous les peuples méridionaux qu'il ne sait pas persister dans ses sentiments. Nous ne savons pas haïr longtemps, pas plus que nous ne pouvons conserver l'amitié : l'un et l'autre s'oublient vite chez nous. On ne peut pas dire que ce soit tout à fait de l'ingratitude ni un défaut de caractère : c'est plutôt le résultat de notre tempérament, fait de brusques revirements.
Leurs sentiments démocratiques. — Un trait saillant chez
l'étranger qui vient en ce pays, je conseillerai de s'armer d'autant de patience qu'il ferait s'il pensait se rendre eu ^^* musulman. » (Max Lecleuc, Lettres du Brésil, Pion, 1890, p. 55. N,
le Brésilien, c'est son caractère profondément démocratique. Il serre la main à tout le monde : que ce soit un blanc ou un noir, pour lui c'est tout comme.
Nous ne connaissons pas la séparation de castes, et, tandis que dans les provinces du nord des États-Unis l'homme de couleur est obligé de vivre dans certains hôtels et a sa place à part en chemin de fer et au théâtre, chez nous il est reçu partout et nous coudoie à chaque instant.
Étant démocrate, le Brésilien a la pose en horreur et n'aime pas l'étiquette. Si vous venez lui rendre visite au moment de son dîner, il vous fera entrer aussitôt et vous invitera sans façon à partager son repas. Tout cela de la manière la plus franche, la plus simple et la plus cordiale. Pour peu que vous soyez étranger et que vous ayez une lettre de recommandation pour lui, il se mettra en quatre pour vous être agréable et vous présentera à tout le monde. Pas une maison ne vous restera fermée, et vous serez fort embarrassé de vous rendre à toutes les invitations qu'on vous fera.
Leurs défauts. — Par contre, le Brésilien a un défaut : il est mauvaise langue. Pour lui, rien de plus agréable que de potiner sur le prochain. Aussi s'en donne- t-il à cœur joie et passe-t-il son temps à s'occuper de la vie du voisin. Grâce à ce défaut, on sait tout ce qu'on devrait ignorer, et même ce qui n'a jamais existé...
... N'allez pas en conclure que le Brésilien soit méchant. Loin de là! S'il dit du mal du prochain, c'est par une habitude dont il ne peut se défaire, car le fond de sa nature est excellent; et, loin de mériter l'épithète de méchant, il serait peut-être plus équitable et plus vrai de dire que sa mauvaise langue n'a d'égale que sa naïveté. Naïf et gobeur, voilà le Brésilien; voilà du reste tous les peuples méridionaux.
C'est aussi des peuples du Midi qu'il tient sa verbosité. Le Brésilien est passionné pour les discours. Il profite des moindres occasions pour prononcer une harangue, il adore parler, quitte à ne pas croire un mot de ce qu'il dit. Si nous avions un service de statistique, je crois qu'il serait difficile de relever le nombre de manifestations qu'on organise chez nous, avec le portrait à l'huile et le verre de Champagne obligatoires, rien que pour le plaisir d'avoir à prendre la parole pour ne la lâcher que le plus tard possible... On harangue le ministre, le sénateur, le député; on harangue le journaliste, le littérateur, le poète et l'acteur ; on harangue le militaire ; on harangue l'étranger ; on harangue tout le monde ; et, comme
si ce n'était pas assez, on prend dans tous les coins de rue des individus à qui Ton trouve un talent quelconque, rien que pour le plaisir de les haranguer. Aussi, si vous demandez à un Brésilien sincère ce qui abonde le plus au Brésil, il vous répondra aussitôt : « Les hommes de talent. » Banquets, manifestations privées et publiques, fêtes à tous propos et hors propos, meetings, matinées dans les théâtres, c'est une série ininterrompue, et les discours se suivent et se ressemblent tous. L'orateur est applaudi, choyé, porté en triomphe; on boit ses paroles, on est suspendu à ses lèvres. Le discours uni, la manifestation terminée, ce feu de paille s'éteint, cet enthousiasme disparaît, et à la sortie tout le monde s'écrie : « Quel imbécile! »(Luiz de Castro, le Brésil vivant, Fischbacher éditeur, 4891, p. 11-20.)
Le Brésilien n'apprécie pas la science. — « En général le Brésil n'a pas d'hommes de sciences : il ne connaît pas les grands penseurs. Le climat peut être considéré comme une des raisons de cette apathie, de cette indolence, qui frappe tout étranger venant étudier ces régions lointaines. Mais je crois que la cause de cette nonchalance a son principe dans l'esclavage, qui a rendu la race blanche, représentée surtout par les Portugais, extrêmement paresseuse. Et, quoique des progrès aient déjà été faits sous ce rapport, le travail, qui est toujours le partage des nègres, est regardé presque comme un déshonneur. Ces planteurs, appelés fazendaires, sont des parvenus enrichis aux dépens de leurs semblables; ils ont abusé des sueurs et des larmes de ces pauvres noirs réduits en servitude, et ils se croient des personnages de haute valeur parce que, à l'aide de leur fortune, ils ont pu acheter un titre de noblesse. Ils passent leur vie dans la fainéantise et l'ennui, et s'imaginent que la considération est due à la fortune. Ils n'ont souvent que du mépris pour ceux qui se soumettent à la loi du travail : ces derniers sont pour eux des êtres inférieurs, car ils ne sont pas assez instruits pour comprendre les égards dus au talent et à la science. » (Un Voyage au Brésil, par C. Demengeo n, Paris, V. Palmé, 1885, p. 45.)
Leurs mœurs. — « Partout (à Rio), en même temps qu'on constate dans les rues le mouvement habituel, on voit du monde aux fenêtres et aux portes; à certaines heures ce sont des femmes, à d'autres ce sorv\A^\vQmm^o^v passent là des
heures entières, regardant les passants ou se reposant peutêtre des fatigues de la journée, ou bien rêvant à... la fragilité de la vie. Je n'ai jamais vu une autre ville où l'on ait à ce point cette étrange habitude ou cette affectation de montrer l'ennui domestique. Par moment on dirait que toutes les maisons appartiennent à des capitalistes et à des gens qui s'ennuient par oisiveté ; on se demande quand ces hommes et ces femmes travaillent, puisqu'ils témoignent, à regarder ainsi les passants, qu'ils n'ont rien à faire. Les femmes ne savent-elles donc pas se créer des occupations intérieures? Les hommes, rentrant de leurs affaires, ont-ils donc assez de temps pour passer des heures entières accoudés aux fenêtres? Habitude laissée par les Portugais, me dit-on...
... Du reste, pour apprécier avec équité et intelligence les habitudes et les allures actuelles de cette population fluminense, il ne faut jamais perdre de vue l'influence prépondérante exercée sur elle par l'élément portugais auquel elle doit son origine. Le Portugais d'une part, la possession de l'esclave de l'autre, sont deux facteurs qui ont puissamment agi pour élaborer le caractère ethnique brésilien. C'est depuis trente à quarante ans seulement qu'il tend à se modifier, sous l'action incessante des éléments étrangers venus d'Europe.
On sait que la métropole portugaise avait eu pour politique de tenir la colonie brésilienne sous une étroite dépendance économique; il en est résulté que celle-ci se modelait en tout et pour tout sur Lisbonne, sur sa cour, sur son commerce. Aujourd'hui encore, dans l'intérieur, les bonnes gens vous disent couramment : « Ceci vient du royaume, du roi, » c'està-dire du Portugal, à leurs yeux le royaume par excellence, et son roi le seul qu'ils connaissent.
Il est bien évident que, dans les grandes villes, à Rio particulièrement, la persistance des habitudes routinières s'accuse sous des formes différentes. Le Portugais y est toujours très puissant et numériquement considérable, seulement il est chaque jour diminué dans sa prépondérance par l'importance croissante des autres éléments étrangers.
... Le Brésilien indigène, descendant pur sang des Conquistadores ou bien métis issu de leurs croisements avec les diverses races soit autochtones, soit importées, n'a guère le tempérament commercial. Quand il a un peu de capital, il achète une fazenda et devient lavrador. C'est pourquoi en politique tous les fazendeiros, tous les lavradores étaient, jusqu'à ces temps derniers, fermement partisans du maintien de l'état
de choses basé sur l'esclavage. La lavoura, l'agriculture, et, dans le centre du Brésil, la grande lavoura, avait groupé en un faisceau tous ces fazendeiros; elle était avant tout le parti conservateur.
Quand il n'a pas de capital pour acheter et exploiter une propriété, le Brésilien aspire à un petit emploi public ; il préfère les émoluments d'un fonctionnaire même très modeste à la vie industrielle et commerciale. Aussi le fonctionnarisme est-il dans ce pays une plaie profonde autant que funeste. » (Alfred Marc, le Brésil, Paris, 1889, au journal le Brésil, I, 428-439.)
L'histoire du Brésil a été écrite parle diplomate F.-A. de Varnhagen, vicomte de Porto-Seguro, qui a publié son ouvrage en portugais à Madrid en 1854; d'Avezac en a donné un copieux compte rendu dans le Bulletin de la Société de géographie de Paris, 1857 et 1858.
La première description géographique du pays a été publiée par l'abbé Manoel Agua de Cazal en 1817 : Corografia Brazilica.
Aug. de Saint-Hilaire, à la suite de ses importants voyages, a publié :
Voyayes dans l'intérieur du Brésil, 2 vol. in -8°, Paris, 1830.
Voyages dans le district des Diamants et sur le littoral du Brésil, Paris, 2 vol. in-8°,1833;
Voyage aux sources du rio S an- Francisco et dans la province de Goyaz, Paris, 1847, 2 vol. in-8<>.
Voyage à Rio-Grande do Sul, Orléans, 1887.
Le voyage de Castelnau a produit l'ouvrage très important et consciencieux : Expédition dans les parties centrales de V Amérique du Sud, 6 vol. in-8°, Paris, 1850.
Le missionnaire abbé Durand a parcouru et étudié les affluents de droite du fleuve des Amazones ; voir les Bulletins de la Société de géographie de 1869, 1871, 1872, 1873, 1874, et le tirage à part publié par Ch. Delagrave sous le titre : le Solimoes ou haut Amazone brésilien, 1874.
Histoire du Brésil français au seizième siècle, par P. Gaffarel, Paris, 1870. M. Gaffarel a aussi publié une nouvelle édition des Singularités de la France antarctique de André Thevet, Paris, 1878; — et Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil, par Jean de Léry, Paris, 1880.
Relation d'an voyage dans l'intérieur de l'Amérique méridionale en descendant la rivière des Amazones, par La Condamine, Paris, i 743-44.
La question du contesté franco-brésilien, produit par le traité d'Utrecht, a été longuement exposée par J. Caetano da Silva dans son livre : l'Oyapok et l'Amazone, question brésilienne et française, Paris, 1861,2 vol. in-8°.
Voyage au Brésil, par Mmo et L. Agassiz, trad. Vogeli, Paris, 1869.
Amérique équatoriale, par don Enrique vicomte 0. de Thoron, Paris, 1866.
Rio-de- Janeiro, par Em. Allain, Paris, 1886.
Deux Années au Brésil, par F. Biard, Paris, 1862.
Mon Dernier Voyage : le Brésil nouveau, par G. Aimard, Paris, 1886-
De Paris au Brésil par terre, par L. Boussenard, Paris, 1892.
Le Brésil, par Alfred Marc, Paris, 2 vol., 1889.
Un Français au Brésil, par Raoul de Croy, Limoges, 1891.
Nouvelles Études sur le Brésil, par Charles Pradez, Paris, 1872.
De Rio-Janeiro à Sâo-Paulo, par F. Houssay, Paris, 1877.
Une Parisienne au Brésil, par Mmo Toussaint-Samson, Paris, 1883,
Lettres du Brésil, par Max Leclerc, Paris, 1890 (ont d'abord paru dans le Journal des Débats).
Sur les rives de l'Amazone, voyage d'une femme, par Ch. Wallut, Paris, 1882 (illustré).
La France équinoxiale, par Henri-A. Coudreau, 2 vol. in-8°, Paris, 1886-87.
Les Français en Amazonie, par le même, Paris, 1887.
Le Pays des Amazones, l'Eldorado, les Terres à caoutchouc, par F.-J. de Santa-Anna Néry, Paris, 1885.
Le Brésil en 1889, par le même, Paris, 1889 (recueil des traités composés par différents auteurs, sous la direction de M. de Santa- Anna Néry, pour l'Exposition de 1889).
L'Émigration et l'Immigration au Brésil pendant les dernières années, par le même, Paris, 1892.
Le Brésil pittoresque, par Ribeyrolles (un proscrit de décembre 1851), 2 vol., Rio, 1859.
Le Brésil vivant, par Luiz de Castro, Paris, 1891.
Album de vues du Brésil, sous la direction du baron de Rio- Branco, Paris, 1889.