TERRE-NEUVE
sont tombés morts, lues par ces bourreaux. Au cimetièi Croc (baie au nord de Terre-Neuve) se trouve la tombe d'un pauvre midshipman anglais qui a péri de cette façon,
... J'ai tu dans les criques l'eau grouiller de larves de moustiques, et si un problème insondable s'esL présenté à mon esprit, c'est celui de savoir de quoi vivent ceux de ce3 animaux dont l'existence s'écoule sans qu'ils aient rencoi un Être à dévorer. Car enfin, ils meurent sans doute d'in tion, et lèguent cette faim inassouvie aux myriades de leurs confrères en moustiquerie qui auront, eux, la bonne fortune de trouver sous leur trompe un malbeureux pêchec misérable géologue, ou un infortuné dessinateur. » (J.Tholtlet, Bulletin delà Société de géographie de l'Est, 1891, p. IU-17.)
M. J. Thoulet a éprouvé les mêmes inconvénients peudiiut un voyage yen les sources de Mississipi.
« On s'embarqua sur un bateau plat et l'on remonta le Mississipi en poussant le bateau avec des perches et en suivant toutes les sinuosités de la rive. La chaleur était étouffante, et les moustiques nous faisaient souffrir cruellement. Malgré des gants en peau de daim nous montant jusqu'au coude, ces insectes venaient en foule, introduisaient leurs trompes dans les interstices des coutures, et se gorgeaient de notre sang. Nous les écrasions par milliers; nos vêlements étaient rouges, mais le nombre de ces animaux ne diminuait pas. Le soir ou s'arrêtait pour camper, on abordait et on se hàtuit de faire un abalis d'arbres; quand le feu était bien allumé, on le recouvrait de larges plaques de gazon humide; il se dégageait une épaisse colonne de fumée qui se courbait au souffle du vent ; chacun alors se précipitait; on se serrait l'un derrière l'autre pour ne pas perdre un atome de cette fumée nauséabonde et bienfaisante, et on renaissait, on respirait pour la première fois; on était débarrassé des moustiques. » (Revue scientifique, 11 décembre 1873, p. 603.)
Dans le Canada, région du lac Saint-Jean. — « La véritable torture, le supplice de tous les instants, ce sont les moucherons. Ils ne durent que deux mois, mais ifs sont terribles. On est assailli par des nuées de ces insectes, et aucun moyen de se préserver. Les pharmaciens vendent des huiles noires et puantes, qu'ils disent préservatifs infaillibles; on essaye de s'en couvrir les mains et la figure, et l'on n'arrive qu'à ajouter à ses maux celui de la malpropreté. 11 n'y a plus de
chasse ni de pêche possibles. Pour trouver quelque repos on s'enveloppe de fumée. Partout vous voyez de grands feux de bois pourri, de feuilles, de tout ce qui peut produire le plus de boucane acre ; les hommes se mettent sous le vent...
... Ces moucherons sont de quatre espèces : nos moustiques, appelés ici maringoulns;ce sont les moins terribles; les mouches à sable, petites bêtes à carapaces, trapues et acharnées ; les brûlots, gros comme des puces; ils sont si petits, on les croirait inoffensifs ; leur piqûre est une brûlure vive, qui «'enflamme aussitôt. Ces trois variétés d'animaux féroces tourbillonnaient dans les airs et s'abattaient sur nous par nuées, pénétrant dans les yeux, les oreilles et toutes les ouvertures •des vêtements. Les journées sont intolérables, les nuits sont pires.
Nous n'avons pas fait connaissance avec la quatrième variété de mouches: celle-ci est de belle taille et s'appelle mord d'abord, parce qu'elle arrive les tenailles en avant, arrache le morceau convoité et s'en va le dévorer ailleurs. On ne la •trouve qu'en de rares endroits. » (L. de Cotton, A travers le Dominion et la Californie, Paris, Retaux-Bray, 1889, p. 57.)