‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 19 sur 151 · ACADIE · texte numérisé non relu

ACADIE

Comme nous l'avons vu, elle fut la première région où les colons français s'établirent à demeure ; ils y restèrent jusqu'au jour où les Anglais les expulsèrent (1155; ; le poète Longfellow a décrit, dans son merveilleux poème d'Évangéline, les mœurs et les souffrances des malheureux colons. L'Acadie plaisait aux Français, parce qu'elle leur rappelait les paysages de la Normandie. En 1685, l'intendant de Meules donnait la description suivante du canton de Beaubassin, situé au fond de la baie française (baie de Fundy).

Prairies. — « Il y a tout autour de Beaubassin une si grande quantité de prairies qu'on y pourrait nourrir cent mille bêtes à cornes ; l'herbe qui y vient s'appelle misette ; elle est très propre pour engraisser toutes sortes de bestiaux. Aux deux côtés desdites prairies, ce sont de douces côtes toutes couvertes de bon bois franc ; on'y a déjà fait plus de vingt-deux habita-

tions, sur de fuît i le s i' minenr.es que les habitants y ont choisies pour avoir communication dans les prairies et dans les bois. 11 n'y a aucun de ces habitants qui n'ait trois ou quatre corps de logis assez raisonnables pour la campagne. Ce lieu de Iteauhussin esl si heureusement situé pour faire des nourritures considérables de bestiaux, que si l'on établit à Port-Royal (aujourd'hui Annapolis) des relations régulières avec nos lies de l'Amérique, il s'y trouverait assez de bestiaux ponr le commerce des lies et leur fournir leur provision de bœufs, que l'on tire des pays étrangers. ;> (Cité par Casgrms, Œuvres complètes, Québec, V, 44.)

Vergers. — « Le littoral qui comprend les trois comtés d'Annapolis, Kiugs et liants est le jardin des provinces maritimes. On peut, en effet, traverser ces Iroîs comtés presque sans sortir des vergers. Outre les cerisiers, les pruniers et les poiriers, les plus belles variétés de pommes y réussissent admirablement. De chaque côté du chemin que nous suivons, d'innombrable* pommiers sont clin.i-i.-es à se rompre de fruits superbes. Certaines varioles, lelles que la pomme Beliveau, portent encore le nom des Acadiens qui les premiers les ont cultivées. Dés la fin du xvn° siècle les arbres fruitiers étaient une des grandes ressources du pays. » (Casgbain, Voyage a pays d'ÊmngiHine, Québec, p. KO.)

Village de Chezzetcook. — h Dès le matin nous étions en voiture. La campagne que traversait la route (à partir de Halifax) avait ce caractère particulier à tous les paysages de la Nouvelle-Ecosse : rien de grandiose ou d'abrupt, mais une succession de pelouses ondulées et de coteaux gracieusement entourés de bois ; de distance en distance un lac transparent, sur lequel glissait sans bruit quelque pirogue d'Indien, et sur la rive la hutte conique en écorce de bouleau où la squaw, sa compagne, passe la journée à tresser des paniers. Plus loin, le pays était occupé par une petite colonie de nègres fugitifs des Klats-L'nis, Plus loin encore la mer reparaissait à l'horizon élargi ; des barques de pêcheurs étaient halées si la grève, un'- centaine de maisons se montraient éparpillées sans ordre le long du chemin : c'était le village de Chezzetcook, groupé aulourde sa modeste église de bois. A l'entrée, quelques marmots déguenillés jouaient dans un fossé. Combien résonna doucement à notre oreille leur patois enfantin,

émaillé de f allions et de fêtions! De même à la ferme où nous allâmes demander l'hospitalité, tout était français, tout avait été religieusement conservé, le costume aussi bien que le langage. Çà et là quelque locution vieillie rappelait depuis combien de temps ces pauvres exilés vivaient loin de la mère patrie, qu'ils désignaient toujours sous le nom touchant de vieux pays. On eût pu se croire transporté dans un village normand d'il y a deux siècles. Ici demeuraient les Bellefontaine ; ce pêcheur qui déchargeait son poisson était un Manette ; ce laboureur qui revenait des champs, un Lapierre. Pas un nom qui ne nous fût familier...

... La population de Chezzetcook peut être de 2,500 âmes; originairement formé d'un petit nombre de familles qui ne se sont alliées qu'entre elles, elle s'est accrue et multipliée peu à peu sans que nul mélange étranger vînt s'y glisser, comme la goutte d'huile qui s'étend à la surface de l'eau sans s'y mêler. Serait-il vrai que l'attachement au sol natal se conserve d'autant plus vivace que la position sociale est moins élevée?... lime semblait, à Chezzetcook, relire les premières pages d'Êvangéline. La nature qui m'entourait avait bien le charme voilé, l'attrait mélancolique et pénétrant des campagnes décrites par Longfellow ; les femmes avaient le même costume, la même quenouille chargée de chanvre ; le village et les maisons étaient tels qu'il les a dépeints. La joie de ces pauvres gens était grande de recevoir des visiteurs qu'ils considéraient comme des compatriotes, et force fut d'accepter une hospitalité qu'on ne nous permit de reconnaître que par des remerciements. » (E. du Hailly, Campagnes et Stations sur les côtes de l'Amérique du Nord, Paris, Dentu, 1864, P. 183-190.)

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