QUEBEC
Québec en 1720. — « On ne compte guère à Québec que 7,000 âmes; mais on y trouve un petit monde choisi, où il ne manque rien de ce qui peut former une société agréable : un gouverneur général avec un état-major, de la noblesse, des officiers et des troupes; un intendant avec un conseil supérieur et les juridictions subalternes, un commissaire de marine (de Glérembault d'Aigremont), un grand voyer et un grand maître des eaux et forêts (M. le baron de Bequencourt), dont la juridiction est assurément la plus étendue de l'uni-
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vers; des marchands aisés ou qui vivent comme s'ils l'étaient; un évéqne et un séminaire nombreux; des récolleta et des jésuites; trois communautés de filles bien composées; des cercles, aussi brillants qu'il y en ail ailleurs, chez la gouvernante, chez l'intendante. Voilà, ce me semble, pour toutes sortes de personnes, de quoi passer le temps fort agréablement. Ainsi fait-on, et chacun y contribue de son mieux. On joue, on fait des parties de promenades, l'été en calèche ou en canal, l'hiver en trumeau sur la neige uu en patins sur la glace.
On chasse beaucoup; qunntiLé de fiêiililsh': ies n'ont guère
que cette ressource pour vivre à leur aise. Les nouvelles couranles se réduisent à bien peu de chose, parce que le pays n'en fournit presque point, et que celles d'Europe arrivent tout à la fois; mais elles occupent une bonne partie de l'année; on politique sur le passé, on conjecture sur l'avenir; les sciences et tes beaux-arts ont leur tour, et la conversation ne tombe point. Les Canadiens respirent en naissant un air de liberté qui les rend forl. agréables dans le commerce de la vie, et nulle part ailleurs on ne parle plus purement notre langue. Ou ne remarque même ici aucun accent.
On ne voit point en ce pays de personnes riches, et c'est bien dommage, car ou y aime à se l'aire honneur de son bien, et personne presque ne s'amuse h thésauriser. On fait bonne chère si avec cela on peut avoir de quoi se bien mettre : sinon on se retranche sur la table pour être bien vêtu. Aussi faut-il avouer que les ajustements l'ont bien à nos créoles. Tout est ici de belle taille, et le plus beau sang du monde dans les deus sexes; l'esprit enjoué, les manières douces et polies, sont communes à tous; et la rusticité, soit dans le langage, soit dans les façons, n'est pas même connue dans les campagnes les plus écartées1.
Il n'en est pas de même, dit-on, des Anglais nos voisins, et qui ne connaîtrait les deux colonies que par la manière de vivre, d'agir et de parler des colons, ne balancerait pas à juger que la nôtre est la plus florissante. Il règne dans la Nouvelle-Angleterre une opulence dont il semble qu'on ne sait pas profiter, et dans la Nouvelle-France une pauvreté cachée par un air d'aisance qui ne parait point étudié. Le
I. Ces lrarlitior.3 se ionl ranser.àes : la inciélù des Canadiens français ranprlle encore nuj.Mirdlmi relie d.i «vil- smi-le; ranime l'a dit lord Uurham dans un rapport de I83'J, ee loat îles prooinci:iu.c frmf:ais ■ !•; l'atitiea rigîmt.Toc- (luciilli! disait il- même : 'M\a,l /■: veax juger l'esprit Je t'administrât ian île LouitXIYet ses cites, c'est an Canada que je dfis aller.
commerce et la culture des plantations fortifient la première, l'industrie des habitants soutient la seconde, et le goût de la nation y répand un agrément infini. Le colon anglais amasse du bien, et ne fait aucune dépense superflue ; le Français jouit de ce qu'il a, et souvent fait parade de ce qu'il n'a pas. Celui-là travaille pour ses héritiers, celui-ci laisse les siens dans la nécessité où il s'est trouvé lui-môme de se tirer d'affaire comme ils pourront. Les Anglais Américains ne veulent pas la guerre, parce qu'ils ont beaucoup à perdre ; ils ne ménagent point les sauvages, parce qu'ils ne croient pas en avoir besoin. La jeunesse française, par des raisons contraires, déteste la paix, et vit bien avec les naturels du pays, dont elle s'attire aisément l'estime pendant la guerre, et l'amitié en tout temps. » (Gharlevoix, Lettre à la duchesse de Lesdiguières, dans l'Histoire de la Nouvelle-France, V, 116-118.)
Québec moderne. — « Québec (les Anglais prononcent Gouébec) se divise en haute et basse ville. Je ne dirai que peu de mots de la basse ville, qui s'étend le long du rivage et se compose de quartiers commerçants et populaires. J'ai hâte de gravir le rocher escarpe que couronne la haute ville, à une hauteur de plus de 100 *res au-dessus du fleuve.
L'ensemble de la cité î présente un triangle dont la base serait formée par la plaine d'Abraham, et les deux autres côtés par le Saint-Laurent et la rivière Saint-Charles. De la terrasse qui sert de promenade et se termine par un précipice de 70 mètres de profondeur, la vue est magnifique. On domine le port et ses nombreux navires, la ville basse et ses vastes chantiers de construction. Plus loin, sillonnée par l'immense nappe du Saint-Laurent, qui contourne l'île d'Orléans, s'étend une campagne verdoyante, parsemée d'élégantes villas et de blanches maisons, jusqu'aux confins de l'horizon borné par de hautes collines brumeuses.
Près de là, dans le jardin botanique se dresse le monument élevé aux généraux Wolf et Montcalm, au vainqueur et au yaincu, morts tous deux au service de leur patrie. Une inscription touchante perpétue le souvenir glorieux de ces héros ennemis, réconciliés par la postérité. Au-dessus du jardin se déploient les immenses fortifications de la citadelle, qui font de Québec le Gibraltar de l'Amérique et l'une des plus fortes places de guerre du monde entier.
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Les monuments de Québec n'offrent rien de bien remarquable pour un touriste européen : citons cependant le château de Saint- Louis, résidence du gouverneur; la cathédrale gothique, l'église épiscopale, surmontée d'une élégante flèche recouverte en étain; le palais de justice, le collège et les casernes. Les rues de la ville sont généralement étroites et bordées de trottoirs en bois assez mal entretenus. Le pavage laisse beaucoup à désirer; une boue noire et épaisse envahit l'espace réservé aux voitures, ce qui complète la ressemblance avec les villes russes. Certaines rues sont entièrement pavées en bois, mais ne sont guère plus propres ; quelques ruelles sont formées d'escaliers que bordent de sombres masures.
Québec renferme 63,000 habitants. L'élément français y est en grande majorité; cependant la plupart des enseignes sont en anglais. Les magasins sont petits, semblables à ceux d'une ville de province en France. Je n'y ai rien à noter, si ce n'est quelques riches fourrures et de jolis bibelots en plumes et en écorce brodée, travail des Indiens du pays.
Québec est une de ces villes où l'on arrive avec plaisir et que l'on ne peut quitter sans regret. Son admirable situation, les nombreuses et intéressantes excursions que l'on peut faire aux environs, tout concourt à y retenir le visiteur. Aussi le touriste qui en aura le loisir ferajl$n de consacrer une semaine à la visite des chutes de Apritmorency, de la Chaudière et de Sainte-Anne, au village huron de Lorette, au lac Saint-Charles, aux bains de Kamouraska, et surtout à la rivière Saguenay et à la baie de Ha-Ha. » (E. Cotteau, Promenades dans les deux Amériques, G. Charpentier édit. , 1886,
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« Nous arrivâmes bientôt au bord de la cataracte, qui s'annonçait par d'affreux mugissements. Elle est formée par la rivière Niagara, qui sort du lac Érié et se jette dans le lac Ontario; sa hauteur perpendiculaire est de cent quarantequatre pieds. Depuis le lac Érié jusqu'au saut, le fleuve accourt par une pente rapide, et, au moment de la chute, c'est moins un fleuve qu'une mer, dont les torrents se pressent à la bouche béante d'un gouffre. La cataracte se divise en deux branches, et se courbe en fer à cheval. Entre les deux chutes