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de résistance qu'aucune autre race d'hommes ne peut surpasser.
Leurs qualités. — Au point de vue intellectuel, comme au point de vue physique, les métis occupent le milieu entre les deux races dont ils sont sortis. On trouve réunies chez eux les qualités propres à chacune de ces races, mais combinées de telle sorte qu'elles constituent en eux une race distincte des deux premières.
Partout où on les rencontre, ils montrent beaucoup de qualités du cœur et de l'esprit, qualités qui se développent et mûrissent rapidement au contact de la civilisation. Même dans le désert, ils ont conscience d'une vie plus élevée après laquelle ils aspirent. Malheureusement maintes circonstances ont jusqu'ici mis obstacle à leur avancement. Leurs ancêtres paternels, dont ils ont hérité la meilleure partie d'eux-mêmes, n'ont trop souvent été que des parents négligents et insouciants, qui ne se distinguaient que par leur intempérance et le dérèglement de leurs mœurs. D'un autre côté, jusqu'à une époque fort rapprochée ils n'ont jamais ressenti, soit dans leur famille, soit au dehors, l'influence douce et bienfaisante de la femme civilisée. Aujourd'hui encore ce bienfait est inconnu à un grand nombre de métis qui habitent l'extrême Nord-Ouest. De plus, les écoles sont trop peu nombreuses dans les contrées qu'ils habitent pour qu'il leur soit facile de les fréquenter, et si les métis de la province de Manitoba et des bords de la Saskatchevan possèdent un certain degré de civilisation, on peut dire qu'ils le doivent en majeure partie aux missionnaires qui, depuis 1818, n'ont cessé de travailler au milieu d'eux avec un zèle infatigable.
Leurs défauts. — On trouve chez les métis qu'un contact pernicieux n'a point encore pervertis, une nature droite et sincère, mais facile à déroger ; le sens moral développé, mais sans consistance ; des instincts honnêtes, mais une volonté faible. Volage et irréfléchi, le métis, en général, ne connaît ni l'avarice ni l'égoïsme, et semble incapable d'une fourberie...
Qualités de voyageur. — Comme l'Indien, le métis peut, d'un coup d'œil, explorer toute une région. Des profils généraux d'une contrée, il arrive aisément à en deviner les moindres accidents de terrain et, grâce à cette faculté, il peut se rendre, à travers les forêts vierges et les savanes dépourvues de tout sentier tracé, à un point déterminé par le chemin le plus droit et le plus praticable. Pendant le trajet d'un point
B01S-BIIULÉS à un autre, il note dans sa mémoire, pour ne plus les oublier, les plus petits détails du chemin et les moindres accidents du terrain. Il est fécond en expédients et en ressources, et, au milieu des plaines comme au milieu des forets, nul accident ne le décourage ; les obstacles peuvent lui faire modifier ses projets, mais ne lui font jamais perdre son calme. Trappeur consommé et chasseur expérimenté, c'est aussi un guerrier audacieux, qui, dans le combat, joint à l'adresse de l'Indien une valeur mieux discipliné'.-. Ces! d'ailleurs grâce à cette qualité en même temps qu'à leur communauté de couleur avec l'Indien, que les métis doivent de n'être que rarement inquiétés parles premiers...» (J. Gkslis, /fs Tiois-Jirûliii et Métis franco-canadiens du nord-ourst de V Amérique, dans la Bcvtte de géographie de novembre 188i, p. 337-340.)
e E. Petitot nous eu dépeint un des types les plus réussis dans la personne de Jérôme Saint- Georges de Laporte, attaché au IVn i de Bonne-Espérance, bous le cercle polaire, le descendant authentique d'une famille noble ; on eu trouve d'ailleurs beaucoup d'autres : les Mandeville, les Saint-Luc, les Lépinois, lea Charlai3. Eu 1873, M. de Lamotbe trouva a la t6te d'une petite boutique de Killaroey (sur le lac Huron] M. de La JtorauJiért', métis canadieo, descendant de la faïuiili.1 angevine ■ Cinq Mois chez les Français d'Amérique, Paris, Hachette, 1879, p. 179). C'était aussi un métis canadien, ei- Louis Kiel qui voulut défendre les propriétés de ses compatriotes i:"nlis<|iiécs parle (."'uvertienieut anglais. Riel fut exécuté k Regina en 1884 ; pendant la lutte il avait donné ft ses troupes le drapeau blanc llcurdelisé de l'ancienne France.
Jérôme Saint-Georges de Laporte. — « C'était un homme de soixante-cinq ans, d'une taille au-dessus de la moyenne et doué d'un protil distingué. Nez busqué, de coupe aristocratique, petits yeui gris pétillants de malice, front grand et poli, élargi par une calvitie prématurée qui ne lui laissait qu'une couronne de cheveux blonds, fins et frisés, indices d'un esprit souple... Sa démarche était lourde comme celle d'un matelot. Il se balançait de bâbord à tribord comme un navire qui roule. Jusqu'en 1862, Saint-Georges n'avait pas eu plus de religion qu'un bateleur de foires. A l'arrivée des missionnaires français à lionne- Espérance, il se ressouvint de la foi de sa mère, une Irlandaise, se débarrassa du vieil homme, et devint le bedeau de son église.
Saint-Georges était une chronique vivante. On pourrait L. Didibu. — L'Amérique. 6
faire un livre des récits drolatiques et émouvants qui remplissaient ses visites. Il avait accompagné Richardson, Pullen et Hooper dans leurs expéditions à la mer Glaciale pour la recherche du fameux passage nord-ouest... 11 avait aussi compté au nombre de ces favorisés qui traversèrent les Montagnes Rocheuses en compagnie de Bell, de Murray et de Campbell pour aller établir des postes de commerce dans la vallée du haut Youkon. Enfin il avait suivi M. Mac-Farlane à la mer Glaciale chez les Esquimaux Tchiglit. Quoique Français d'origine, d'esprit, de langue et de religion, et citadin du Canada par la naissance, Laporte participait plus du Peau-Rouge que de l'Européen, à cause d'une certaine conformité d'humeur, par adoption et goût de la vie sauvage. Ses aspirations l'avaient poussé dans le désert à un âge où les jeunes gens recherchent les plaisirs et les amusements des grandes villes- Et comme il est bien plus facile de descendre l'échelle sociale que de la remonter, Jérôme était devenu un sauvage dans toute l'acception du mot.
Sa jeunesse. — Sa vie avait été un handicap étourdissant et irréfléchi. Entre le clocher pointu de Sainte-Thérèse où il avait vu le jour et cette lourde barque à poissons que je lui avais vu traîner au fort de Bonne-Espérance avec des essoufflements de cheval fourbu, Saint-Georges avait fait une foule d'étapes et de stages dans sa vie insigne de coureur des bois.
Il avait d'abord tiré le soufflet de la forge de son père, qui, quoique issu de sang noble, n'était plus qu'un humble Vulcain de village, cumulant honnêtement les fonctions de serrurier, d'armurier et de maréchal ferrant. Il était même vitrier à l'occasion, et Jérôme m'assura qu'une fois il suppléa à l'absence d'un dentiste pour le soulagement d'une mâchoire cariée.
Jérôme ne manifesta aucune vocation pour le travail et le marteau. Il ne fit jamais qu'un massacreur de serrures, un gaspilleur de fer, un estropieur de chevaux. Ce fut au point que, un beau jour, son vieux saint Éloi de père congédia cet Oculi en lui colloquant la pointe du pied quelque part, ce qu* l'envoya rouler dans la rue.
Laporte cocher. — Laporte y prit le goût du pavé. Il s'en alla à Morale (Montréal), ce Paris des Canayens, s'y enrôla dans une compagnie de fiacres de louage, et devint un chartier, c'est-à-dire un conducteur d'un char quelconque, quelles que soient la forme, les dimensions ou la destination du véhicule. Tous chartiers, les cochers au Canada, et certes le mot,
BOIS- BRÛLÉ S pour être oiseux, ne me semble pas moins le mieux appn prié, car, enfin, un fiacre n'est pas un coche, tandis que 1' el l'autre sont des chars...
... Là, Saint-Georges se brouilla avec la police, puischeri quereile à son patron, le battit et se fit éliminer de V respectable et élevé des automédons.
C'était ce qu'il voulait.
Laporte bûcheron. — A cheval sur ce prétexte, Jérôme prit le galop vers les déserts de la rivière Saguenay, émule du Saint-Laurent. Il vil le grand lac Saint-Jean, le haut Saint- Maurice, le grand lac Mistassini. Des forêts incommensurables, qui recèlent les plus belles essences d'érable, de sapin, de mélèze, frêne, chêne et pin-cyprès, y étaient encore en exploitation. On en lire annuellement et en moyenne sept cents millions de mètres cubes de bois de charpente et de construction, sans compter cent mille mâts de vaisseaux.
Jérôme s'y embaucha à raison de dix-huit souverains par mois, logement et nourriture non compris, et devint homme des chantiers.
La maison de son père ne le revit jamais plus. Saint-Georges se ressentait encore de celte caresse de la semelle paternelle. Son bonhomme de père s'élail évidemment trompé d'enclume, et il en gémissait. Mais les conséquences de telles erreurs sont souvent d'autant plus irrémédiables ou plus durables qu'elles sont fondamentales.
... Quand il fut las de couper les sapins par le pied pour les transformer en mâts de cocagne ou de frégate; quand il eut connu toutes les sinuosités de l'Ottawa, tous les rapides de la Saguenay, toutes les glissoires de la Gàtlneau, tous les méandres du Saint-Maurice; quand il eut sauté une centaine de chutes, roulé tous les Paddys de son chantier, bile dextrement d'un coup de pouce deux ou trois doi zaines d'yeux, et ramassé une centaine de louis qu'il envoyi à sa vieille mère, Jérôme Saint-Georges se sen ' de se faire craindre et respecter de n'importe qi porte où.
Dès lors il réalisa l'objectif de ses rêves : voir, parcourir et habiter les pays d'en- haut, devenir un voyageur émérite, un canotier habile et un homme du Nord.
Laporte devient voyageur. — Un jour que Jérôme avait descendu l'Ottawa sur un train de bois jusqu'il la ville alors naissante de Bytown, il se décida ù. ne plus retourner dans les chantiers; ce Jemi-sauvage voulut goûter les charmes de
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la pure nature, les douceurs de l'indépendance, reffrénement de l'indiscipline complète.
Il partit pour la Chine, s'engagea pour le lac Supérieur, monta dans une pirogue en écorce de bouleau que conduisaient des Iroquois aux gages de la Compagnie de la baie d'Hudson, gagna les lacs Nipissing, Huron et Supérieur, et parvint au fort William, à l'embouchure de la rivière Creuse, dans la baie du Tonnerre.
Il ne fut tenté ni par les mines de cuivre ni par les mines d'argent que le jésuite Marquette avait découvertes sur les bords du lac Supérieur, et qui font actuellement la richesse de plusieurs compagnies. Mais il eut le malheur de trouver là, comme dans le chantier, comme à Montréal, un patron irlandais qui lui fit trouver la vie dure.
Les Irlandais semblent éclore sous les pas de Jérôme pour exercer continuellement ses poings, pour être sa tribulation constante... Le chief-factor du fort William était un Irlandais hargneux, bourru, avare et querelleur. Une parlait à ses serviteurs et aux Indiens qu'à poings fermés, et, déplus, il avait le défaut, en parlant, de cracher au visage de son interlocuteur. Ce n'était pas tolérable. Notre Canadien déserta le service.
Il avait fait la connaissance de plusieurs Tchippeways, dont un lui avait sauvé la vie par ses connaissances médicales. Jérôme les suivit dans leurs déserts. Il gagna le lac la Pluie, celui du Bois, descendit la rivière Winnipeg et atteignit la rivière Rouge, ainsi qu'avaient fait des centaines de Canadiens avant lui.
Il se rendit de la sorte au fort Garry, où on le prit pour un transfuge échappé aux griffes des Pillageurs du lac Rouge ou des Sioux de Crow-Wing.
Laporte agent de la Compagnie d'Hudson. — Jérôme s'en alla trouver l'employé préposé aux engagements.
« Je s'is venu z'icit pour m'engager, dit-il au commis.
— Comment t'appelles-tu?
— Bonté, fit-il en crachant sa chique, mon père m'appelait Saint-Georges, et ma pauv'mère, bonté ! Jérôme. Mais les associés ne m'appellent que Laporte. Sauf vot'respàct, M'sieu, c'est une seigneurie. »
Le clerc se mit à rire :
« Tu veux dire un sobriquet, boy]?
— Connais pas, M'sieu. Je sais que c'est une seigneurie, et pis c'est toute. Si ça ne vous plaît pas, dame! appelez-moi Saint-Georges tout court. C'est mon nom itou.
BOIS-BRULES 101
— Eh bien, Jérôme Saint-Georges de Laporte, mon ami, que sais-lu faire ?
— Oh, dame, j'abats, je pique, j'équarris, je monte en eaje, je saule les rapides, je sais conduire un train dans les bouillons, et un canot ii travàrs les roches. Rèn que ça : je s'is pas brave sa les lacs, dans les grande* traverses. Dame ! c'est l'accoutumance qui me manque. Et p'is, il faut dire que je ne sais pas plus nager qu'un petit chien en plomb.
— Es-tu bon marcheur?
— Comme un carcajou. Mais, par exemple, faut pas que je séye à jeun; rapport que j'eî t'un gros homme, sauf vol'e respâct, et j'ai l'estomac faib'e, bonté! faib'e, faib'e.
— Tu as donc bon appétit?
— Comme trente-siï loups, M'sieu.
— By love! c'est sérieui, fit l'Anglais en riant. Et montestu à cheval?
— Ochl non. Mais je sais conduire un cab, une sleigh, une malle ou une carriole. Je sais ferrer un cheval, raccommoder une charrette ou une serrure. Je sais faire la pouline (plum-pudding] et les crêpes, le rababou (pémican emietté et bouilli dans un peu de farine), et la sagamité (farine de mais bouillie dans du lait); je boulange, je...
— Mais tu es un homme universel... Sais-tu lire et écrire au moins? »
Ce fut au tour de Saint-Georges à rire de l'employé.
u Och ! pas une lettre. A quoi voulez-vous que ça me sàrve? Je s'is pas taillé pour faire un commis, moS. «
L'employé eut le bon sens de ne pas relever la pointe, proférée d'ailleurs sans aucun sarcasme.
« C'est dommage, dit-il, tu aurais bien vite fait un excellent interprète ou un bon factotum. Mais c'est égal, on t'occupera, car tu parais fort comme un taureau. »
Jérôme se mit alors en position de boïeur. Jl retroussa ses manches et développa des muscles brachiaux et pectoraux qui firent l'admiration de l'Anglais, connaisseur en pugilat.
« Eh bien, Jérûme, proféra-t-il avec emphase, cathédrant à son bureau d'un air magistral, je t'engage, my frimd, poi deux ans au service de l'honorable Compagnie de la baie d'Hudson. Tes gages seront de "24 livres sterling par an, le ment, nourriture et chauffage non compris, et pour tout faire.
a Tu recevras chaque automne T livres de thé Kongou, 12 livres de sucre blanc, 10 de tabac eu corde, 15 de farine,
et le reste en vêtements confectionnés ou en pièces d'étoffe à Ion choix; à moins que tu ne préfères laisser ton argent dans le coffre de la Compagnie, où il te sera remboursé quand tu le voudras au denier cinq.
« Cela te va-t-il? »
Saint-Georges chercha son chapeau pour le jeter en l'air en signe de joie. S'apercevant qu'il n'en avait point, il fit une pirouette.
« Comme un gant su* la main, M'sieu. »
L'employé dressa son acte d'engagement ; puis, lui tendant la plume :
« Touche là, dit-il sérieusement au jeune Canadien.
— Que voulez-vous que je fasse de c'te pleume? A moins donc que ça séye pour la planter dans mon bonnet, dit Jérôme. Quanqueje vous dis que je ne sais pas écrire.
— Ça ne fait rien, mon vieux, touche toujours la plume en signe d'acquiescement; puis je signerai pour toi. C'est une formalité jugée indispensable par l'honorable Compagnie.
— Ça m'a l'air diab'ement bête, c'té... comment appelezvous ça? c't encaissement. Mais ça ne fait rien, c'est pas de valeur en toute. Je toucherai bèn la pelume. »
La formalité remplie, le commis signa pour Jérôme.
« Well! fît-il en relevant la tête. A cette heure tu es couché sur le grand registre de la Compagnie. Tu as touché la plume, tu as donné ton consentement. Tu vas recevoir par avance la moitié de tes gages d'un an, et ton prêt par-dessus le marché. Tu ne peux plus revenir sur ta parole d'ici deux ans.
« Demain tu partiras avec les barges pour le grand portage de la Loche, et si tu désertes, tu seras passible de la geôle au fort Garry, et de tout ce qui s'ensuit. Tu es averti.
« Maintenant voici douze souverains comptant. Passe au magasin et fais ton choix... »
Jérôme fut envoyé au fort Holkett pour y travailler à la reconstruction de ce poste, lequel est situé dans les Montagnes Rocheuses et sur les bords de la fougueuse rivière du Courant-Fort (affluent du Mackensie).
Une visite à Jérôme de Laporte. — « ... Après trois grandes heures de course sur la glace, nous arrivons à la pêcherie principale du fort Good-Hope. Les rochers remparts se terminent brusquement comme deux pans de murailles ; le vaste hémicycle du rapide s'en va en s'arrondissant à droite et à gauche, tandis que le sommet de la terrasse naturelle s'a-
BOIS-DRULÉ
baisse graduellement jusqu'au niveau du fleuve. Une rampe un peu adoucie conduit sur !e plateau boisé el moussu.
J'y vois un long échafaudage couvert de poissons à la pente, c'est-à-dire suspendus par la queue dans des brochettes de bois; puis des canots d'écorce à demi enfouis sous la neige, et une petite barque échouée sur le sable d'une anse retirée. Puis enfin une misérable cabane en troncs d'arbres dont la porte est si basse que je suis obligé de in'hidiner profondément pour pé uétrei dani l'intérieur... Dans l'obscurité de cette tanière noire et chaude comme la watche de l'ours, je me cogne la tête contre les poutres. Au milieu est une informe et monstrueuse cheminée, dans l'àtre de laquelle flamboie un bûcher dont la clarté ne sert qu'à épaissir les ténèbres autour d'elle. De chaque côté, deui réduits profonds et noirs sont occupés par des tréteaux en rondin, décorés du nom de lits. 11 me fut bien difficile d'y distinguer des formes humaines assises dans la pénombre du foyer.
Derrière la porte, un tréteau semblable, à deux étages, sert de double perchoir à d'autres habitants de l'antre.
Deux lucarnes d'un pied carré, couvertes d'un morceau de parchemin épais, a peine débarrassé de sa maque, prennent le nom de châssis, l'équivalent canadien da mot fenêtre. Le jour ue peut même y passer, lis ne sont là que pour figure.
A terre, quelques madriers disjoints, enduits d'une crasse révoltante, s'appelli-n! pUuii-hcr. Pour plafond le toit du gourbi, dont les interstices des perches alignées laissent passer des bavures de torchis.
On aurait pu prendre ce taudis pour une porcherie... Eh bien, c'était i'hfltel du sieur Saint-Georges de Laporle, pécheur, trappeur et coureur de bois alternativement ou à la fois. Un Indien (le petit Rognon) lui servait d'aide. Leurs familles les entouraient.
« Cent trente-deux, mon Père! s'écria le bonhomme en me serrant la main avec joie, si vous m'aviez averti que vous deviez venir, je vous aurais rêsàrvé q'ques foies de lottes, et perpàré un plat d'àfs. V'en a bén de ce temps-cité, des àfs; rapport que le poisson fraye que c'est tchirrible.
« Allons, toé, la yieille, vas-tu grouiller un petit brin? ajouta-l-il en se tournant vers sa moitié, Marie Tralawessiui, une Peau -de-Lièvre. N'oès-tu pas le Père qui a faim, depuis ch' matin qu'il court sur la rivière, par le fret qu'il fait?
« Et toë, Saint-Georges, bon à rien, veux-tu bien donner ton siège au Père, malhonnête'? Allons, Père, asslsez-vous,
t'une escabelle. Et pernez garde de tinaber à la renvârse, rapport que le banc n'a que trois pattes. Faut que je vous en fasse un nàf pour le jour que vous reviendrez. Vous m'excuserez, mais ces gens-cite sont aussi bibites que les chavages direcques. »
Après ce compliment décoché à l'adresse de sa femme et de son fils Jérôme, âgé alors de treize ans, le bonhomme me donna des nouvelles de sa pêche, tout en ayant l'œil ouvert au chaudron.
Quant à la yieille, interpellée aussi rudement qu'elle l'avait été par son yieux, elle lui lança du seul œil qui lui restât un regard courroucé, et avec un geignement douloureux elle suspendit par la queue devant l'âtre un énorme poisson blanc, dans sa peau et avec toutes ses écailles. Le poisson rôti de la sorte est dit en corbeau.
o Allons, la yieille, un coup de balai sur le plancher, rapport qu'on va bientôt mett'e la tab'. »
Dieu sait si ledit plancher en rondins en avait besoin, d'un coup de balai, pour devenir une table.
Le poisson cuit, la vieille étendit par terre un morceau de toile d'emballage qui avait servi à empaqueter des rets ; elle y déposa des assiettes et des tasses en fer-blanc, ces dernières de la contenance d'une chopine, et plaça au milieu de cette table sans nom le poisson en corbeau, dans un plat également de fer-blanc.
Il fut dépecé séance tenante. La carapace écailleuse, aussi noire que le plumage du corbeau, fut enlevée tout d'une pièce, laissant la chair du corégane (nom du poisson) toute fumante et cuite dans son huile. Elle n'était ni rôtie ni bouillie, mais comme cuite à l'étuvée. Seulement ce poisson non vidé avait une odeur et un goût d'entrailles repoussant. Je ne lui fis pas honneur.
Deux foies de lotte, assaisonnés de morceaux de charbon, de cendres et autres ingrédients inconnus des gourmets, furent ensuite servis dans une poêle sans queue. Un petit chaudron de cuivre rouge détamé et plein de thé lui fit pendant. Et dans ce récipient chacun puisa à tour de rôle en plongeant son pot. » (E. Petitot, Quinze Ans sous le cercle polaire, Paris, Dentu, 1889, p. 58-69, 93-95.)
CHEMINS DE FER
En (880 li? i.niKnki possédai I 1 1,0(10 kilomètres de chemins de fer; en 18!H) le progrès s'affirme par un chiffre plus que doublé: 21 ,:tO(i kilomètres. La principale ligne est le Transcontinental ou chemin de fer du Pacifique (C. P. il.); il fut projeté en 1872, commencé en 1880 et terminé en 1886. La dépense fat d'environ 62:i millions. La longueur de la ligne depuis Halifax est de 5,908 kilomètres, mais la véritable tète de ligne est Montréal; de ce dernier point la distance n'est que de i,670 kilomètres. C'est la voie la pins directe conduisant au Pacifique, !a plus pratique et la plus rapide pour se rendre d'Europe au Japon. Elle passe par Ottawa, qui est devenue la capitale du liominion en 18CI7; Carleton, d'où part un embranchement sur Toronto; Norlh-Bay, près du lac Nipissing, Sudbury. Elle suit la rive septentrionale du lac Supérieur; ses principales stations sont ensuite Port-Arthur, « le futur Chicago du Canada », et Winnipeg, la capitale du Manitoba, qui est reliée auï lignes des Etats-Unis1. Elle s'engage ensuite dans les prairies formées de riches terres noires, passe à Regina et franchit les Rocheuses pour redescendre, prés du mont Cascade, sur l'autre versant par le Colombia-River et le Fraser. Au terminus on a fondé en 188;i la ville de Vancouver, qui a un excellent port et compte déjà plus de 20,000 habitants. « I.es émigrants accoururent aussitôt en foule dès que la décision officielle de la création de la ville nouvelle fut connue. On se mit à l'œuvre. La forêt est reculée par enchantement par une véritable armée d'ouvriers venus de toutes parts. Les maisons s'élèvent, remplaçant des arbres de 3 et 4 mètres de diamètre; les lumières électriques brillent là où le
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Iroupes de Québec à la miore Roug
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et cht: lea Pautx-Iiouget, Ilaohetle,
soleil pouvait à peine pénétrer au travers des feuillages épais, et 15,000 colons de tous les pays sont installés aujourd'hui a Vancouver à la place des oiseaux et des bêtes sauvages qui y vivaient auparavant. » (A. Tissandier, dans la Nature, 1891, p. 390.)
On peut lire des descriptions intéressantes du voyage par ce Transcontinental dans le Tour du monde, 1891, II, 4-16, par Cotteau, et dans le livre de M. le baron Hulot, De l'Atlantique au Pacifique, 1888, p. 174-183.
Le premier historien du Canada fut Lescarbot (Marc), avocat de
Vervins, qui partit avec Poutrincourt (1606); revenu en France, il
composa une Histoire de la Nouvelle-France (1608), dont il a paru
une nouvelle édition chez Tross en 1866, 3 vol. in-8°. L'Histoire de la Nouvelle-France, par le P. Charlevoix, s'arrête à
Histoire du Canada, par Brasseur de Bourbourg, 2 vol. in-8°, Paris, 1852.
Histoire du Canada, par Garneau, 3 vol. in-8°.
Les Français au Canada et en Acadie, par Rem y de Gourmont, Paris, 1888, histoire abrégée de vulgarisation.
Histoire de l' Acadie française, par Moreau, Paris, in-8°, 1873.
Une colonie féodale en Amérique (Acadie), par Rameau de Saint- Père, Paris, 2 vol. in-8°, 1889.
Cinq Mois chez les Français d'Amérique; Voyage au Canada, par H. de Lamothe, Paris, 1879.
En Amérique et en Europe, par X. Marmier, Paris, 1860.
Le Canada, par Sylva Glapin, Paris, 1885.
La France et le Canada, par E. Agostini, Paris, 1886; donne surtout la statistique industrielle et commerciale.
Promenades en Amérique, par J.-J. Ampère, nouv. édit., 1874.
Au Canada et chez les Peaux-Rouges, par G. Démanche, Paris, 1889 (notes d'un voyage accompli en 1885 à propos d'une ligne nouvelle de navigation entre le Havre et Halifax, ligne qui n'a pas été maintenue).
Campagnes et Stations sur les côtes de l'Amérique du Nord, par Ed. du Hailly, Paris, 1864.
Le Transcanadien et VAlaska, par E. Cotteau, dans le Tour du
monde, 1891.
V Amérique du Nord pittoresque, illustrée, Paris. Terre-Neuve et les Terre-Neuviennes, par H. de La Chaume, Paris,
Un Voyage à Terre-Neuve, par J. Thoulet, dans Bulletin de la Société
de géographie de l'Est, Nancy, 1890.
Œuvres complètes de l'abbé Casgrain, 5 voL, Québec, 1884-1888. De l'Atlantique au Pacifique, par le baron Hulot, Paris, 1888. Les Grands Esquimaux, par E. Petitot, Paris, 1887. (Le P. Petitot
fut missionnaire dans le nord-ouest canadien de 1862 à 1882.) Quinze Ans sous le cercle polaire, par le même, Paris, 1889. En route pour la mer Glaciale, par le même, Paris, 1888. Autour du grand lac des Esclaves, parle même, 1891. Exploration de la région du grand lac des Owr^par le même, Paris,
La Nation canadienne, par Gailly de Taurines, Paris, 1894. De Montréal à Washington, par Luc. Vigneron, nouv. édit., Paris,
Yankees et Canadiens, par L. Lacroix, Paris, 1895. Le Canada, par P. Cronenbergks, Paris, 1892.
ÉTATS-UNIS
U r«piiblii|iii- fMérale de* États-Unis {United rifcvMiui-.cii tut Ki<îrrU* uu de* trois plus grands Eti induit) qui-, U Humle forme le plus grand empir thiu* l» plu» nom tireuse agglomération d*homn i.UU t:m« dominent l'Amérique et possèdent m*»**, «pifs l'on divine eu trois régions.
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tf**t*r*t découvertes. — La région de lAtla l+it*p+ ir»/»rrnp/r Apre» la découverte du nouveau HftMg/K hft furent pa» inquiétés sur leurs territoi] A* ht l* *vi* *î»>.l«. Cabot longea le littoral ; les 1 N^nduif* /1a l'on/-.* <\f. Léon, abordèrent la Florid vntAiif r/.<i<rfv#-f longtemps.
W*U*f fUIftigh. - Le» premières entreprise lîAft ^ U fin du xvi* ititale. Humphrey Gilbert, fie lAiijh, tmMîi mi 1VW un Discourt pour prouver rt •<*if* witil '»»//•«/ nu Calhay et aux Indes orienta rMiiA ftii«nlir.fh un monopole pour coloniser les •ittAuf Mitr* In Floride et les établissements F.<>iir*iif . f,* pr^mi^rc expédition échoua, la se* «ulMf r/irrupnhon dft Terre-Neuve (1583) ; mais Wïitnf iMiAï«h, pour venger son frère, demi pri-.-iiAg* pnur exploiter les terres de cette régie \nr,\ pp'tpri^tnir*, et viaita en 1584 les côtes du Vi«»iiv»ir ,i ji^.ffja (\finn les environs du cap H ly-iftiiiv.rin i,ii^ r.i'uWuifi de colons, ou plutôt i i •»■* M«.i.M.,k.- i,.iîa d'Albe marie); le gouverneu »»»..i,».i i.» r, 1.,,%r,, K6onoke pour chercher des pu iii-i.. ..»,.,. , |fl< i , , , | i ^ ri A ftt ri„t retenir vers la. côt i|ifii-ii., ;,.., m.jjhftupftnx colons en. Angleterre : i '.^'",^" '" i-ilurt. r;nft nouvelle tentative de < Y^-'M'- .^-j,.,,,/. fcifti^h c^Ja ses droits en. 1390 à \ ' ""m* «u t,;,w !fl compagnie de Londres, dont I
ÉTATS-UNIS 109
luyt'. En 16m. le légcmlaire capitaine Smith entra en lutte avec les Indiens; retenu prisonnier, il Fut sauvé par In tlllvdachof l'owhattan, et reconnut lea côtes île In baie île Chcsapenkc' : on l'appela le Pore de la Virginie; il eu a Écrit l'histoire.
Virginie. — Loi'd Delaware amena île nouveaux i m m Jurants ; In colonie fut sauvée par la culture du tabac : en 1619 les planteurs se réunirent pour former nu conseil qui fut la première assemblée législative; elle obtint une constitution écrite eu 1GÎ!1; mais, à la Euite d'une guerre malheureuse avec les Indiens, elle fut supprimée eu 1625, et la Virginie restera province anglaise jusqu'à la pierre d'indépendance. Elle fut 1res attachée à la cause des Stuarts, «t se peupla surtout d'éuiigrniils royalistes.
Nouvelle -Angle terre. — Jacques I1" avait cédé tel pays du Nord aune autre compagnie, la Cumpuyaie/le l'hjmoitlli. qui se chargea de Il coloniser. Ce fut encore le capitaine Smith qui travailla le mieus iu succès de la Compagnie; dans un voyage eu 1614 il reconnut la Cote, et donna au pays le nom de tfOHnelle-A-niflfli'iTc; en 1620 arriva une confrérie de pu ri lai us i les fnthert l'ilijriinii''., qui avail fui d'Angleterre en Hollande boue la conduite du pasteur Ilohinson ; ■elle comptait environ une centaine de membres, qui arrivèrent sur la Fleur-tle-Mni iMint-l'lowr), et s'établirent au cap Cod,& Potoiet, qu'ils appelèrent New-Plymouth. Le premier gouverneur fut John
Peu après se fonda la corporation de lUassacliitsets (1629), qui eut pour capitale Dos ton; nu fugitif de Boston, Itoger Williams, alla s'établir au milieu de- Indiens, el fonda H/twU'-Itlaïut, qui fut une république démocraliqne(l(i;iS-16n}, Conueclkut eut sa constitution politique en 1113:); S'ein-Ilauen fut fondé en 16:18, et en 1613 tous ces Etats s'unirent par un lien fédéral pour former les colonies Unies de ta Nouvclle-Hi-etagne.
Au uord, le Xeir.-Uamiisiiirt: fut érigé en province royale en 1679. Tous ces établisdiritjMiiis, fniviii peuplé; Je puritains U. couches qui montrèrent la plus dure intolérance.
Maryland. — Lord Baltimore voulut assurer un refuge pour les catholiques; il obtint en 1632 uneroiics'ssionqiii le lit iii.iitrc absolu du pays qui fut appelé, en i'hoimeur de la reine, MiiryUind ; Baltimore occupa sa baronuie en 1634, mais les puritains y arrivèrent Vers 165(1 et fondèrent Providence, qui fut appelée plus lard Annapolis; ils l'emportèrent sur les catholiques ; Baltimore fut dépos- EfVlé, le Mac In ml .ii-viut colonie, royale. Ou eu avait 4. 'taché auparavant le Delaœare (1685).
i. Richard HjUIuyI (1553-1616), uni de JUlaigh. fut le véritable nuleur de la «olunisation île l'Amérique; il pusia sa vie i réunir Ion redis do iDjagours *nglnis et » tndrir* le> relations espagnoles; il fonda m l'.mi i.i todiii ,[ui ■ pria depuis In nom de BaUugtSOeUlj)! clla l'OHnjpa il.) l'histoire des oiplnra-