‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 32 sur 151 · FLORIDE · texte numérisé non relu

FLORIDE

pas plus encore de décrire les myriadt peuplent! La naît, le sommeil des voyageurs est sans cesse interrompu par les hurlements du loup el de la panthère, par les aboiements du crocodile et le mugissemenl de la grenouille gigantesque. Aussilôt que le jour apparaît, ces habitants des ténèbres fuient comme l'ange déchu à l'aspect du juste; alors ils sont remplacés par les oiseaux sans nombre dont l'éclatante parure ne peut être égalée que par le délicieux ramage r l'on voit s'enlre-.jouer parmi les roseaux la perruche de la Caroline, le cardinal, l'oiseau moqueur, les geais, les troupioles, ot tant d'autres membres de la tribu ailée. L'oî seau-mouche cherche partout le nectar des corolles, et des papillons aux splendides rellets semblent être des fleurs de l'air; de légers écureuils couvrent les branches des arbres, sous lesquels pâturent de nombreux troupeaux de daims. Mais parmi lous ces êlres si gracieux, quel contraste ne forme point le hideux serpent a sonnettes, dont l'aspect fascine d'horreur tous les animaux et les jette sans défense sous ses crochets mortels! Des tortues innombrables sillonnent aussi dans tous les sens ces terres toujours humides, et deviennent la proie de l'aigle à tète blanche, qui quitte pour les saisir les cimes les plus élevées, où il établit sa demeure féodale, et au-dessous de laquelle se lient le stupide vautour, attendant avec une lâche patience les restes que veut bien lui abandonner le roi des régions éthérées.

Mais lorsque le soleil est parvenu au milieu de son cours, l'étouffante chaleur engage toute la nature au sommeil et au repos, et alors tout semble mort dans le désert; et lorsque les ombres de la nuit viennent de nouveau étendre leur voile sur l'épaisseur des bois, alors, comme si ces contrées si favorisées avaient encore le privilège de conserver quelque chose de la lumière qui s'en va, des milliers de mouches à feu traversent l'air dans toutes les directions et produisent, chaque soir, une illumination plus belle que n'en obtiennent nos cités à force d'art et de frais.

Telle est la Floride : elle forme un contraste bien grand avec cette région de jardins, couverte de villages florissants, peuplée de nations nombreuses et déjà avancées dans les arts, que nous peignent les premiers c-finquéraïUs espagnols. Bientôt son aspect changera encore, et le génie américain y portera son cachet : ses chemins de fer el ses canaux1. Faut-il

les

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donc que partout notre race commence par détruire avant cjue de fonder, et notre civilisation est-elle donc un arbre dont les branches ne peuvent se développer que lorsque ses racines sont baignées dans le sang! » (Comte F. de Castelnau, d.ans le Bulletin de la Société de géographie de Paris, 2e série, tome XVII, p. 392-403 ; ces pages, écrites en 1842, ont été reproduites dans Vues et Souvenirs de l'Amérique du Nord, Paris, A. Bertrand, 1842, p. 127-135, passim.)

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