FLORIDE
respirer, conduisent aux sixième, septième ou dixième élages, dirigés par des électriciens vêtus comme des amiraux russes? Les lettres partent du vestibule de chaque chambre pour tomber sans accrocs au bureau central; les cartes de visite des amis qui s'enquièrent de vous down stairs sont aspirées pneumatiquemeut en uue demi-seconde jusqu'à la chambre du visité ; la lumière électrique, distribuée â profusion dans les lampadaires ies plus fantastiques, s'allume et s'éteint à volonté, et de son lit, sans bouger, l'on ferait mouvoir le monde.
La chaleur amortit, dans la maison, l'effet des variations extérieures; l'eau chaude et froide circule partout sans occasionner le plus petit borborygme dans la muraille; la féerie esTcomplèle, car tout est prévu : aucun effort, plus de surmenage; les nerfs béatifiés cessent de vibrer avec leur acuité et leur vigueur européenne, car l'obstacle physique n'existe plus, et le cerveau de l'homme, déshabitué du souci de l'effort, s'élève comme un aérostat dilaté de toutes surcharges parasites. » (Oct. Uzannk, Vingt Jours dans le nouveau monde, May et Molteroz, 19-21.)
le doux nom rappelle le luxe de végétation, si nous ne savions qu'il n'est qu'un souvenir du jour de sa découverte (Pascha jlorida), me semble être uue des régions du globe les plus dignes d'attirer notre attention et de devenir l'objet de notre étude. Car si chez elle les fleurs, ces brillants ornements de la nature, semblent fatiguées de ne couvrir que la terre, et s'élancent en s'entrelaçant jusqu'au sommet des arbres, le sol lui-même nous présente un phénomène des plus remarquables : partout se forment des cavernes profondes, partout des rivières jaillissent des entrailles de la terre. Ici vous voyez un fleuve majestueux rouler tranquillement ses eaux, puis, instantanément, disparaître à vos yeux pour se rencontrer de nouveau à une distance considérable, et former ainsi de nombreux ponts naturels; là des lacs étendus apparaissent tout à coup dans des lieux qui de tout temps produisirent le maïs de l'Indien.
La forêt. — ... Les bords de la mer sont couverts de sveltes palmiers, dont la tête gracieusement bercée par les vents semble un éventail naturel accordé à ces régions brûlantes
L'AMÉIMQUE
par la bienveillante Providence; puis viennent des forêts de pins gigantesques, qui, s'élaneant à plus de loti pieds, offrent les plus beaux bois de construction qu'aient vus les chantiers de la marine. Derrière cent-ci la scène change subitement, et d'épaisses forêts de mille sorles de bois se présentent à l'œil fatigué de la monotonie des arbres verts. Là le magnolia étale avec profusion ses feuilles semblables à d'immenses spatules, tandis que l'air est emhaumé par ses belles et énormes fleurs, si éclatantes de blancheur. Il est entremêlé de cent espèces d'ilei, de sessafras, de catalpa*, de lauriers, de cèdres, de gommiers, au milieu desquels se distingue aussi le magnifique chêne vert, dont le feuillage éternel donne à toutes les saisons l'aspect constant de l'été; parlout le cormier de la Floride éblouit les regards par sa splendeur argentée; l'azaléa prodigue sa corolle, semblable à un gracieux papillon, el le sumac étale avec orgueil le magnifique éclat de ses bouquels écarlates. Tous ces arbres si variés sont étroitement entrelacés par des lianes sans nombre. Parmi elles on distingue les vignes sauvages, les clématites, les convolvules, qui tous, s'élaneant avec hardiesse et en formant de bizarres festons jusqu'aux cimes les plus élevées, semblent être destinées à noua démontrer la force do l'unité, car les faibles rameaux ainsi réunis forment une barrière complètement infranchissable. De longs parasites semhlables a des mousses et pendant de tontes les brsnofaes pourraient, au premier abord, être pris pour le limon laissé par un fleuve après une crue extraordinaire, el répandent sur tout cet ensemble quelque chose de singulièrement mélancolique, et dont l'âme est fortement émue, car ces tittandrta forment souvent une masse assez épaisse pour intercepter les rayons du soleil et condamner ainsi à une perpétuelle obscurité les espaces qu'elles recouvrent; alors l'extrême humidité détruit rapidement les jeunes pousses des arbres, et bienlot les géants des forêts tombent, eux aussi, renversés les uns sur les autres, rainés par l'action invisible, mais conlinue, de cet ennemi caché. Mais partout où l'air peut librement circuler, combien est admirable la diversité de formes et de nuances de ces mille sortes de fleurs qui recouvrent entièrement le sol. Quel pinceau pourrait rendre avec vérité ces corolles et ces grappes si brillantes, dont les ravissante! COttleuïi son! aussi supérieures aux plus beaux tapis que la nature l'est à l'art!...
Les animaux. — Mais s'il est impossible d'exprimer le luxe qu'étale la végétation dans ces contrées, combien ne l'est-il