‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 36 sur 151 · L. Didieh · texte numérisé non relu

L. Didieh

La brise du soir dont nous parlions à l'instant cesse généralement vers sept heures. Puis, s'il y a clair de lune, la prairie se montre sous un dernier aspect, tout différent de celui do jour. Le paysage s'éclaire d'une lumière tranquille, bien que relativement intense; les ombres sont fortement accusées. Par les tièdes nuits d'été, et lorsque la lune se trouvait pleine et voisine du zénith, le séjour de la prairie avait un attrait inexprimable. La clarté était assez vive pour permettre de tout distinguer autour de soi avec la plus grande netteté, presque comme en plein jour; mais on aurait pu se croire au milieu d'une nature morte, tellement le calme qui y régnait était absolu et plein de majesté. Nul bruit ne révélait la présence d'êtres vivants. En prêtant l'oreille avec une attention soutenue, on finissait par distinguer mille murmures imperceptibles r confus, inexplicables. Tantôt c'était un bruissement fiirtifr tantôt un frôlement mystérieux. Il eût été difficile d'attribuer une cause à ces bruits singuliers.

On ne peut se figurer de quel éclat brille Diane dans ces contrées où le ciel est toujours d'une pureté surprenante. En passant au travers du feuillage des arbres, la lumière forme sur le sol de petites plaques d'un blanc éblouissant. Chaque construction, chaque paysage revêt un caractère étrange, bien différent de son aspect dans le jour. En un mot, la nature entière se transforme; elle apparaît sous un voile qui lui prête un charme indéfinissable.

Les nuits sans lune, éclairées seulement par les myriades d'étoiles qui scintillent, offrent un non moins grand attrait. Je me souviendrai toujours d'une veillée faite dans la prairie vierge par un de ces beaux ciels étoiles. J'étais à 1,500 mètres de notre station, en compagnie d'un jeune homme qui nous aidait dans nos travaux. Nous étions alors en décembre, et, vers le soir, on éprouvait quelque fraîcheur. Nous nous couchâmes sur l'herbe auprès d'un feu de broussailles qui pétillait joyeusement. On éprouvait une douce sensation de bien-être. Les regards tournés vers le ciel, nous admirions les milliers d'étoiles qui le parsemaient; toutes paraissaient grossir; les plus belles prenaient des proportions inaccoutumées, et l'on en distinguait un nombre incalculable de petites semblables à des grains d'or, que pour ma part je n'avais jamais vues jusque-là...

Celui qui a séjourné dans la prairie vierge, qui l'a parcourue la nuit comme le jour, s'explique l'existence du trappeur passée tout entière dans les solitudes. Si, au point de vue matériel, la vie au milieu de cette nature primitive laisse

Page 1