‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 37 sur 151 · L'OUEST AMÉRICAIN · texte numérisé non relu

L'OUEST AMÉRICAIN

quelque peu à désirer, combien, d'autre part, ne réserve-t-elle pas de jouissances à l'homme qui la préTère à l'existence mo nolone et routinière de la ville? La première n'est qu'u long poème, d'une poésie empreinte de grandeur et de philosophie ; la seconde n'est que prose, souvent étroite et terre à terre. » (A. Lancastkh, Société royale belge de géographie: Bulletin, 188ii, p. 328-333.)

La population. — « Le Texas se peuple rapidement grâce aux chemins de fer; niais quelle rude population! L'Européen se trouve assez dépaysé au milieu de ce rougk people, de ces hommes à barbe inculte chausses de grosses bottes, de ces femmes qui ont adopté l'usage masculin de mâcher du tabac, de fumer la pipe, cracher dans les jambes du voisin. On traverse fréquemment des agglomérations unissantes qui sortent de terre comme les champignons et qui, dans quelques années, seront des cités importantes. D'un bout à l'autre de l'Union, ces embryons de villes présentent éternellement le même aspect : ici comme dans le Far-West et dans le Nord, on retrouve les mêmes façades en planches, où s'étalent eu grosses lettres les mots saloon ou drug-share. D'innombrables faucons planent au-dessus de ces ruches humaines, i (J. Leclercc, Voyage au Mexique, I88j, Hachette, p. 5.)

Les rives de l'Arkansas. — « A la distance d'un mille ou deux de l'Arkansas on trouve d'abord des masses de roseaux, puis une suile de lacs qui se prolongent parallèlement aux sinuosités de la rivière, et dont les eaux Sun 1 aussi de la même couleur. Quand elle est haute, elle répand son superflu dans les lacs et bayous, et l'eau est en mouvement sur une largeur de vingt milles; ces lacs sont couverts par les larges feuilles et, dans la saison, par les Heurs du nymphéa nelumho, la plus grande el la plus magnifique que j'aie jamais vue. J'en ai observé de la dimension d'un chapeau ; les pétales extérieurs sont d'un blanc éclatant, et ceux de l'intérieur d'un beau jaune. C'est en grand la copie du lis des étangs de la Nouvelle-Angleterre, qui m'a toujours frappé comme la fleur la plus belle et la plus odorante de ce pays. Ces laça stH&Wifc-

ment couverts de ces fleurs et d'une autre plante aquatique dont les feuilles ont la même forme, mais avec une fleur jaune, qu'un oiseau peut marcher d'un bord à l'autre sans que ses pattes touchent l'eau; et les plantes s'élèvent de toutes les profondeurs du fond jusqu'à deux pieds au-dessus de la surface de l'onde.

Au delà de ce lac on voit d'immenses marais pleins de cyprès chauves. Les marais constituent une grande portion du terrain inondé du Mississipi et de ses affluents. Aucun aspect sur la terre ne peut être plus triste. L'Achéron et le Styx des poètes ne présentaient pas une aussi grande réunion de circonstances engendrant la mélancolie. C'est avec raison que le cyprès est considéré comme un arbre funèbre et lugubre. Quand celui-ci a perdu ses feuilles, un marais où il s'élève en quantité innombrable n'offre plus qu'une immense forêt de branches d'un gris blanc, entrelacées ; rien ne représente mieux l'image de la désolation et de la mort. J'en ai été souvent frappé, je n'ai pas la force de décrire ce tableau. Pendant l'été, les jolies feuilles de ces cyprès, courtes et d'un vert agréable, enveloppent ces branchages blanchâtres d'une draperie de crêpe. L'eau dans laquelle ces arbres croissent a une surface uniforme, est morte et a une profondeur de deux à trois pieds... L'eau est couverte d'une couche épaisse de matière verte qui ressemble à du velours. Les moustiques vivent par milliers dans ces endroits-là. A cette scène horrible il faut encore ajouter fréquemment le serpent mocason, dont l'énorme corps, revêtu d'écaillés, est roulé sur lui-même contre un tronc de cyprès, et si on approche trop près de lui, malgré sa paresse et son apathie il renverse en arrière, presque sur son cou, la mâchoire supérieure de son immense gueule, et donne ainsi un vigoureux avertissement de ses moyens et de sa volonté de se défendre. J'ai parcouru quarante milles le long de ces marécages, et pendant un espace considérable de ma route sur le bord de la rivière, mon cheval s'enfonçait à chaque pas jusqu'à moitié de la jambe; j'étais constamment enveloppé d'un nuage de moustiques. » (H. Flint, missionnaire, 1831, dans Nouvelles Annales des voyages, 3e série, IV, 348-350.)

Aspect général du pays et des villes : les prétentions des .habitants. — « Nous ne connaissons pas de pays dont un

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