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LE PREMIER VOYAGE DE CHRISTOPHE COLOMB

Arrivée à Guanahani. — « Dans la nuit du jeudi 11 au vendredi 12 octobre, vers les dix heures du soir, Colomb était

1. Le livre de Hylacomylus, Cosmographie Introductio... insuper quatuor Americi Vespucci navigationes,îat publié en 1507 ; il est dédié à l'empereur Maximilien.

2. On a cherché d'autres explications du nom d'Amérique ; M. Jules Marcou (Bulletin de la Société de géographie de Paris, 1888) le fait venir d'une montagne du Nicaragua, la Sierra Amérique, qui aurait été vue par Amerigo Vespucci et par C. Colomb. D'autres, Thomas de Saint-Bris, A.-L. Pinart, le font dériver de Ameraca-Pana, nom d'une ville importante de l'Amérique du Sud, sur les côtes du Venezuela.

LE PREMIER VOÏAGE DE CHK. COLOMB sur la dunette de son vaisseau et plongeait ses yeux dan sombre horizon, quand il crut voir une lumière briller dans l'éloignement. Craignant que ses désirs ne l'abusassent, appela Pedro Guttierez, tapissier du roi, et l'invita à regarder. Celui-ci vit aussi une lumière. Doutant encore, il appela Rodrigo Sanchez, de Ségovie, contrôleur de la Hotte, et lui fit la même demande. La lumière avait disparu ; mais comme on regardait toujours dans la même direction, on la revît encore. On eût dit qu'elle était placée dans une barque de pécheur ou portée par quelqu'un sur le rivage. Cette lueur était s fugitive que Guttierez et Sanchez y attachèrent peu d'importance. Colomb, au contraire, [a regarda comme le signe non équivoque de la proximité de la terre. Quatre heures plus lard un coup do canon tiré de la Pinfo donnait enfin l'heure signal.

Ce fut un simple matelot, Rodrigo de Triana, qui le premier découvrit la terre. La récompense promise par la reine Isabelle aurait dû lui être adjugée ; mais Colomb la revendiqua pour lui-même, comme ayant aperçu le premier la lumière. Ce n'était certes pas pour disputer ace pauvre matelot une récompense pécuniaire : son caractère noble et généreux s'y refusait; mais, comme toute son ambition était concentrée sur ce point, il était aussi fier d'avoir entrevu le premier le nouveau monde que d'avoir formé le projet de le découvrir. En effet, lors du procès qui s'éleva à celte occasion, Colomb eut gain de cause. Nous aimons à croire pourtant qu'il indemnisa largement Hodrigo de Triana de la perte qu'il lui faisait subir.

On voyait distinctement la cale à environ deus lieues de distance, mais il était fort imprudent de s'avancer sans l'avoir reconnue. Colomb fit aussilùl ferler les voiles, et les vaisseaux restèrent en panne. Certes, celte nuit-là personne ne dormit à bord de la petite escadre. Sur quelle terre le soleil levant 'lait-îl darder ses rayons? Était-ce un pays désert ou une n fertile'? Allait-on rencontrer des hommes ou des monsun accueil empressé ou des dangers imprévus? Aussi ;ous altendaient-ils dans une anxiété fébrile et presque doureuse que la nuit repliât ses voiles.

Vendredi 12 octobre 14921 Le jour se lève. Une terre plate, s couverte d'arbres qui lui donnent l'apparence d'un vers'étend au loin. A l'horizon se dressent des montagnes, e toutes parts surgissent des Ilots et des rochers. Colomb .■nail d'entrer dans l'archipel des Lucaycs ou Bahama, qui

s'étend de la Floride à Haïti, et couvre la côte septentrionale de Cuba. L'île qui s'offrit la première à sa vue était probablement la Guanahani des indigènes. Elle conserve encore le nom que lui imposa Colomb, San-Salvador. On a beaucoup discuté sur remplacement de cette île. Les uns la cherchent au nord de Saint-Domingue, les autres plus au sud, dans l'archipel des Lucayes. Ceux-ci se prononcent pour l'île Watling1, et ceux-là pour l'île de la Grande-Sabine2; Washington Irving et Humboldt pensent que le premier atterrage eut lieu à l'île du Chat, et Varnhagen à la Mayaguana3. Tout récemment on a émis d'autres hypothèses : il s'agirait de Samana4.

On aura remarqué que l'écart est considérable entre ces diverses positions, mais il est difficile de rien préciser, car les indications de Colomb sont très vagues, et elles s'appliquent à différents endroits. Comme la tradition et la vraisemblance sont d'accord pour attribuer à l'île Guanahani la gloire d'avoir été la première découverte, nous la lui conserverons.

Les indigènes. — Bientôt parurent les habitants. Us sortaient des bois et couraient sur les rivages, les yeux fixés sur les vaisseaux. Ils étaient entièrement nus. A en juger par leurs gestes et leurs attitudes, ils semblaient étonnés. Colomb descendit dans une barque pour prendre terre. En vertu de sa nouvelle dignité d'amiral, il avait revêtu un riche costume écarlate, et tenait en main la bannière royale. En même temps que lui s'étaient embarqués les deux frères Pinzon, portant chacun le pavillon de leur navire. A peine avaient-ils mis le pied sur le rivage qu'ils se jetèrent à genoux en baisant la terre. L'amiral se leva le premier, tira son épée, déploya l'étendard royal, et, rassemblant autour de lui les deux Pinzon et quelques officiers, prit solennellement possession de l'Ile au nom de la reine de Castille ; puis il requit les témoins de lui prêter serment d'obéissance en qualité d'amiral et de viceroi. Personne alors ne lui marchanda les témoignages de reconnaissance et d'admiration. Les matelots surtout étaient comme ivres de bonheur. Ils se pressaient autour de Colomb et lui baisaient les mains. Quant aux insulaires, ils avaient

1. Manoz, Historia del nuevo mundo, et Peschel, qui a écrit une histoire de l'époque des découvertes, Geschichte des Zeitalters der Entdeckungen, 1858.

2. Navarette, Collection des voyages et des découvertes..., I, 20.

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