YANKEES
r désir de briller. Avoir son hôlel dans la Cin- \ue; nager dans la fastueuse existence des rois de la finance, les marchant princes, c'est là son rêve, et, s'il le réalise, ne crow pas qu'il y cherche le terme de ses agitations. Non : chaque matin on le verra quitter son palais pour se diriger vers la cité, où, dans tin bureau obscur et à peine meublé, il passera sa journée à brasser des affaires qui mettront sa fortune et celle de ses enfants en équilibre sur la pointe d'une aiguille. Il a pourtant sa bibliothèque qu'il ne lit point, sa galerie de tableaux qu'il n'estime que par le prix dont il a payé chaque toile. Il a surtout sa manie par excellence, l'architecture, et si jamais passion fut malheureuse, c'est celle-là. Le plus curieux échantillon que l'on en puisse voir est dans la jolie petite lîe de Staten-lslaud, située dans la baie de New-York. Là s'épanouissent, au milieu de la verdure et des fleurs, les villas des nababs de la cité, tantôt découpées en ivoireries de Dieppe, tantôt étagées en châteaux de cartes, ou bien encore massives comme un donjon du moyen ;lge, affectant ici la forme d'un pâté de Chartres, plus loin celui d'un temple grec ou d'une église gothique, mais toujours empreintes du plus irrécusable cachet de mauvais goût dont une nation puisse être atteinte et convaincue dans l'art de Bramante... Il en est de même dans les autres branches de i'arl. » (E. du Haii.lv, Campagnes et Stalitiint xur les cites de l'Amérique du Nord, Dentu, 1804, p. 60-01.)
La vie américaine. — «Si je voulais donner en quelques mots une idée générale de la vie américaine, je dirais qu'elle ressemble beaucoup à une échelle, le long de laquelle tout un peuple grimpe, s'accroche, tombe et recommence son ascension après chaque chute, sans perdre de temps à geindre ou a délibérer sur la décision à prendre; à aucun échelon personne ne songe a s'arrêter; on y monte, on ne s'y repose pas. C'eslprécisément ainsi que l'Américain entend la vie : non seulement il veutfitre indépendant, mais il veutètre puissant; il n'accepte pas la médiocrité, il neconsent pas à rester petit employé, ou petit commerçant, ou petit propriétaire :il lui faut de grandes affaires amener. S'il désire la richesse, ce n'est d'ailleurs pas pour jouir paisiblement dans la vieillesse du labeur de ses jeunes années, mais pour tenter des entreprises plus considérables avec les gros capitaux qu'il aura amassés. L'argent, pour lui
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n'est pas tant un instrument de jouissance qu'un instrument de travail, un levier; ce n'est pas un but, mais un moyen. L'ardeur qu'il met à le poursuivre se trouve ainsi ennoblie et décuplée. Il n'y a point de tâche trop pénible ni de labeur trop rude pour un homme animé de ces sentiments; aucune considération ne l'arrête dans ses entreprises quand l'espoir du succès est au bout. Les grands risques, il ne les redoute pas, car il a commencé tout seul sa fortune, et sa ruine n'est pour lui que le retour à une situation qu'il a déjà connue et dont il a déjà su sortir. Quant aux difficultés, il espère toujours les vaincre, il s'en fait même une sorte de jeu. Entre la pente abrupte et le chemin sinueux qui montent au sommet de la fortune, il choisit la pente abrupte, parce qu'elle est plus courte. Des pieds et des mains il s'accroche à toutes les aspérités, au grand risque de se rompre les os, si cette gymnastique lui permet d'arriver plus vite et plus tôt. D'un tel homme il n'est pas suffisant de dire qu'il lutte pour la vie : il fait plus, il risque sa vie pour atteindre le but qu'il s'est assigné. » (Paul de Rousiers, la Vie américaine, Didot, 1892, p. 5-6.)