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LE PREMIER VOYAGE DE CHR. COLOMB

racle. Isabelle et Ferdinand se trouvaient alors à Barcelone. L'amiral partit pour aller les rejoindre. Sur la route, les populations accouraient pour le saluer de leurs cris de joie. Quand il approcha de Barcelone, un cortège nombreux de seigneurs, de bourgeois et d'artisans se précipita au-devant de lui. Son entrée a été comparée à un de ces triomphes que les Romains avaient coutume d'accorder à leurs généraux vainqueurs. Six des dix Indiens qu'il avait amenés avec lui ouvraient la marche... Après eux on portait des perroquets vivants, des oiseaux et des animaux empaillés d'espèces inconnues, ainsi que des plantes auxquelles on supposait des vertus. On étalait au regard du public des couronnes et des bracelets d'or. Colomb arrivait ensuite, entouré d'une brillante cavalcade de jeunes Espagnols. La foule se pressait autour de lui pour le complimenter, et aussi pour contempler ces produits d'un monde inconnu. On avait préparé à l'amiral, sur une estrade, un dais de brocart d'or, au milieu d'un vaste salon, dans la Casa de la Deputacion, où l'attendaient la reine et le roi, entourés des dignitaires de la couronne. A son approche ils se levèrent, et l'engagèrent à s'asseoir en leur présence, en l'invitant à faire le récit de son voyage. Quand il eut fini, l'assemblée entière tomba à genoux pour chanter le TeDeum. » (P. Gaffarel, Histoire de la découverte de l'Amérique, Paris, Rousseau, 1892, II, p. 102-127.)

C. Colomb écrivit un récit de son premier voyage pendant son retour; il est daté du 15 février 1493, et fut imprimé la môme année; il n'en reste qu'un exemplaire, conservé à la Bibliothèque ambrosienne de Milan. M. H. Harrisse l'a traduit et reproduit dans son Christophe Colomb, Études d'histoire critique, Paris, E. Leroux, 1884, 2 vol., tome 1er, p. 420-425.

Portrait de Christophe Colomb. — « Il jouit peu de sa gloire et des dignités dont il fut revêtu; au contraire, il ne fut presque pas un jour sans avoir à souffrir ou les douleurs les plus aiguës, ou les contretemps les plus fâcheux, ou les chagrins les plus cuisants. Il était d'une taille médiocre, mais bien proportionnée; son regard et toute sa personne marquaient quelque chose de noble; il avait le visage long, le nez aquilin, les yeux bleus et vifs, le teint fin et un peu enflammé, les cheveux blonds, tirant sur le roux, le corps bien constitué,

et une grande force dans les membres. Son abord était facile et prévenant, ses mœurs douces et aisées. 11 était affable envers les étrangers, humain à l'égard de ses domestiques, enjoué avec ses amis, et d'une humeur fort égale envers tout le monde. Il avait l'âme grande, un génie élevé et vaste, l'esprit toujours présent et fécond en ressources, un cœur à l'épreuve de tous les contretemps, beaucoup de circonspection et de prudence dans toute sa conduite. Quoiqu'il eût passé les deux tiers de sa vie dans une fortune des plus médiocres, il ne fut pas plus tôt en place qu'il prit naturellemet toutes les manières de grand seigneur, et qu'il parut né pour commander. Personne ne savait mieux que lui se donner cette gravité bienséante, ni ne possédait plus parfaitement cette éloquence insinuante et sensée qui rendent presque toujours le commandement efficace. Enfin il avait de la grâce à tout, parlait peu et toujours bien... » (Gharlevoix, Histoire de Saint-Domingue, II, 43-45, Amsterdam, 1723.)

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