‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 66 sur 151 · V. Schœlcher, Colonies étrangères et Haïti, II, p · texte numérisé non relu

V. Schœlcher, Colonies étrangères et Haïti, II, p

HISTOIRE DES ANTILLES toires ducontinent, qui leur fournissaient de riches métaux, e de l'or et de l'argent «. Ils conservèrent seulement la partie taie, et Userait les Français prendre possession des ptaî et de; dh-bUbib de l'Ouest.

Les Français à Hiïti. — Les boucaniers. — Les premier* Français qui apparurent dans l'Ile forent des enfuit* perdus de la mère patrie, des aventuriers hardis pareils à ceux qui parcouraient les plaines àv la Nouvelle-France: c'étaient des chasseurs venus de Saint-Christophe , qui se réunissaient après la chasse pour bouauter. c'est-à-dire pour sécher à la fumée la viande des bœufs qu'ils poursuivaient avec une grande agilité: ils les atteignaient a la course et leur coupaient les jarrets pour ne pas mar inutilement leur poudre; on appela «a hardie chasseurs des Boucanier». Ils vivaient en commun, et avaient adopte les conventions que l'on appelait les luagci de ta cote. Leur habillement était très simple : une chemise imbue du sang des animaux, un caleçon encore plus crasseux, une courroie qui servait de ceinture, un chapeau sans bord, excepté sur le devant, les souliers faits de peau de cochon- Leur fusil, toujours bien entretenu, avait un canon de i pieds et demi, et tirait des balles de 16 i la livre: les fusils de ce calibre ont conservé le nom de boucaniers; autour d'eux ils avaient une meute de vingt â trente chiens. Le; Espagnols ne purent les vaincre qu'en détruisant les bœufs. Alors les boucaniers se firent habitant* Ou flibustier!.

Les flibustiers. — Les flibustiers s'emparèrent de la Tortue en 1632; ils eurent des chefs digues d'eux : Le Vasseur, qui fut assassiné en 1632; le chevalier de Fonteuay, qui organisa la course et dressa un code pour le partage du butin. Le; flibustiers aidèrent les Anglais i prendre la Jamaïque en 1C55. On cite encore parmi les chefs l'Olonnais ides Sables-d'Olouoel, qui pilla les villes espagnoles; Vauclin, Grammont, le Basque, qui prit Ma.rac.aiho avec quarante hommes. Ils prirent encore Vera.-C.riui en I6S3.

Les ■ habitants u. — D'autres se firent habitants, et se livrèrent a la culture du tabac. Un gentilhomme d'Anjou, Bertrand d'Ogerou. gouverneur de la Tortue en 1669, en décida plusieurs & passer dans la grande ile. tlaus la plaine où fol (onde le Cap; il réussit i soumettre la colonie a !a Compagnie des Indes. Sous Pouancey et de Cussy on occupa Léogaoe, Pattfrfiwra, Poct4s- Paix, et on cultiva l'indigo et le cacao. 11 fallut lutler contra les Espagnols, qui brûlèrent le Cap eu 1690 ; Ducasse réussit à se débarrasser des flibustiers et à assurer I indépendance de la colonie, qui fut reconnue par l'Espagne au traité de Hyswik (1691).

L'AHÊRIQOB

Liberté du commerça au dix-huitième siècle. — La colonie fut

soumise nu régime des C |in«uics (Compagnie? de Saint-Louis,

Compagnie des Indes). Après une révolte générale (1722-27), on supprima les lettrée patentée, accordées à la Compagnie, et tous les Français purent commercer librement, moyennant un droit de 3 p. 100. Cette demi-liberté assura une prospérité inouïe : en 1789 1a population comprenait 30, 000 créoles, 2R,000 hommes de couleur(mulàtreset noirs libres), et 500,000 esclaves ; elle rit celle année un chiffre d'affaires de 11G millions, qui rapportèrent au trésor 21.587,000 livres'.

Haïti pendant la Révolution. — Survint la révolution de 1789, (|ui provoqua une série de révoltes : les blancs von lu mit se rendre indépendants de la métropole, suivant l'exemple des États-Unis: les pi-lits blancs demandèrent la suppression des privilèges, sans songer que l'égalité pourrait aussi être réclamée pur les mulâtres; enfui, pendant que ces derniers faisaient valoir leurs droits d'hommes libres, les esclaves nègres préparèrent nue révolte générale. L'assemblée nationale ne sut pas distinguer loules ces variétés de prétentions qui répondaient au\ variéLés de races. Elle rendit des décrets contradictoires. Les blancs réussirent a supprimer tout pouvoir de la métropole, et s'administrèrent au moyeu d'assemblées locales; les mulâtres obtinrent aussi la reconnaissance de leurs droits; le député Saut lu ma s ne reconnaît dans la colonie que deux classes d'hommes, sans distinction de couleur : des citoyens libres et des esclaves (17!J2), Mais l'année suivante le même Saothauax, ellïaye par nue révolte d'eselaves, proclama l'jIFrnnebisseineut général (2D août 17S3;.. Les nègres prirent pour chef Toussaint, esclave de l'habitation de llnda; i! maintint l'iulluence française, chassa les Anglais qui a vaii'iit été appelés par les blancs, et fonda une vraie république, qu'il administra avec le concours des Lianes : les anciens es-iaves durant se faire soldats ou ouvriers d'agriculture. Il rédigea une. constitution [3 juin 1801), qui reconnaissait la suzeraineté nominale de la France; il la transmit au premier consul avec une lellre qui portait celte suscription : Le premier des noirs nu premier ihis blancs, llonaparte y répondit par l'envoi do l'expédition Leclerc; Toussaint traite et se retira sur me :-■■.- i I : - 1 i--:i- : : vint 1 :■ ni i ■ ■ - = i .-= ■ ■ ri i ■"■ r 1 1 arrêt'' par le général Brunet et envoyé au fort de Joux, d'où ou le transféra dans une prison de Besançon ; il y mourut en avril 1803.

L'ila devient indépendante. — Les nègres triomphèrent dans l'Ile, dont l'indépendance complet': à l'égard de la France fut proclamée le 1=' janvier ISO t ; la France la reconnut par un traité de 1823. Sain t-Doini ngue a repris sou nom primitif de Haïti et forme actuellement deux républiques. Celle de l'Ouest, peuplée en majo-

rite de nègres, a subi bien des révolutions politiques : elle a eu des rois comme Christophe, qui prit le titre de Henry I«r en 1811, des empereurs comme le fameux Soulouque, grossier et ignorant, qui se fit couronner sous le nom de Faustin I", le 18 avril 1852. La population actuelle est de 900,000 habitants ; elle est composée de noirs et de mulâtres qui continuent à se détester et à se combattre. Les nègres ont fait peu de progrès ; ils sont encore adonnés à des superstitions grossières comme le culte du Vaudou, qui exige les sacrifices humains1. Quant aux blancs, ils forment une race proscrite; pendant longtemps ils n'ont pu posséder ni terres ni maisons, et aujourd'hui ils sont obligés de se faire naturaliser pour pouvoir posséder. La république de l'Est, république Dominicaine, s'est affranchie de l'Espagne en 1821 ; elle fut réunie quelque temps à Haïti; elle se donna à l'Espagne en 1861, mais redevint indépendante en 1865. Elle vit en bons rapports avec la république voisine.

Cuba. — L'Espagne a conservé deux îles, Puerto-Rico et la grande ile de Cuba, « qui pourrait à elle seule valoir un royaume à l'Espagne, » a dit l'abbé Raynal. Leur histoire est très courte. Cuba fut visitée en 1492 par Christophe Colomb, qui entra dans le port de Baracoa ; il l'appela Juana, en l'honneur du prince Jean, et parcourut une partie du littoral septentrional jusqu'à l'endroit où s'est élevée la Havane; près du palais du gouverneur est une petite chapelle qui rappelle l'endroit où il débarqua. En 1508 Ovando s'informa des ressources, de la richesse du sol ; ses envoyés en firent le tour et s'assurèrent qu'elle est une ile. Diego Velasquez en prit possession en 1511, et lui donna le nom de Fernandina (1514) 2; il y trouva une population d'environ 200,000 Indiens, qui furent exterminés en quelques générations ; on les remplaça par des esclaves nègres dès 1521. Le meilleur port est la Havane, qui fut pris par les Anglais en 1762; les Espagnols le fortifièrent quand il leur fut rendu en 1763.

Puerto-Rico. — Saint-Jean-Baptiste de Puerto-Rico fut découverte par Colomb en 1493 et occupée par le terrible Jean Ponce de Léon, qui anéantit les Caraïbes et donna l'exemple de les faire recher-

1. « Le culte du Vaudou, accompagné de sacrifices humains, n'est malheureusement qu'une horrible réalité encore à l'heure qu'il est, dans ce malheureux pays. » Gaullieur, Études américaines, p. 87.

Ou peut encore citer h. secte des couleuvres, qui veut faire revivre le cannibalisme ; il y a eu des condamnations à mort pour anthropophagie en 1804.

2. Le nom de Colonia Fernandina est reslé à une des principales villes de l'île jusqu'en 1819 ; elle s'appelle actuellement Cienfuegos.

Liberté du commerce au dix-huitième siècle. — La colonie fut soumise au régime des Compagnies (Compagnies de Saint-Louis, Compagnie des Indes). Après une révolte générale (1722-27) , on supprima les lettres patentes, accordées à la Compagnie, et tous les Français purent commercer librement, moyennant un droit de 3 p. 100. Cette demi-liberté assura une prospérité inouïe : en 1789 la population comprenait 30,000 créoles, 28,000 hommes de couleur (mulâtres et noirs libres), et 500,000 esclaves ; elle fit cette année un chiffre d'affaires de 716 millions, qui rapportèrent au trésor 21,587,000 livres1.

Haïti pendant la Révolution. — Survint la révolution de 1789, qui provoqua une série de révoltes : les blancs voulurent se rendre indépendants de la métropole, suivant l'exemple des États-Unis; les petits blancs demandèrent la suppression des privilèges, sans songer que l'égalité pourrait aussi être réclamée par les mulâtres ; enfin, pendant que ces derniers faisaient valoir leurs droits d'hommes libres, les esclaves nègres préparèrent une révolte générale. L'assemblée nationale ne sut pas distinguer toutes ces variétés de prétentions qui répondaient aux variétés de races. Elle rendit des décrets contradictoires. Les blancs réussirent à supprimer tout pouvoir de la métropole, et s'administrèrent au moyen d'assemblées locales ; les mulâtres obtinrent aussi la reconnaissance de leurs droits; le député Santhonax ne reconnaît dans la colonie que deux classes d'hommes, sans distinction de couleur : des citoyens libres et des esclaves (1792). Mais l'année suivante le même Santhonax, effrayé par une révolte d'esclaves, proclama l'affranchissement général (29 août 1793). Les nègres prirent pour chef Toussaint, esclave de l'habitation de Breda; il maintint l'influence française, chassa les Anglais qui avaient été appelés par les blancs, et fonda une vraie république, qu'il administra avec le concours des blancs ; les anciens esclaves durent se faire soldats ou ouvriers d'agriculture. Il rédigea une constitution (2 juin 1801), qui reconnaissait la suzeraineté nominale de la France; il la transmit au premier consul avec une lettre qui portait cette suscription : Le premier des noirs au premier des blancs. Bonaparte y répondit par l'envoi de l'expédition Leclerc; Toussaint traita et se retira sur une de ses habitations; il y fut traîtreusement arrêté par le général Brunet et envoyé au fort de Joux, d'où on le transféra dans une prison de Besançon; il y mourut en avril 1803.

L'île devient indépendante. — Les nègres triomphèrent dans l'île, dont l'indépendance complète à l'égard de la France fut proclamée le 1er janvier 1804; la France la reconnut par un traité de 1825. Saint-Domingue a repris son nom primitif de Haïti et forme actuellement deux républiques. Celle de l'Ouest, peuplée en majo-

1. « Rien d'approchant ne se retrouve dans les fastes du monde, et les colonie3 des nations nos rivales étaient à cet égard restées loin de notre Saint-Domingue. >» (C.-C. Robin, Voyages dans la Louisiane, I, 296.)

La colonie espagnole n'avait que 152,000 habitants.

rite de nègre?, a subi bien des révolutions politiques : elle a eu des rois comme Christophe, qui prit le titre de Henry I" en 181i, des empereurs comme le fameux Sautoiique, grossier et ignorant, qui se fit couronner sous le nom de Faustin I", le 18 avrii 1852. La population actuelle est de 900,00(1 habitants; elle est composée de noirs et de mulâtres qui continuent à se détester et a se combattre. Les nègres oui f;iit peu de prugrès ; ils sout encore adonnés à des superstitions grossières comme le culte du Vaudou, qui exige les sacrifices humains'. Quant aux blancs, lia foraient nue race proscrite; pendant longtemps ils n'ont pu posséder ni terres ni maisons, et aujourd'hui ils sont obligés de se faire naturaliser pour pouvoir posséder. La n- publique de l'Est, république Dominicaine, s'est affranchie de l'Espagne en 1821; elle fut réunie quelque temps à Haïti; elle se donna à l'Espagne en 1861, niais redevint indépendante en 1865. Elle vit eu tous rapports avec la république voisine.

Cuba.— d'Espagne noouerri deux lies, Puerto-Rico et la grande lie de Cuba, ■< qui pourrait 1 elle seule valoir un royaume à l'Espagne, n a dit L'abbé Kayoal. Leur histoire est tria courte. Cuba fut visitée en 1492 par Christophe Colomb, qui entra dans le port de Baracoa; il l'appela Juana, en l'honneur du prince Jean, et parcourut une partie du littoral septentrional jusqu'à l'endroit où s'est élevée la Havane; près du palais du gouverneur est une petite chapelle qui rappelle l'endroit où il débarqua. Eu 1508 Ovaudo s'informa des ressources, de la richesse du sol; ses envoyés en firent le tour et s'assurèrent qu'elle est une Ile. Di^go Velasquez en prit possession en 1511, et lui donna le nom de Fernandma [lMf)*j il y trouva une population d'environ 200,000 Indiens, qui fureut exterminés en quelques générations ; on les remplaça par des esclaves nègres dès 1521. Le meilleur port est la Havaue, qui fut pris par les Anglais en 1762; les Espagnols le fortifièrent quand il leur fut rendu en 1763.

Ponte-Biao.— Saint-Jean-Baptiste d" i'uerto-llieo fut découverte par Colomb en 1493 et occupée par le terrible Jean Ponce de Léon, qui anéantit les Caraïbes et donna l'exemple de les faire recher-

i'ile ju-qu'on lSi'J ; ullo l'appelle m

cher par des chiens de guerre (1509). L'île fut à peine repeuplée par les Espagnols; en 1700 elle ne comptait que trois villages; sa prospérité date de 1815, époque où le roi autorisa les étrangers à s'établir dans l'île et à y acquérir des propriétés. Les créoles portent le nom d'Iba?%o$ ou Blancos de tierra. Elle est considérée non comme une colonie, mais comme une province de l'Espagne. L'esclavage a été supprimé en 1873.

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