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sur mon imagination enfantine le conte de la montagne aimantée. A en croire ma nourrice, celte montagne s'élevait solitaire et escarpée du sein de la mer; tous les vaisseaux qui naviguaient dans un certain rayon à l'entour étaient attirés par une force irrésistible vers ce rocher, dont les flancs étaient continuellement battus par les vagues. Aussitôt que le malheureux bâtiment, voué à sa perte, arrivait à une certaine distance, la force magnétique si* développait alors si puissante que les clous et les boulons piaules dans les parois du navire, s'échappaient, puis les planches se détachaient, les mâts tombaient dans la mer, et l'équipage périssait au fond des ondes, tandis que la nef s'abîmait avec un épouvantable fracas.
Ce conte me revint lorsque, dans mes excursions a travers le territoire de Saint-Domingue, on me parla d'une montagne formée de hlocs d'aimant; elle est située sur les bords de l'Ynna, qui coule vers l'ouest...
... Elle s'élève à (iO pieds au-dessus de la savane, et est ornée à son sommet d'un palmier majestueux; la partie septentrionale est couverte do pierres noirâtres, qui ont toutes des propriétés plus ou moins magnétiques... L'influence qu'elles exercent sur l'aiguille aimantée est à peine croyable... 1, 'aiguille, quand on l'approchait du sol, éprouvait de violentes agitations; en d'autres cas elle tournait avec une grande rapidité jusqu'à ce qu'elle s'arrêtât, et de sa pointe nord indiquât !a direction du sud. Si on la transportait sur d'autres blocs, les mouvements étaient moins rapides, mais les pôles étaient invariablement renversés. Élevait-on la boussole audessus du roc, l'influence magnétique diminuait; elle cessait entièrement ii une distance de trois ou quatre pieds... » {Lettre deScuoMrii'nGS, dans.V'./irc.'/cn Annula iLs voyages, 3* série, tome XXXVIU, année 1854, p. 36B-68.)
Jacmel. — «Nous jetâmes l'ancre devant le port de Jaqui mel ; j'eus L'occasion de rester dans la ville environ trois heures, temps plus que suffisant pour la visiter, ainsi que les environs. Je vis que cette ville, riche autrefois, était convertie aujourd'hui eu ruines et en masures. L'aspect de la désolation s'y trouve à chaque pas ; on voit encore çà el là, dans les rues, des restes plus ou moins dispersés d'un ancien gros pavé, posé jadis par les Français, mais que, depuis leur retraite de LUe
on n'a jamais réparé. Les torrents qui traversent la ville à la saison annuelle des pluies en ont arraché les pierres, et elle est profondément labourée dans toutes les directions; les maisons se dégradent de plus en plus et restent également sans entretien; enfin la malpropreté, déjà grande à l'extérieur, Test encore bien davantage à l'intérieur des habitations.
On voit donc partout dans Jaquemel le cachet de la paresse et de la misère des nègres, qui restent autant indifférents au triste avenir qu'ils se préparent qu'à la fortune qui leur sourit. Les fertiles et pittoresques jardins dont les pentes s'inclinent vers la ville sont aujourd'hui remplacés par la végétation incessante et toujours envahissante de la forêt, et on remarque même que, dans quelques parties des rues, la puissante nature, opérant un retour, reprend ses droits à l'homme, et qu'elle assure sa conquête et son règne en refoulant peu à peu vers l'Océan une population qui se montre si peu digne de ses bienfaits. En effet, le nègre ne semble point voir les richesses et les beaux sites qui l'entourent : il ne s'en émeut point et ne s'inspire de rien; au contraire, il croupit impassible dans son oisiveté, comme un être seulement campé sur cette plage; il n'entreprend rien qui marque sa confiance dans l'avenir et sa stabilité ; mais il semble se reposer encore des lassitudes de son ancien esclavage...
... Au moment de notre débarquement, il y avait sur la jetée du port un officier noir, portant les insignes du grade de capitaine; il était revêtu d'un vieil uniforme, et son chapeau à cornes était surmonté d'un panache d'une hauteur démesurée. A quelques pas de là était un poste de soldats de la garnison, et plus loin je vis encore une compagnie de fantassins sous les armes.
Ces guerriers noirs, plus piteux qu'imposants, étaient plus faits pour inspirer de la compassion que de la terreur; tous avaient les pieds nus, et ils n'avaient pas même la sandale en usage en Amérique; leurs pantalons de bure étaient en général d'un gris obscur; ils étaient rapiécés, et à la partie inférieure, surtout du côté du talon, ils se trouvaient échancrés par de longues déchirures. Leurs habits troués avaient perdu la plupart de leurs boutons, auxquels ils substituaient des attaches de ficelle. Il en était de même de leur fourniment, qui brillait par la malpropreté, et des bouts de ficelle y remplaçaient aussi la boucle et les courroies qui manquaient. Leurs armes étaient à silex et dans le plus mauvais état; mais ces soldats étaient surtout remarquables par l'étrange shako