BALBOA
Il découvre l'océan Pacifique en 1513. — « Au commencement de septembre 1513 il prit le chemin des montagnes avec des guides que lui avait donnés le prince indien Gareta. Il lui fallut combattre sur la route une nombreuse armée de barbares qui l'attaquèrent avec assez de résolution, mais que quelques coups d'arquebuse tirés fort à propos dissipèrent aussitôt après la première charge; et le 25 du même mois, les guides l'ayant averti qu'on voyait la mer de dessus une montagne qu'ils lui marquèrent, il y monta seul, et la découvrit en effet. Le premier signal qu'il en donna fut de se mettre à genoux et d'élever les mains au ciel pour rendre grâces à Dieu d'un événement si avantageux à sa patrie et si glorieux pour lui. Il fît cela par deux fois, et à la seconde toute la troupe en fit de même, après quoi tous eurent la permission devenir voir une mer sur laquelle on leur avait assuré qu'ils trouveraient de si grands trésors.
... Il prit possession du pays où il se trouvait et de la mer qu'il venait de découvrir. Cette mer forme, en cet endroit, un
1. De Brettes est aussi connu par sa belle ascension du pic le plus élevé de la sierra Nevada ; il partit de Hacha le 10 mai 1891, et arriva au point culminant le 3 1 ; il constata l'altitude de 5,187 mètres; Humboldt, qui l'avait mesuré de la mer, lui avait donné environ 5,300 mètres. J. de Brettes s'est fixé dans le pays : il a épousé la fille du cacique Uaïpara, chef suprême du territoire indien de Goajire.
golfe, auquel il donna le nom de Saint-Michel, en m jour qui fut destiné pour lacérémonie (de prise de possession) et qui fuL le 99 septembre. Ce jour-là, après que Balboa eut fait à terre lotîtes les formalilés requises en pareilles rencontres, il enlra dans la mer jusqu'à !a ceinture, tenant son êpée haute d'une main et son bouclier de l'autre, et dans cette situation adressant la parole aux Castillans et aux Indiens qui bordaient le rivage : « Vous m'êtes témoins, leur dit-il, que je prends possession de cette mer pour la couronne de Castille, et je proteste que je saurai bien, avec cette épée, lui en conserver le domaine. » Il s'embarqua ensuite avec une partie de ses gens sur les canols indiens qui se rencontrèrent là; il reconnut de petites lies, autour desquelles il se faisait une très abondante pèche de perles, et il leur en donna le nom; puis, ayant voulu passer nu larcin, il se Litjuv.i presque hors de la. vue de terre, et fut assailli d'une violente tempête, dont il ne se sauva que par une espèce de miracle, n (Cuàm-evoix, Histoire de Saint-Domingue, II, S64-&6.)
Balboa fut nommé adelautado pour la mer du Sud et les provinces de Panama et de Coyba. — Voir P. Galfarel : ffanez de Balboa et la Prcmii're Trarertfe île l'hlliim; mnfirirain. Paris, Société bibliographique, iRSi, dans la collection de R. Cortawbert.
Caractères généraux. — » La chaîne de montagnes qui borde le lac de Tacarigua vers le sud forme le rivage septentrional du grand bassin des tlanos ou savanes de Caracas. Pour descendre des vallées d'Aragua dans les savanes, il faut franchir les montagnes de Guigue et de Tucutunemo. D'un pays peuplé, embelli par la culture, on entre dans une vaste solitude. Accoutumé à l'aspect des rochers et à l'ombrage des vallons, le voyageur voit avec étonne ment ces savanes sans arbres, ces plaines immenses, qui semblent monter vers l'ho-
Les llatios elles }>amp<ts de l'Amûi iqni; méridionale son! de véritables steppes. Ils offrent uuo belle verdure pendant la saison des pluies; mais, dans le temps des grandes sécheresses, ils prennent l'aspect d'un désert. L'herbe se réduit en poudre ; la terre se crevasse ; le crocodile et les grands ser-
pents restent ensevelis dans la fange desséchée, jusqu'à ce que les premières ondées du printemps les réveillent d'un long assoupissement. Ces phénomènes se présentent sur des espaces arides de 50 à 60 lieues carrées, partout où la savane n'est pas traversée par les rivières ; car sur le bord des ruisseaux et autour des petites mares qui renferment une eau croupissante, le voyageur rencontre, de distance en distance, même pendant l'époque de grandes sécheresses, des bouquets de mauritia, palmier dont les feuilles en éventail conservent une brillante verdure.
... Les llanos de Gumana, de Caracas et de Meta ont très peu de hauteur au-dessus du niveau de l'Océan, et appartiennent toutes à la zone équinoxiale. Ce sont ces circonstances qui leur donnent un caractère particulier. Elles n'ont pas, comme les steppes de l'Asie centrale et les déserts de la Perse, ces lacs sans écoulement, ces petits systèmes de rivières qui se perdent ou dans des sables ou par des fîltrations souterraines. Les llanos de l'Amérique sont inclinées vers l'est et vers le sud; leurs eaux courantes sont des affluents de l'Orénoque...
... Ce qui caractérise le plus les savanes ou steppes de l'Amérique méridionale, c'est le manque absolu de collines et d'inégalités, le niveau parfait de toutes les parties du sol. Aussi les conquérants espagnols qui ont pénétré les premiers de Coro aux rives de l'Apure ne les ont nommées ni déserts, ni savanes, ni prairies, mais des plaines, los llanos. Sur trente lieues carrées, le terrain n'offre souvent pas une éminence d'un pied de hauteur. Cette ressemblance avec la surface de la mer frappe surtout l'imagination là où les plaines sont absolument dépourvues de palmiers, et où l'on est assez éloigné des montagnes du littoral et de l'Orénoque pour ne pas les voir.
... Les llanos, malgré l'apparente uniformité de leur surface, présentent cependant deux genres d'inégalités qui n'échappent pas à l'observation d'un voyageur attentif. Le premier est désigné sous le nom de bancos; ce sont de véritables bancs, des hauts-fonds dans le bassin des steppes, des couches fracturées de grès ou de calcaire compact qui sont placées 4 ou 5 pieds plus haut que le reste de la plaine. Ces bancs ont quelquefois trois ou quatre lieues de long; ils sont entièrement unis el à surface horizontale ; on ne s'aperçoit de leur existence que lorsqu'on en examine les bords. Le second genre d'inégalité ne peut être reconnu que par des nivellements géode-
siques ou barométriques, ou par le cours des fleuves. On l'appelle mesa. Ce sont de petits plateaux, ou plutôt deséminences convexes, qui s'élèvent insensiblement h quelques toises de hauteur...
... Le tableau uniforme qu'offrent les llanos, l'extrême rareté des habitations, les fatigues d'un voyage sous un ciel embrasé et dans une atmosphère obscurcie par la poussière, la vue de cet horizon qui parait sans cesse fuir devant nous, ces troncs isolés de palmiers qui ont tous une même physionomie et que l'on désespère d'atteindre parce qu'on les confond avec d'autres troncs qui montent peu à peu surl'horizon visuel, toutes ces causes réunies fout paraître les steppes beaucoup plus grandes qu'elles ne le sont en réalité.
Troupeaux et Uaneros. — On appelle hato de ganado une maison isolée dans la steppe, entourée de quelques petites cabanes qui sont couvertes en roseaux et en peaux. Le bétail, les bœufs, les chevaux et les mulets, ne sont point parqués; ils errent librement dans une étendue de plusieurs lieues carrées. Nulle part ii n'y a un enclos. Des hommes nus jusqu'à la ceinture, et armés d'une lance, parcourent à cheval le^ savanes pour inspecter les animaux, ramener ceux qui s'éloignent trop des pâturages de la ferme, marquer d'un fer chaud tout ce qui n'a point encore la marque du propriétaire. Ces hommes de couleur, que l'on désigne sous le nom de peones Uaneros, sont eu partie libres ou affranchis, en partie des esclaves (écrit en 1804). Il n'existe pas de race plus constamment exposée aux feux dévorants du soleil des tropiques. Ils se nourrissent de viandes séchées à l'air et faiblement salées. Leurs chevaux mêmes en mangent quelquefois. Toujours en selle, ils croient ne pas pouvoir faire la moindre course a pied.
... Dans ces climats chauds, les bœufs, quoique de race espagnole comme ceux des plateaux froids de Quito, sont d'un tempérament plus doux. L'n voyageur ne risque pas d'être attaqué et poursuivi comme nous l'avons été souvent dans nos excursions sur le dos des Cordillères, où le climat est rude et sujet à de violentes tempfiies, où l'aspect du pays est plus sauvage, la nourriture moins abondante. En approchant de Calabozo, nous vîmes d«s troupeaux de chevreuils qui paissaient paisiblement au milieu des chevaux et des bœufs. On les appelle waltwani; leur chair est très bonne. Ils sont un peu plus grands que nos chevreuils, et ressemblent il des daims à pelage très lisse, fauve-brun et moucheté de blanc. Us étaient peu effrayés de la présence de l'homme. Cette variété, assez
commune parmi les grands cerfs des climats froids des Andes, avait de quoi nous surprendre dans ces plaines basses et brûlantes. J'ai appris depuis que même le jaguar des régions chaudes du Paraguay offre quelquefois des variétés albinos, dont la robe est d'une blancheur si uniforme qu'on ne distingue les taches ou les anneaux qu'au reflet du soleil...
Palmiers. — Le palmier des llanos, palma decobija, n'a que très peu de feuilles palmées et plissées , comme celles du chamœrops, et dont les inférieures sont constamment desséchées. Nous avons été surpris de voir que presque tous ces troncs de corypha étaient d'une même grandeur. Ils avaient 20 à 24 pieds de haut, et 8 à 10 pouces de diamètre au bas du tronc. Il y a peu d'espèces de palmiers dont la nature ait produit un nombre aussi prodigieux. Sur des milliers de troncs surchargés de fruits en forme d'olive, nous en trouvâmes à peu près une centaine sans fruit. Les llaneros pensent que tous ces arbres si peu élevés ont un âge de plusieurs siècles. Leur accroissement est presque insensible ; on s'en aperçoit à peine dans l'espace de vingt à trente ans. D'ailleurs le bois de la palma de cobija est excellent pour la construction. Sa dureté est telle qu'on a de la peine à y faire entrer un clou. On emploie les feuilles plissées en éventail pour couvrir les toits des cabanes éparses dans les llanos, et ces toits durent plus de vingt ans. On fixe les feuilles en courbant l'extrémité des pétioles, que l'on a frappés préalablement entre deux pierres, afin qu'ils se plient sans se briser.
Outre les troncs isolés de ce palmier, on trouve aussi çà et ià dans la steppe quelques groupes de palmiers, de vrais bouquets, dans lesquels le corypha est mêlé à un arbre d'une autre famille, que les indigènes appellent chaparro, et qui est une nouvelle espèce de rhopala à feuilles dures et résonnantes. Les petits bosquets de rhopala s'appellent chaparrales, et l'on conçoit que dans une vaste plaine, où Ton ne trouve que deux ou trois espèces d'arbres, le chaparro, qui donne de l'ombre, est regardé comme un végétal très précieux. Le corypha s'étend dans les llanos de Caracas depuis la mesa de Paja jusqu'au Guayaval ; plus au nord et au nord-ouest, il est remplacé par une autre espèce du même genre, à feuilles également palmées, mais plus grandes. On l'appelle la palma real de los llanos. Au sud de Guayaval dominent d'autres palmiers, surtout le piritUy à feuilles pennées, et le murichi (moriche), célèbre par les éloges qu'on en a faits sous le nom d'arbol de la vida. C'est le sagoutier de l'Amérique, qui fournit victum et