‹ L'Amérique; anthologie géographiqueChapitre 83 sur 151 · LLANOS · texte numérisé non relu

LLANOS

amictum, de la farine, du vin, du fi) pour tisser les hamacs des paniers, des filets et des vêtements. Ses fruits, en forme de cônes de pin et couverts d'écaillés, sont parfaitement semblables à ceux du calamus rotang. Ils ont un petit goût de pomme. Parvenus à la maturité, leur couleur est jaune en dedans et rouge au dehors. Les singes en sont très avides, et la nation des Guaraons, dont toute l'existence, pour ainsi dire, est étroitement liée à celle du palmier murichi, en relire une liqueur fermenlée acidulée et très rafraîchissante. Ce palmier, à grandes fouilles luisantes et plissées en éventail, conserve une Uelle verdure à l'époque des plus grandes sécheresses. Sa vue -eule produit une agréable sensation de fraîcheur, et le riiurtehi, chaîné de fruits éeailleui, contraste singulièrement avec le triale aspect de la pulma :le wbijQ. dont le feuillage est luujouis tus et couvert de poussière. Les Marieras croient que le premier attire les vapeurs de l'air, et que pour cette raison on trouve constamment de l'eau à son pied si l'on creuse à, une certaine profondeur. On confond l'effet et la cause.

Les inondations, — Les crues des rivières Apure, Meta, Orénoque, sont périodiques. Dans la saison des pluies, les chevaux qui errent dans la savane et qui n'ont pas eu le temps d'atteindre les plateaux ou parties bombées des Itanos périssent par centaines. On voit les juments suivies de leurs poulains nager une partie de la journée pour se nourrir d'herbes dont les pointes seules se balancent au-dessus des eaux. Dans cet état ils sont poursuivis par les crocodiles, et il n'est pas rare d'en trouver qui portent à leurs cuisses l'empreinte des dents de ces ceptiles carnassiers. Les cadavres de chevaux, de mulets, de vaches, attirent une innombrable quantité de vautours, appelés zamuros...

Pendant le temps des grandes crues, les habitants de ces contrées, pour éviter la force des courants et le danger des troncs d' arbres que ces courants charrient, ne remontent pas avec leurs canots dans le lit des rivières, mais ils traversent les savanes.

Le lamantin. — Ce célacé herbivore, que les Indiens appellent apeia et avia, atteint ici généralement 10 à 12 pieds de long. Il pèse de 300 à 800 livres. Il abonde dans l'Orénoque, au-dessous des cataractes, dans le rio Meta et dans l'Apure. Nous n'avons pas trouvé de vestiges d'ongles sur la face extérieure et le bord des nageoires, qui sont entièrement lisses; mais de petits rudiments d'ongles paraissent à la troisième V».

phalange, lorsqu'on ôte la peau des nageoires. Dans un individu de 9 pieds de longueur que nous avons disséqué, la lèvre supérieure dépassait la lèvre inférieure de 4 pouces. Elle est couverte d'une peau très fine, et sert de trompe ou de sonde pour reconnaître les corps environnants. L'intérieur de la bouche, qui a une chaleur sensible dans l'animal fraîchement tué, offre une conformation très extraordinaire. La langue est presque immobile, mais au-devant de la langue il y a dans chaque mâchoire un bourrelet charnu et une concavité tapissée d'une peau très dure qui s'emboîtent réciproquement. Le lamantin arrache une telle quantité de graminées que nous en avons trouvé également remplis et l'estomac divisé en plusieurs poches, et les intestins de 108 pieds de longueur. En ouvrant l'animal par le dos, on est frappé de la grandeur, de la forme et de la position de ses poumons. Ils ont des cellules très larges, et ressemblent à d'immenses vessies natatoires. Leur longueur est de 3 pieds. Remplis d'air, ils ont un volume de plus de mille pouces cubes. J'ai été surpris de voir qu'avec des magasins d'air aussi considérables, le manati (nom du lamantin) revienne si souvent à la surface de l'eau pour respirer. La chair, que, j'ignore par quel préjugé, on nomme malsaine et calenturiosa (qui donne la fièvre), est très savoureuse. Elle m'a paru ressembler plutôt à la chair du cochon qu'à celle du bœuf. Les Guamos et les Otomacas (tribus indiennes) en sont les plus friands : ce sont ces deux nations aussi qui s'adonnent particulièrement à la pêche du lamantin. On en conserve la chair salée et séchée au soleil , pendant toute l'année; et, comme le clergé regarde ce mammifère comme un poisson, il est très recherché pendant le carême. Le lamantin a la vie singulièrement dure ; on le lie après l'avoir harponné, mais on ne le tue que lorqu'on l'a déjà transporté dans la pirogue. La pêche est le plus facile à la fin des grandes inondations, lorsque le lamantin a pu passer des grands fleuves dans les lacs et les marécages environnants, et que les eaux diminuent rapidement... La graisse de l'animal, connue sous le nom de manteca de manati, sert pour les lampes dans les églises; on l'emploie aussi pour préparer les aliments. Elle n'a pas l'odeur fétide de l'huile de baleine ou des autres cétacés souffleurs. Le cuir du lamantin, qui a plus d'un pouce et demi d'épaisseur, est coupé par branches, et il remplace, comme les bandes de cuir de bœuf, es cordages dans les llanos. Plongé dans l'eau, il a le défaut l'éprouver un premier degré de putréfaction. On en fait des

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