L'ORÉNOQUE
pas, atteint dix-huit nu vingt pieds de longueur; doué d'une force prodigieuse, il asl cependant assez, lâche, et le llauero l'attaque même dans l'eau. Ainsi que les autres amphibies, il habile de préférence la rivière, mais il est obligé, après un certain temps, de venir a la surface des flots, et, rusé qu'il est, il ne monlre alors que l'extrémité de son long museau pour respirer l'air dont il a besoin afin de ranimer ses larges poumons.
Vaine précaution! l'Indien attentif, aussi immobile qu'un ibis, adroit comme tous les sauvages, prompt comme la foudre, infaillible comme l'archer de TJélos, a décoché son trait avant que le monstre ait pu respirer, et la flèche acérée a atteint ie but et pénétré dans l'œil du reptile, qui replonge soudain, car il a vu, reconnu et senti l'ennemi. Mais à la flèche est attaché un long fil qui a lui-même à son extrémité un morceau de bois léger destiné à servir de bouée. On tire lentement ce fil jusqu'à ce que l'on soit perpendiculairement au-dessus du caïman accroupi au fond du bassin; alors le harponneur sonde le fond, il touche le monstre, il cherche du bout de son harpon l'endroit vulnérable, et y enfonce, d'un bras sûr et nerveux, l'arme au crochet inextricable.
Dès qu'elle s'est ainsi assurée de sa proie, la pirogue revient au rivage : quinze ou vingt vigoureux sambos halent le câble auquel est attaché le harpon; avec ses griffes de fer lecaiman se cramponne an fond de l'eau, aux bois et aux racines; il résiste quelque temps, mais, épuisé par ses vains efforts, par le sang qui coule de sa blessure, il finit par lâcher prise et est jeté sur le sable, qu'il rougit. Fermant les yeux, haletant dans les transes de son agonie, on dirait qu'il veut se dérober aux insultes de ses ennemis, qui le traînent en triomphe sur la plage; enfin, après mille huées, mille quolibets qu'on lui décoche de tous côtés, un des chasseurs, le plus adroit, termine son supplice en lui enfonçant un poignard derrière la nuque, à une place où la blessure est suivie d'une mort instantanée ; le reptile expire en poussant un grêle et sourd mugissement,
Alors on le renverse sur le dos; on lui ouvre le ventre, on lui fend la queue, dont on enlève la graisse, toujours fort abondante et qui se change en huile pour l'éclairage des halos (établissements où l'on élève des chevaux, des bu:ufs et des mulets); puis on jetle à l'eau la carcasse, ou on la laisse pourrir au soleil, afin de lui arracher plus tard et plus facilement les dents, qui sont travaillées avec beaucoup d'art
et de soin et sont devenues un article de commerce. » (Agostini de Hospedalez, dans Revue contemporaine, 1852, tome IV, p. 71-72.)
Le caïman dans la région de Maracaïbo.— « Les crocodiles y atteignent des proportions extraordinaires : ils sont l'objet, de la part des voyageurs amateurs de tir, d'une fusillade continuelle, qui ne se ralentit qu'aux heures de la grande chaleur. La graisse de ces animaux a la réputation d'être efficace pour les douleurs rhumatismales. Gomme nourriture, les œufs sont très recherchés. Quand on les a fait bouillir, ils se conservent longtemps et se vendent un ou deux sous la pièce. Quand ils sont frais, ils sont d'une couleur blanche, un peu grise; ils sont un peu plus gros que les œufs de poule. Lorsqu'ils sont cuits, la coquille se détache, et il ne reste plus que la peau assez dure qui recouvre l'œuf. C'est au mois de février et de mars que l'on va à la recherche des œufs de crocodile, faciles à découvrir à cause du tas de sable dont la pondeuse les a recouverts. Cette chasse aux œufs n'est d'ailleurs pas sans danger, car la femelle qui les a pondus se tient toujours à une très courte distance pour les défendre contre les mâles, qui les mangent volontiers, et contre une foule d'animaux qui en sont aussi friands. » (Mme L. Roncayolo, Au Venezuela, Paul Dupont, 1895, p. 167.)
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Caracas. — « Caracas est la capitale du Venezuela. La ville est située à 947 mètres d'altitude, au pied de la montagne de l'Avila, qui a 2,000 mètres. Son climat est admirable. Une ligne ferrée la relie au port de la Guaïra, devenu maintenant un port tranquille, depuis la construction du tojamar (jetée)...
De la Guaïra à Caracas, le trajet par le chemin de fer est de trois heures et se paye 12 fr. 50 en première classe. On jouit dans ce voyage en chemin de fer d'un des plus beaux panoramas du monde, et, malgré les éboulements, les rampes très fortes, les courbes très petites, on n'a jamais eu à y déplorer d'accidents pour les trains de voyageurs. Les touristes qui, de passage à la Guaïra, pourront disposer de vingtquatre heures feront, en se rendant à Caracas, une excursion des plus intéressantes.
La population de Caracas est, dil-on, de 60,000 habitants.