DOLLARS
Bague 50 »
Epingle d'opale 30 »
Broche 40 »
Fourrures 35 »
Voyages en chemin de fer 36 »
Voyages en tramway 2 20
Glaces (Ice-cream) 2 40
Pique-niques 3 20
Bonbons 20
Nota : La mère de la jeune fille fut aussi interviewée. Elle déclara qu'elle ne savait rien, sa fille n'étant pas d'une nature expansive au delà du nécessaire ; et qu'au reste ce n'était pas le rôle d'une mère de se mêler entre deux jeunes gens qui faisaient l'amour (when two young peopleare making love)j elle n'était pas de ces femmes-là (1).
Comprenez si vous pouvez et tâchez de découvrir ces ressorts psychologiques.
(1) Les détails qui précèdent ont été empruntés à, une longue étude sur les Breacches of promises parue dans le Post Bispatch en Juin 1904.
Les religions.
Inutile de chercher ou d'imaginer à l'heure actuelle un Américain absolument indifférent en matière religieuse. Gela friserait l'indécence, et les sceptiques y sont aussi austères, aussi religieux, aussi sermonneurs — àleur façon — queles croyants.
Les races qui ont agrandi la semence puritaine, les Hollandais, les Norvégiens, les Danois, les Allemands, ont été de ces races protestantes qui sentent fortement en vertu d'une conviction profonde et que leurs traditions exaltent comme une gloire. Cette conviction ne les sanctifie ni plus ni moins, mais elle est étayée à renfort de préceptes sur lesquels ils se haussent. C'était du reste le goût et la tendance de ces races du Nord et la formule qu'il leur fallait. Indifférents à la grâce sensuelle de la libre nature, ignorants des générosités chevaleresques de Tutopie, ces races ont néanmoins un désir de stabilité morale, de rêve intime, de conscience épurée. Leur courage matériel très grand, leur lutte pour la vie très âpre, se contrebalance d'une vague appréhension de l'audelà. C'est le legs atavique des sols de brume, d'où ils vinrent, de leurs sens calmes, de leurs mœurs
rudes, de leur sérieux naïf, et brochant sur ce tout, arrivent les aspirations de la Réforme avec ce Hetour sur soi, et ce fameux : self-control, que du reste, tous les êtres pensants peuvent ressentir aussi.
L'Américain se sent le besoin d'une règle de vie, d'une loi surnaturelle. Cette croyance, très pure chez les âmes d'élite, se retrouve — en surface — dans la généralité, sans être une entrave à leur colossale avidité de l'or, à leur mépris cynique pour l'obstacle.
Le détachement léger, un peu païen, un peu ironique, de nos libres-penseurs, l'impassible quiétude, sereine et indulgente, de nos philosophes sont làbas de bien rares exceptions. Leurs incrédules, leurs matérialistes ont une sorte de piété à rebours qui sent l'amour du prêche, du prosélytisme ; leur culte de la négation est encore un culte.
L'Amérique d'aujourd'hui se demande si les Irlandais, Italiens, Hongrois, Slaves, Syriaques, Grecs, ne vont pas lui apporter un relent de fanatisme, de superstitions, de routines, de croyances à la fois passives et intolérantes, ou pis encore à leurs yeux, comme le dit M. Franck Julian Warne dans son livre U Invasion slave des centres miniers {The Slave Invasion in Mine^Countries), si ce ne sera pas un <c persistant souffle d'athéisme » ; entre cent autres reproches qu'il adresse aux Slaves, sur leur ignorance, leur malpropreté et même leur sévère économie qui, aux yeux de l'Américain, est, avec sa spéciale conception de la vie et de l'argent, presque qualihée d'avarice.
Au résumé, en ce moment l'ombre rigide du puritanisme guette sur la plage ceux qui débarquent et soupèse si la foi aux choses invisibles, l'espérance de l'âme attendrie, la séduction de l'élan mystique,
l'aMÉRIQUE au XX' SIÈCLE 75
saura former des hommes d'action pratiques, comme ils les aiment; il est à craindre que ces critiques manquent de la calme impartialité qui doit les diriger.
A quoi bon, là-bas, se déclarer déiste, athée, librepenseur en quoi que ce soit? A quoi bon s'inscrire contre tel abus, telle doctrine? S'ériger ouvertement hérétique ou renégat? En dehors des religions catholique et juive immuables dans leurs dogmes (1), rien n*est plus aisé, grâce àla tolérance douce avec laquelle l'Américain accueille la pluralité des sectes, de chercher — et de trouver — dans ce pullulement un monde qui vous convienne. On l'ajuste à sa mesure, le modifiant, Tornant, le simplifiant sans causer de scandale. On pense que si votre nouvelle conviction usi sérieuse, si vous y trouvez un guide, l'espoir d'un paradis, cela est respectable.
A l'occasion comme Brigham Young qui révéla le Mormonismej comme le célèbre Dowie, le créateur du Sionisme^ ou madame Eddy, fondatrice du Christ-Scientist, cela devient des groupes importants (voir plus loin le nombre de leurs adhérents), grossis par des conversions subites, spontanées, véridiques. Libre à vous de prêcher pour votre confession, de bâtir des éghses, de recruter des pasteurs, de vous enrichir, vous ruiner, vous faire lapider ou vénérer. Votre religion, en fussiez-vous le premier et l'unique fidèle, ne vous empêchera de
(1) Dans les villes et villages les églises sont vastes et confortables. Les temples protestants, fernnés en semaine, s'ouvrent quelquefois le Boir pour des conférences. Les églises catholiques, toujours accessibles au public, se ressentent un peu du voisinage huguenot ; elles sont plus sobres d'images et d'emblèmes que les églises catholiques d'Europe,
76 l'amérique au xx" siècle
prétendre à aucune place, exception faite de celle de la présidence des États-Unis, réservée de droit à un protestant né en Amérique, selon le texte de la Constitution votée en 1780.
Le repos dominical est observé sans toutefois atteindre les rigueurs anglaises ; à la Nouvelle- Angleterre on est un peu plus rigide à ce sujet ; vers l'Ouest la tolérance est grande par haine du cant de l'Est.
Sur les grandes questions de patriotisme, de morale, de charité, l'harmonie existe étroitement entre tous les ministres de tous les cultes, et pour les fêtes nationales on pavoise sans distinction de nuances. Egalement dans les Congrès fréquents, au sujet de l'ordre social, contre l'alcoolisme, la prostitution, le divorce, etc., etc., une admirable entente les relie, depuis le plus humble prédicant nègre jusqu'aux évoques protestants ou catholiques, rabbins, apôtres, chefs de communautés, illuminés, inspirés (1).
Cette entente commence et s'arrête aux décisions et vœux pour le dehors ; chacun reste maître chez soi et dans l'église protestante américaine on n'aime pas beaucoup les maîtres. L'esprit de libre arbitre d'une part, l'amour de l'indépendance de l'autre, font que, sur telle interprétation, sur tel principe, nul n'entend se soumettre ou céder, se taire ou se désintéresser.
Pour éviter des brouilles et néanmoins faire son salut, on érige sa chapelle. Si douze personnes ne
(1) Les cardinaux, évêques et archevêques catholiques américains ne se distinguent dans leurs vêtements, en public, que par un petit filet rouge ou violet au col de leur redingote. Ils vivent avec la plus grande simplicité, sont très facilement abordables et liants. J'ai vu l'un d'eux recevoir ses visiteurs dans le hall d'un hôtel où il était descendu, au milieu de la foule des voyageurs; leur force, disent-ils, n'en est que plus efficace.
l'aMÉRIQUE au XX' SIÈCLE 77
sont pas d'accord avec douze autres sur le sens d'un verset, on élève un autel à côté de l'autel, on prend une dénomination pour se distinguer des brebis galeuses. Deux ans ou trois ans plus tard, la nouvelle religion, qui s'est étendue, voit à son tour ses fidèles se scinder et former un schisme; et en 1904, les vingt-huit principales religions de l'Amérique se subdivisaient en 161 sectes (1).
Dénominations. Ministres du Culte. Églises. Fidèles.
Adventistes.