VIT
Après avoir exécuté cette inscription, Thorfinn partit avec un chargement de bois et se rendit d'abord dans le Straumfiord, où l’on croit qu'il avait laissé une petite colonie
De là il se dirigea vers le sud, avec une partie seulement de ses hommes, dans le bat d'explorer le pays. [est tout probable qu'il remonta le Potomac.
À son retour, il tenta une excursion au nord, pour retrouver Thorhall:; longea les Furdustrandir, atteignit le cap God, et jeta l'ancre, un peu à l'ouest, à l'embouchure d'une rivière. ne put découvrir les traces de son compagnon.
A cet endroit du récit, l'auteur de la Saga de Thorfion rapporte qu'un des explorateurs fut tué sur cette rivière par un unipède où monocôle n'ayant qu'une jambe), * Nos hommes, c'est la ‘vérité pure, ont poursuivi sur le rivage un monocôle; mais, “ d’une course rapide, cet homme merveilleux s'est dirigé vers la “mer: Entends-tu. Karlsefn ?" Etil ajoute qu'après cette apparition, Thorfinn s'empressa de revenir dans le Straumfiord.
Il ne faudrait pas être trop sévere pour l'auteur de ce récit, véritable conte drôlatique. Rappelonsnous qu'Hérodote, avec toute sa science, admettait l'existence des monophtalmes, hommes n'ayant qu'un œil et relisons cet extrait du journal de Jacques Carter :
‘ Quand le cappitaine fut adverty du grand nombre de gens qui estoient audict lieu. ne scavoit à quelle fin, se deslibera leur jouer finesse. Et prendre. leur seigneur Taignoagny. Dom
“ Agava et des principaulx. Aussi qu'il estoit bien desliberé ‘ de mener le dict seigneur en France pour côpter (conter) et dire “au Rov ce qu'il avoit veu es pais Accidentaulx, des merveilles
du monde. Car il nous à certiffié avoir esté à la terre de ‘ Saguenay en laquelle y à infini or, rubis et aultres richesses. Et y sont les homes blancs comme en France et accoutrez de dras + “ de laynes. Plus diet avoir veu autre pays, où les gens ne men- & gent poinet, et ne ont point de fondement, et ne digerent point, ains unaïs) font seulement eaue par la verge. Plus diet avoir
“ osté en autre pais de Picquemyans et autres pais, ou les gens * n'ont qu'une jambe. Et autres merveilles lôgues à racompter. - Lediet seigneur est homme ancien, et ne cessa jamais d'aller * par pais, depuis sa congnoissance, tant par fluuves, rivieres que “ par terre (D? ; Si. au seizième sivele, ces fables burlesques étaient accueillies par les hommes sérieux, à plus forte raison s'explique-t-on qu’elles aient trouvé place dans les chants islandais du onzième siecle. Revenu dans le Straumford, Thorfinn se félicita d'une expédition qui lui permit de constater que les terres du Nord formaient un même continent avec le Vinland ; cette découverte donnerait à l'avenir plus d'assurance aux marins qui visiteraient ces parages. IL s'embarqua pour le Groënland au printemps suivant, afin : d'échapper aux discordes soulevées dans sa colonie par les célibataires, qui demandaient la promiscuité des femmes. I toucha en passant au Markland, où il s'empara de deux enfants esquimaux, qu'il fit baptiser plus tard après leur avoir appris la langue du Nord. ‘Ces enfants leur dirent qu'il y avait, au-delà de leur pays, une contrée habitée par des hommes vêtus de blanc qui parlaient très-fort et portaient des morceaux d'étoffe fixés à de longues perches.” On pense qu'il s'agissait de l'Irland-it-Mikla, ou Grande- Irlande. c'est-à-dire, selon Rafn, la Floride, la Géorgie, les Garolines et la Virginie d'aujourd'hui.—Nous parlerons plus loin des expeditions des Irlandais dans ces régions.
Thorfinn eut une heureuse traversée, et se rendit en Norvège pour vendre ses bois américains. On le reçut partout avec les plus grands honneurs. En 1016 il s'établit °n Islande à Glaumbæ, où il passa le reste de ses jours.
Biarne mit à la voile quelques jours après Le départ de Thorfinn ; mais ilne revit pas les côtes du Groënland. Son navire fut attaqué par le taret, espèce de mollusque vermiforme, qui en perfora la coque d'une maniere irrémédiable. Un bateau de sauvetage pouvant contenir la moitié de l'équipage fut mis à la mer, et lon
lo Bref récit et succinele narration de la Navigation faite en VDXXXF et WDA XNA par le capitaine Jacques Cartier tu les de Eanada, Hochelaga, Salol
uen et aulrex Paris. Tross, 1863, fol.
Ur au Sort à qui devrait y descendre. Biarne fut de ces derniers. Mais alors se passa une scène caractéristique.
[ allait s'éloigner avec ce bateau, lorsqu'un jeune islandais que le sort n'avait point favorisé, lui dit: * Biarn. est-ce que tu vas ‘ me laisser ici ?-[l m'est impossible de faire autrement.(Ce n'est 7 Pas Ce que lu me promis quand je partis avec toi de l'Islande. de “la maison de mon père.Je ne vois pas comment remédier à ‘cela; toi, vois-tu un moyen ?—Oui, et un bien simple: viens ici “à ma place et j'irai à la tienne. Soit, répond Biarn, car Je M'aperçois que tu tiens beaucoup à la vie et que l'approche de la © mort l'épouvante." Il donne alors sa place fau jeune homme, et le navire ne tarde pas à disparaitre dans les flots.
Quelques années après la mort de Thorfinn, sa veuve, Gudrida. fit un pélerinage à Rome. On ne peut présumer qu'elle ait gardé le silence sur ses voyages, et Rome dut s'intéresser vivement à des découvertes qui pouvaient étendre si loin le domaine de l'Eglise. Cependant il ne reste dans l'histoire aucun vestige des récits qu'elle à pu faire.
De retour en Islande, elle entra dans un Couvent construit à sa demande par son fils : elle ÿ mourut simple religieuse,
Dans la descendance de Thorfinn Karlsefn et de Gudrida, on Compte trois évêques, plusieurs princes islandais, l'historien Snorre Sturlesons, et Magnus Stephensen (1), juge supérieur de l'Islande, mort en 1833.
(1) Rafn, Antig. Amer., table généalogique.