‹ L'Amérique avant Christophe Colomb [microforme]Chapitre 6 sur 8 · VIN · texte numérisé non relu

VIN

Nous touchons au terme des récits qui nous restent des expéditions scandinaves en Amérique au XIe siècle, En 1012, Thorvard, avec sa femme Freydisa, sœur de Leif, qui avaient fait partie de la première colonie de Thorfinn, et deux chefs islandais, Helge et Finnborge, entreprirent une expédition commune au Vinland. Ils arrivèrent heureusement à Leifsbudir. Mais Freydisa était une de ces femmes maudites pour qui le crime semble être un besoin : à force de mensonges et de calomnies, elle persuada à son mari de s'emparer des deux chefs islandais ; elle les fit égorger aussitôt ; puis elle tua de sa propre main les cinq femmes qui se trouvaient dans leur bande.

Elle retourna au Groënland avec son mari l'année suivante.

A l'extrémité de Fall-River, dans le Massachussetts, à l'endroit mème où se trouvait Leifsbudir, on a trouvé, en 1831, dans un banc de sable, plusieurs squelettes, divers instruments, des parures en bronze et des fers de lance. Ces objets sont semblables à ceux d'origine scandinave découverts antérieurement dans le Groënland et l'Islande : il se peut done que ces squelettes soient ceux des victimes de Freydisa, Gependant la Société royale des Antiquaires du Nord a fait une restriction quant aux objets trouvés sur l’un des squelettes, et a suspendu sa décision.

Après cela, il nous faut arriver à l'année 1356 pour trouver, dans les annales de l'Islande, la mention de quelque voyage en Amérique, A cette date (1), on constate trés-briévement que neuf années auparavant un petit navire groënlandais, portant dixsept hommes, et venant du Markland, avait été jeté par la tempête sur les côtes de l'Islande.

Or, les antiquaires remarquent que si les communications n'avaient pas été fréquentes avec l'Amérique, l'arrivée de ce navire aurait créé une emotion dont on retrouverait la trace dans

(ti Rafn, p. 264

2N les annales islandaises. Le peu d'importance que le chroniqueur altache à ce fait, de l'avis de Rafn, Gravier, d'Avesae et Kohl est une preuve que les rapports entre l'Islande et l'Amérique étaient alors habituels.

[est certain, dans tous les cas, que les découvertes des Normands élaient connues à cette époque dans le nord de l'Europe. Le chanoine Adiun de Brème (directeur des écoles de Brème en 1072) en recueillit Le récit à la cour du roi de Danemark vers le milieu du onzième siècle, etilen fait mention dans sa précieuse Historir Reclesiastica, p. lol

Voici en outre un chant feroëde. cité par Hussboldt et Rafn. et dont nous empruntons l'analyse à Gravier :

* Finn Pulcer, fils d'Ulvus, gode d'Upland, visnt demander en mariage la belle Ingeborga, fille d'un roi d'Irlande. Celui-ei Le trouva de naissance trop modeste pour en faire son gendre, Pulcer. blessé de ce refus, répond par des injures et finit par provoquer le roi et ses gardes. Une lutte s'engage : il se défend avec la plus grande énergie. Accablé par le nombre, il est lié et mis en prison.

“ Ingeborga ne partage pas l'avis de son père. Trouvant Finn Jeune, grand, beau, plein d'audace, elle s'éprend pour lui d'amour et supplie son père de lui rendre la liberté. Sa priere avant été repoussée, elle informe Holdan, frère de Finn. de ce qui se passe.

“ Holdan vient en Irlande. assiege le roi, le brûle dans sa demeure et délivre son frère,

‘ Pulcer, aussitôt libre. presente sa demande à Ingeborga. Celle. c1 l’agrée, mais à la condition qu'il combattra victorieusement trois rois du Vinland.

“ Les deux frères partent... Is rencontrent ceux dont la bella irlandaise demandait la mort. Deux tombent sous les coups de Pulcer, mais il tombe sous ceux du troisième, qui Ini-mème est tué par Holdan.

“ Holdan revient en Irlande et demande le prix de la victoire. —Pulcer mort, lui dit Ingeborga, je ne puis aimer personne.— Holdan persiste. Elle dort une nuit sur son sein, mais, brisée par la douleur, elle expire avant le lever du soleil. Holdan termina ses jours dans la tristesse,”

Ce n'est là qu'une fable, sans doute, mais cette fable prouve au moins que l’on connaissait l'existence du Vinland.

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Mais ce ne sont pas les seules expéditions dont les antiquaires possèdent des preuves: nous allons en constater d'autres en remontant de nouveau au dixieme siècle,

L'un des premiers colons de l'Islande, Ari Marson, surpris en mer par la tempête en 983, après une longue navigation, fut jeté sur les côtes d'Amérique. et s'etablit dans l'Irland-it-Mikla, ou Grande-lrlande, contrée qui s'étendait de la baie de Chesapeak au canal de la Floride. Rafn cite une saga qui rapporte que des voyaceurs irlandais et islandais le virent daus ce pays, que les habitants l'avaient choisi pour chef, qu'il S'y fil baptiser. Ce dernier détail ferait croire à l'existence d'une colonie chrétienne ; imais d'où venait-elle ? C'est ce que la science n’a pas encore déterminé.

A la mème date se placent les amours, célébres dans les chroniques islandaises, de Biorn et Thurvida. Après une lutte sanglante soutenue contre les frères et le mari de sa maitresse, Bioru partit pour explorer des pays lointains. et lon n'entendit plus parler de lui Mais un quart de siècle plus tard, en 1027, Gudleif, frère de Thorfinn Karlsefn, venant de Dublin en Islande, fui entrainé par les vents vers des côtes inconnues. Aussitôt cerné avec tous ses compagnons par une troupe iombreuse de sauvages, il allait être mis à mort, lorsque survient un des chefs qui lui demance, dans la langue islandaise, son nont el sa patrie, et lui accorde sa proteetion en apprenant qu'il arrive d'Islande. Il Ini remit ensuite un anneau d'or pour Thurida et une épée pour Kiartan, son fils (D).

Histoire où roman, ce lance réelle en tant qu'il révèle,

récit n'en garde pas moins une imporjoint à d'autres traditions contem-

€) Rafn, .{ntig. Amor. pp. 46-259.

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poraines, préoccupation constante des Seandinaves à la fin du dixième siècle et au commencement du onzième.

En 1051, Heérvador, que les Sagas désignent comme un colon du Vinland, vint dans la Grande-Irlande, et remonta le Potomac jus. qu'à cinq lieues environ au-dessus du site actuel de Washington, où il fut attaqué par les Esquimaux. Une des femmes qui l'accompagnaient tomba à ses côtés. On l'enterra près d'un rocher sur lequel fut gravée une inscription dont Gatfarel donne la traduction suivante :

le repose Syasi la Blonde, De l'Islande Orientale, Veuve de Koldr, Sœur de Thorgr par son pére...

Agée de vingt-cinq ans.

Que Dieu lui fasse grâce.

Or, en suivant les indications de la saga islandaise, Raffinson, Lequenreux et le professeur Brand, de Washington, ont trouvé, le 28 Juin 1867, au pied du rocher d'Arrow Head, trois dents, un fragment d'os, des objets de toilette en bronze, deux monnaies du Bas- Erpire du 10e siecle. TS expliquent cette dernière trouvaille par Le fait qu'il v avait à cette epoque des Islandais dans la garde imperiale de Constantinople

Tous ces objets sout aujourd'hui déposés au musée du Smith sonian Institute à Washington.

On signale encore l'expédition de deux prêtres islandais, Adalbrand et Thorvald, qui, en 1285, obligés de quitter Fe à la suite de dissensions religieuses, parvinrent, en einglant vers l'ouest, à une terre Qu'ils nonmmmerent Fundu-Nyiatand. Et chose assez eurieuse, suivant là remarque de M. d'Avesac, ce nom se retrouve dans la forme anglaise de Newfoundland.

Il n'est pas jusqu'aux explorateurs des régions boréales, les Parry, les Ross, les Hearn, les Mackenzie, les Hudson, qui n'aient eu des précurseurs dans ces aventureux “* hommes du nord.”

Il faut d'abord se rappeler que dès le 12e siècle tout le versant occidental du Groënland était habité. [lv avait seize églises et, à Gardar, un évèché. Un chroniqueur y compta deux cent quatrevingts villes.

Par ‘ ville on doit sans doute entendre gaard, espèce d'habitations dont J. 4. Ampère (1) fournit la description suivante :

Ce mot, qui se prononce Gôr, estintradusible ; nul autre n’en donne une idée exacte, Un gaard est un groupe plus où moins considérable de maisons en bois, qui ne constituent à elles toutes qu'une seule habitation. Dans l'une de ces petites maisons, couchent tous les membres de la famille, souvent assez nombreuse ; dans une autre, ils se réunissent pour manger, dans une troisième est la cuisine, dans une quatrième la grange : il en est de même pour le grenier commun. En un mot, tout ce qui ordinairement demande une pièce séparée, forme ici une cabane à part. Un gaard, c'est une maison décomposée.

“ Cette disposition singulière du gaard est particulière à la Norvége, elle v remplace le + Uage ; le village est une agglomération de fami's. le gaard est La famille primitive, dont les membres habitent, possèdent, viventen commur ; ilsemble que ce soit l'élément le plus simple de La societe, et con Norvége on en soit resté à son premier degré.”

En 1266, des prêtres de Gardar prirent la mer au nord de la baie de Disco, et, poussés par l'amour de la science et le zèle apostolique, s'enfoncèrent dans les régions inconnues du septentrion.

) Littérature et Toyages, p.56.

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l Surpris par des broudtlards unpénétrables ds se laisserent aller à l la dérive: puis, lorsque le soleil reparut.ils entrerent dans un golfe U

| bordé de chaque côté par des glaciers. Hs virent des habitations | d'Esquimaux, et un grand nombre d'ours chassant le phoque. | ‘ ‘

| Apres trois jours de navigation ils trouvent encore des traces

d'hommes. Le jour de la Saintacques (29 juillet), ils ne cessent *

| de ramer, Le soleil restait toujours à l'horizon : l'ombre du plat

| bord d'un bateau à six rames touchait le visage d'un homme cou

ché pres du plat-bord opposé. Is revinreut à Gardar à la faveur

f du courant polaire, qui entre dans la mer de Baffin par le détroit

é de Barrow et celui de Lancaster.

ï Le récit de ce voyage a été rédigé par un prôtre groënlandais

nommé Haldor. En faisant leurs calculs d'après ce qu'il dit de la

Ê hauteur du soleil, Les savants estiment que ces hardis explorateurs

Ë ont pénétré jusqu'au 709 46 de latitude nord.

il [est un peu humiliant pour notre orgueil national, dit un auteur

| anglais (D), de voir ces simples navigateurs du 1e siècle. montés

Î sur de meéchantes barques, rivaliser avec les explorateurs septen:

| tionaux les plus distingués de notre temps.

d) North Ludlow Beamish, The discorery of America by the Northmen in the tenth

| century, IS4I, p. 199, | #1

NI

De même que prinitivement la Nouvelle-France appartenait au diocése de Rouen, le Vinland au Le siecle était compris dans les diocèses de la Norvége et de Fislande, et plusieurs évêques sont venus, à cette époque reculée, porter la parole de Dieu sur le continent qui devait plus tard s'appeler PAmerique.

En 1099, Jouus, évèque saxon, après quatre ans de séjour en Islande, passa au Vinland. Hy fut martyrisé (D:

On voit que dans le sièele suivant, en FT, le premier évêque du Groënland, Erik-Upsi, visita cette colonie, et qu'ayant résolu d'y demeurer, ilse démit du siége épiscopal de Gardar. Ge fait, dont l'authenticité est admise, prouve que la colonie avait une certaine inportance,

Ou rapproche de ce fait la présence, sur la colline de Newport, d'un curieux édifice qui sert aujourd'hui de magäasm de fourrage, et dont la construction, au sentiment des érudits, remonte à l'époque pré-historique. C'était alors un baptistere, IL est de forme ronde, portant sur huit arches appuvées sur le mème nombre de colonnes, hautes de vingt-quatre pieds anglais.

Un événement non moins avéré, c'est la prédication des croi sades en Amerique au 13e siecle.

Chargé par le roi de Norvége en 1261 d'une iission dans les colonies atlautiques, Févèque Olaf profita de l'occasion, dit M. Riant (2), pour démontrer l'intérêt qu'avait l'Eglise à la délivrance du tombeau du Christ

() Torfwus, Historie Vintandie antique, p.70,

@) Ærpéditions et pèlerinages des Seandinaresen Terre-Sainte au temps des Croisades. Paris, IS6, p, 361-cité pur M, Gravier,

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Quinze ans plus tard le SiintSiége demandait des subsides aux chrétiens d'outre-mer, et en 1279 larehevôque Jon envoyait sur ce continent un délégué pour collecter les dimes et le produit des commultations de vœux, Le pape Nicolas HE par lettre apostolique datée de Rome le 3 janvier de la môme année, confirma les pou voirs de ce délégué (1. Ce dernier revint trois ans après avec un chargement de dents de morse, de fanons de baleine et de pellete ries, dout Le pape Martin IV ordonna la vente par lettre du 4 mars [282 à l'archevèque Jon.

En 1307, les dimes du Vinland sont mentionnées dans les collectes,

En 1325, le flamand Jean du Pré achelait pour douze livres et quatorze sols tournois les marchandises fournies à Arnius, évêque de Gardar, par Les colons américains dans la levée de subsides publiée en 1309, après le concile de Vienne,

En 1418, le Groënland payait au Saint-Siége, à titre de denier de saint Pierre, 2,600 livres de dents de morse (2).

(A) 1dem, p. 365,

(2) Kohl, À history of the discovery of the east of Maine. Portland, IS69, put eité pur M, Gravior,

NII

Entre le nom de Sinelair et celui de Ziehnni la similitude n'est guère frappante:; mais, dit M. Gravier, * nous ignorons aujour d'hui comment les hommes du Nord prononcaient Sinclair ou son équivalent, et comment un italien pouvait entendre et traduire ce nom, Des écrivains de grande valeur, notamment Forster et M. Major, voient dans Sinclair et Zichnni nn seulet même person nage." —A la fin du XIVe siècle Henry Sinclair était comte des Orcades et, suivant ces historiens, ce serait lui qui aurait retenu à son service les frères Zeni, dont les récits, publiés au XVIe siècle par un de leurs descendants, doivent trouver place dans notre analyse.

Nicole el Antonio Zeno appartenaient à une famille patricienne qui donna plusieurs doges et des généraux à la République de Venise ; mais, comme la plupart des nobles vénitiens du XIVe siècle, is gagnaient leur vie dans le commerce. En P388, Nicolo Zeno voyageait dans Atlantique et fut jeté par la tempête sur l'ile de Frislandia. Zichmni, roi des iles Portland, au sud de Frislandia, et de Soranv, vis-à-vis de l'Ecosse, lui donna le commande: ment de sa flotte dans une expédition contre les Frislandais. Gette entreprise se termina par la défaite complète de ces derniers, et Nicolo Zeno fut nommé chevalier, Il informa son frère Antonio de tous ces détails dans une lettre qui à été conservée. Il engageait en même temps son frère à l'aller rejoindre, offre qui fut acceptée,

Avec l'aide de ces deux marins expérimentés, Zichmni se lança dans de nouvelles aventures. Une première expédition en 1393-94 contre l'Estland échoua. En 1395, Nicolo équipa trois vaisseaux et arriva à la fin de juillet dans l'Engroveland, où il trouva un monastère de Frères prècheurs et une église dédiée à St. Thomas :

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