IMPRIMERIE DE F. LE BLANC-HARDEL, LIBRAIRE RUE FROIDE, ? ET
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Le Nouveau-Monde, qui représente aujourd'hui des intérêts si considérables, et que demain peut-être la vieille Europe appellera dans ses congrès, ne s’est révélé aux Européens qu’à la fin du XV: siècle, c’està-dire il y a un peu moins de quatre cents ans, et, malgré le temps écoulé, peut-être ne sommes-nous pas plus au courant de ses origines que de certaines parties de sa géographie. Qu'est-ce, en effet, que la découverte de l'Amérique , et la date qui lui est assignée est-elle bien certaine ? où se fait cette découverte, et sur quelle partie de ce vaste continent, qui a cent mille kilomètres de côtes, les Européens abordent-ils pour la première fois ? Les Européens, qui ont précédé Colomb, sont-ils eux-mêmes les premiers venus, ou bien n'y a-t-il pas de preuves évidentes de migrations antérieures ? Il est reconnu que quelques régions de l'Amérique du Nord ont été explorées par les Irlandais , les Danois et les Normands, peut-être six siècles avant Colomb; mais ces entreprises, dues au hasard , n’ont presque pas laissé de traces. Colomb, le premier, résolut de chercher le nouveau continent
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en naviguant à l'Ouest, et prouva son existence comme on prouve le mouvement lui-même, en marchant. Résumons la découverte : nous partirons ensuite de cette base solide pour remonter dans le passé, et interroger toutes ses traditions.
Les obstacles sont grands à l’époque de Colomb, et les connaissances sur lesquelles s'appuient le navigateur et le savant sont confuses et contradictoires ; le vrai se méle perpétuellement au faux ou à l'invraisemblable, sans qu'il y ait le plus souvent moyen de le reconnaiire; tous mentent, volontairement ou non, qu'ils viennent de près ou qu'ils viennent de loin, car l'intérêt de clocher ou l'intérêt de caste suppléent à l'imagination et à la distance; en Italie, en Portugal, les récits exagérés abondent, qui couvrent la mer de flammes, ou la peuplent d'êtres fantastiques, et représentent uniformément comme impraticable ce qu'on n’a pu dépasser. Tous les monstres ne sont pas en Asie, ou dans l'Afrique centrale ; l'Océan en possède sa bonne part, et, aux yeux d'un peuple soigneusement entretenu à tout croire, tout devient croyable; bientôt, on va dire dans tout l'Occident : c’est imprimé; donc c’est vrai. Il faut encore vaincre les préjugés, préjugés religieux qui regardent comme hérétique tout ce qui est nouveau ; préjugés commerciaux, qui regardent comme ruineux ou hasardeux tout ce qui sort de la routine, Le théologien, érigeant en dogme sa fausse science historique ou philosophique , ne veut pas qu’il y ait un autre continent ; la rondeur de la terre le désoblige, et préoccupe son orthodoxie. Partout l’'avarice, l'intrigue , la jalousie paralysent les capitaux ; à la cour, chacun doute et se resserre, quand