‹ L'Amérique avant les Européens [microforme] :Chapitre 3 sur 5 · EE, ER · texte numérisé non relu

EE, ER

il s’agit de sa bourse ou de son crédit; dans les ports, au moment de s'engager, chacun devient sombre, et s'éloigne. Ici, du moins, ce n’est pas miracle ; il s’agit de l'existence, et c'est bien le moins de savoir où l’on va. Tous ne comprennent pas ; quelques-uns comprennent trop; on se trouble, et on reste en place. Combien, avant de lever l’ancre, ne faut-il pas vaincre de répugnances et recueillir d'adhésions !

Les moyens eux-mêmes sont très-faibles, et répondent mal à des conceptions aussi hardies. Les . bâtiments les plus grands n’ont pas cent cinquante tonneaux, et à trois cents lieues des terres, les cartes sont nulles ou chimériques. Quand on dit trois cents lieues, c'est qu’on pense aux Açores; mais l'expédition n’y passe pas, et à cent lieues à l’ouest, on n’a plus d'autre guide que les étoiles. Ni terres, ni voiles, ni mâts , ni signe de vie; des oiseaux de plus en plus rares ; pas de ravitaillement, pas d’eau fraiche, pas de nouvelles. Puis ce sont des calmes subits qui peuvent apporter avec eux le plus terrible des supplices , la faim ; des plaires de varechs, dans lesquelles les petits navires se trouvent empêchés, comme une brouette au milieu des neiges, des tempêtes effroyables, des chaleurs brûülantes, Il faut continuer pourtant, car il y a autant de péril, plus de péril même à reculer qu’à aller en avant ; bientôt il ne reste plus qu’une chance de salut, la découverte. Que l’homme de génie qui a conçu le projet se trompe de quelques degrés (et Dieu sait s’il y a de la marge !), tout est perdu.

On a beaucoup exalté les Portugais, et cette vaillante petite nation le mérite bien : les Grecs seuls ont accompli d’aussi grandes choses avec d'aussi

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