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« travail, indifférents à tout motif de gloire, d’hon- « neur ou de reconnaissance, uniquement occupés « de l’objet présent et toujours déterminés par lui; « sans inquiétude pour l'avenir, incapables de pré- : voyance et de réflexion, ils passent leur vie sans « penser, et vieillissent sans sortir de l'enfance. Cette « espèce d’abrutissement naît de la servile dépen- « dance où ils vivent, et ils diffèrent peu des ani- € Maux. »
Quel misérable état que cet état social, et quelle responsabilité pour les gouvernants! Voici maintenant l’état moral et religieux. Pendant quatre siècles, il y a eu un prosélytisme ardent, très-intolérant, ayant l’inquisition à son service, et professant à ce sujet les idées les plus pharisaïques. Ceux que ce prosélytisme a convertis adressaient , il y a quinze ans (1862), cette prière à Dieu, quand un enfant venait accroître leur famille : « O Jésus-Christ, mon Dieu! « O Fils de Dieu, toi qui ne fais qu’un seul Dieu avec « le Père et le Saint-Esprit! maintenant, aujourd'hui, « à cette heure, dans ce jour, j'invoque les saintes « âmes qui accompagnent les premiers rayons du “ soleil levant et les dernières lueurs du soleil cou- .« chant! Et en même temps que ces saintes âmes, “ je t'invoque aussi, toi, le chef des esprits qui habi- « tent la montagne de Sija-Rasquin. Et vous, les « autres prêtres du soleil, vous à qui tout ce qui « arrive est connu; toi, chef de notre entendement, « toi, génie du vent, toi, génie de la montagne, et « toi, génie de la plaine, Don Pouroupéto Martin, “ venez, et acceptez cet encens et ce cierge! » Étudiez donc pendant de longues années la théologie, passez votre vie tout entière au milieu des
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tribus sauvages, prêchez et cathéchisez, faites-vous les messagers de la bonne nouvelle auprès de peuples stupides, qui diffèrent peu des animaux, pour servir de porte-enseigne à Don Pouroupéto Martin |
Dans l'Amérique du Nord, où le protestantisme a eu plus d'action, l'aspect n’est plus le même; on y raisonne davantage, et l'Indien y a plus de caractère, il serait, comme sur quelques points de la Colombie, plus susceptible de régénération. M. Sprout, dans ses études sur la vie sauvage, fait bien sentir cette dif férence. « Ce n’est pas l’homme rouge, dit-il, qui est « allé au visage pâle; le visage pâle a fait connaître « à l’homme rouge l’eau de feu et la poudre, la « rougeole et la petite vérole, sombres fléaux de sa « race. La face pâle a enlevé à son frère le peau rouge « les espaces pour la chasse et les retraites pour la « pêche; il a enclos les terres, abattu les arbres ,, « troublé les eaux, et il n’a rien donné en retour. Il « à fait disparaître le buffe et l'élan pour mettre à « leur place le porc et le mouton, qu’on ne peut ni « chasser ni tuer, et, même en se montrant sous les « dehors d’un ami, il n’a laissé le peau rouge ni « vivre à sa guise, ni posséder Ja terre de ses pères ; « il l’a refoulé de plus en plus, et a fini par l’extirper, » Aussi n’y a-t-il plus lieu de séduire ceux qui survivent, et l'émigrant qu'ils rencontrent est scalpé. « Nous n'avons pas besoin des blancs, s’écrient-ils, « Car ils nous prennent ce que nous avons. Nous vou- « lons vivre comme nous sommes (1). » Qui oserait dire qu’ils ne font pas bien, et qu’ils n’en ont pas le droit?
(1) Sprout, Études sur la vie sauvage.
Les noirs, même affranchis, ne réussissent pas
mieux que les peaux rouges. D’après le témoignage d'un des derniers voyageurs, qui a quelques mois de date, le nombre des nègres semble aller en diminuant depuis l'abolition de l'esclavage. « Les staa tistiques démontrent, dit-il, que l’état de liberté « est moins favorable à leur multiplication que l’état «a de servitude. Le nègre affranchi est moins bien « nourri que le nègre esclave : il habite une demeure « moins salubre ; il boit plus de wisky, et mâche « plus de tabac ; il travaille moins, et préfère se dé- « barrasser de ses enfants per l’infanticide au lieu de « les élever. L’infanticide, depuis l'émancipation, a est très-commun chez les nègres, et on peut dire « que ceux qui l'ont proclamée n'ont fait que décréter a l'extinction de la race. Plus lente que celle de la race rouge , elle n’en est pas moins certaine, et les noirs disparaitront comme les Indiens (1). »
Ainsi les uns, les plus faibles, quand ils sont exploités, sont abrutis; les autres, les plus forts, quand on cesse de les exploiter, se perdent par : civilisation même, dont ils ne prennent que les vice: Amérique reste donc aux Européens, mais à quel prix ! Chantez, poètes, les forêts du Nouveau-Monde, la beauté des eaux, les riants pâturages et les plaines fertiles, mais ne parlez pas des Indiens; les faces pâles ont fait leur besognec : iln’y en a plus!
(4) Jules Leclercq, Un été en Amérique.
Caen, Typ. F. Le Blanc-Hardel,