‹ L'Amérique Centrale et MéridionaleChapitre 30 sur 33 · PUERTO-RICO. «S · texte numérisé non relu

PUERTO-RICO. «S

Ces créoles, que l'on désigne sous le nom d'ibaros, sont une variété curieuse des Européens dans le Nouveau-Monde.

Considérés en dehors des idées de progrès et d'obligations sociales, les bARos, dit M. Schœlcher, sans avoir, il est vrai, la conscience de leur détachement de toutes choses, sont les plus grands philosophes du monde. Us ne connaissent aucune espèce de besoin factice; Diogène, exagérant sa doctrine pour rendre sa leçon plus frappante aux yeux du peuple athénien, n'avait pas réduit la vie à une plus simple expression. Leur faut-il une maison pour s'abriter, ils prennent dans les bois quatre troncs d'arbres qu'ils enfoncent en terre ; ils y attachent, pour en former la toiture et les murailles, de petits arbres qu'ils nouent entre eux avec des lianes flexibles comme une corde et d'une solidité éternelle ; puis, ils revêtent tout cela, toits et murs, de yaguas, grosses feuilles de palmistes qu'ils ont fait préalablement sécher au soleil. La maison est construite. On l'appelle bohioy du nom qu'avaient les cabanes des indigènes. Gomme les anciennes huttes indiennes, les bohios sont élevés sur leurs quatre poteaux de deux ou trois pieds au-dessus du sol, qui est fort humide. On y monte par une petite échelle. Dans ces constructions il n'entre ni clou ni mortier. Une partie assez large d'un bohio reste ouverte à tous vents : il n'y a guère de fermé que le réduit où l'on dort la nuit, pour éviter la trop grande fraîcheur, et où l'on s'entasse, mari, femme, enfants, grands parents, quelquefois au nombre de dix ou douze personnes, toutes amoncelées les unes sur les autres.

« Dans un bohio, pour table, chaise, lit, berceau, on ne trouve que des hamacs faits en écorce de mayaguez, qui coûtent deux réaux (vingt-cinq sous) à celui qui ne veut pas prendre la peine de les fabriquer, et que l'on use presque jusqu'à leur entière destruction.

Quant aux ustensiles de ménage, la nature y pourvoit encore à

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peu près seule. La grosse et large feuille du palmiste sert à tout ; en la pliant, en la cousant, on en fait des plats, des baquets à laver, des paniers qui tiennent lieu aussi de commodes, et jusqu'à des bières pour enterrer les enfants. Un morceau d'arbre creusé sert à piler le maïs, qui est le fond de la nourriture ; enfin les fruits du calebassieretdu cocotier fournissent des verres, des assiettes, des cuillers, des écuelles à café et des vases propres à conserver l'eau ou le lait, le tout suspendu, s'il le faut, avec un morceau d'écorce arraché en passant à une branche du mayaguez.

On le voit, les Ibaros ont résolu le problème de la vie à bon marché, que cherchent encore nos économistes. Quand un Ibaro possède un couteau, une vache et un cheval, il ne conçoit guère que l'on puisse souhaiter autre chose. Son existence tout entière se passe sur son cheval ou dans son hamac. Dormir ou chevaucher, il ne connaît pas d'autre alternative.

Au lieu de se rassembler, de manière à former des villes ou des villages, les Ibaros se répandent, au contraire, sur toute la surface de l'île, plantant leurs bohios à certaine distance les uns des autres, et s'isolant dans les savanes. Vainement les gouverneurs de Puerto-Rico ont voulu les initier aux douceurs de la civilisation ; ils ont toujours préféré à ces chaînes dorées la pauvreté avec l 'indépendance, supprimant les besoins factices pour ne pas être asservis par eux. Les Ibaros sont philosophes à leur manière. Ils se contentent de peu pour n'avoir rien à demander.

Colomb, ce grand découvreur de mondes, qui avait déjà trouvé Saint-Domingue et Cuba, trouva aussi la Jamaïque en cherchant autre chose. — Nous avons dit ailleurs ce qu'il cherchait.

La Jamaïque, dont le nom indien, Xaymacaj exprime la double abondance de ses eaux et de ses bois, est une île de cinquante lieues de long, sur vingt de large, et cent cinquante de circuit, située à vingt-deux lieues sud de Cuba et à trente-deux lieues ouest de Saint-Domingue. Une chaîne de montagnes, connues sous le nom de Montagnes Bleues, la divise en deux parties bien distinctes. De nombreux cours d'eau descendent de leurs sommets, sans qu'il ait été possible jusqu'ici de les utiliser pour la navigation. Les principaux portent les noms de Rivière NoirCy Rivière Blamhe^ Grande Rivière et Rio-Minho ou petite rivière.

Outre seize ports classés et reconnus, la côte s'entr'ouvre pour former un nombre considérable d'ancrages excellents, qui la rendent particulièrement précieuse à ses maîtres actuels.

Organisée à l'anglaise, la Jamaïque comprend aujourd'hui les trois comtés de Middlesex, de Surrey et de Cornwall. On ne se croirait jamais si près de l'Equateur. FalmotUh est le chef-lieu

de Cornwall ; Kingsloum, celui de Surrey, qui possède une autre ville importante, Port-Royal.

Mais c'est dans le Middlesex que se trouve la plus belle ville de la Jamaïque, Santiago de la Yega, ancienne cité espagnole, située dans une magnifique plaine, et Gère de ses beaux édifices, tous bâtis dans le pur style castillan.

Les Anglo-Saxons, qui, au point de vue de la colonisation, sont d'autres hommes que les Espagnols, ont su tirer un excellent parti des richesses du sol, aussi variées qu'abondantes, et ils n'ont qu'à choisir entre les fécondes cultures de la canne à sucre, du cacaoyer, du tabac, de la cannelle, du caféier ; sans oublier d'autres productions non moins recherchées, telles que laçasse, la salsepareille, le gaïac, et ces arbres qu'il suffit de nommer, le cèdre et l'acajou, dont l'industrie moderne tire un si merveilleux parti.

Satisfait d'avoir découvert l'Ile, mais préoccupé d'autres desseins, Colomb n'y fit point tout d'abord d'établissements. Ce ne fut qu'à son quatrième et dernier voyage aux Antilles qu'il fut contraint par la tempête de débarquer sur cette terre, jusque-là dédaignée.

Les Espagnols commencèrent par y donner à ceux qu'ils appelaient des sauvages, le spectacle de leurs luttes, de leurs violences et de leurs querelles intestines. — Colomb avait été contraint, à la suite d'un naufrage, d'implorer pour lui et pour les siens le secours des indigènes, qui leur prodiguèrent tous les soins de la plus touchante hospitalité. Les Espagnols ne reconnurent ces bontés que par la plus noire ingratitude. Révoltés contre l'amiral, ils commirent dans l'Ile les plus épouvantables atrocités : la mort était douce en comparaison des tortures qu'ils infligeaient à des malheureux sans défense.

Enfin, ils se rembarquèrent, et la Jamaïque eut le bonheur de ne plus entendre parler d'eux pendant cinq ans.

Ils revinrent à l'expiration de cette trop courte période, reprirent possession de l'ile, et, en quelques années, firent disparaître presque entièrement la population indigène, dont ils eussent pu tirer de bons et loyaux services. Déjà la fibre humaine ne palpitait plus dans leur poitrine desséchée par la soif de Tor. En moins d'un demi-siècle, la colonie, après avoir fleuri quelque temps, en arriva, par un juste retour des choses, à une telle faiblesse qu'elle ne fut même plus en état de résister aux attaques des flibustiers français, toujours en course sur ses côtes. En 1558, un audacieux coup de main leur donna la jolie ville de Sevilla-Niievay que les Espagnols ne purent reprendre.

Ils essayèrent de se consoler de cette perte en bâtissant Santiago delà Vega, qui devint plus tard la capitale de l'île. Quanta Sevilla, les flibustiers la détruisirent, ne pouvant la garder; ce n'est plus aujourd'hui qu'un monceau de ruines, — le Baalbeke des Antilles, la Palmyre de l'occident.

L'introduction des nègres ranima quelque peu la culture, un moment abandonnée faute de bras vaillants.

Lors de la réunion des couronnes d'Espagne et de Portugal, la Jamaïque fut donnée en apanage à la maison deBragance. Des spéculateurs portugais s'y fixèrent, et leurs richesses et leur activité rendirent à l'île malheureuse une prospérité passagère.

Les Anglais convoitèrent la Jamaïque, comme ils avaient convoité Cuba. Ces belles îles avaient le don de leur plaire, et, les désirant, ils voulaient les prendre. En ce temps-là, c'était partout le droit de la force qui triomphait. Leur première attaque, tentée en 1596, par sir Arthur Shirley, ne réussit point; mais la seconde, dirigée, en 1636, par l'intrépide Jackson, colonel au service de Charles P", livra aux Anglais Santiago de la Véga, où ils firent un butin considérable. Cromwell favorisant le large mouvement d'expansion qui déjà portait la race anglo-saxonne à se répandre sur le monde, hoi*s des étroite» limites de ses posses-

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sions europécimes, décida une nouvelle expédition cotitre la Jamaïque. Elle eut lieu sous les ordres de Penn et de VenaUes, qui débarquèrent le 3 mai 1655 à la tète de 6,500 hommes. La population espagnole et portugaise n'essaya même pas de résister. Elle lit seulement traîner les négociations en longueur, pour se donner le temps de mettre en sûreté tout ce qu'elle possédait de richesses mobilières. Au bout de dix jours de pourparlers, quand les Anglais entrèrent dans Santiago, ils trouvèrent des maisons vides. Réfugiés dans les montagnes, avec leurs esclaves qu'ils avaient armés, les anciens habitants de la Jamaïque firent aux nouveaux maîtres de l'ile une guerre de partisans qui se prolongea pendant plusieurs années. Mais que pouvaient-ils contre la patience anglaise? Les malheureux moururent à la peine. Quant à leurs nègres, plus robustes et mieux acclimatés, ils continuèrent la lutte, et formèrent le noyau de ces nègres marrons, devenus bientôt une véritable puissance, avec laquelle les Anglais durent compter.

C'est sous le gouvernement des Anglais que la Jamaïque devint un des principaux rendez-vous des flibustiers, qui contribuèrent à l'enrichir. La mère patrie ne cessait, du reste, d'y envoyer de nouveaux colons. Les Espagnols tentèrent, à plusieurs reprises, mais toujours sans succès, de rentrer dans leur ancienne possession. Le léopard britannique ne rendit point sa |)roie.

Charles 11, lors de sa restauration, développa dans cette belle conquête les institutions civiles, et la dota d'un gouvernement municipal et même d'un petit parlement, qu'elle conserva soigneusement, à travers toutes les vicissitudes de ses rapports avec la métropole.

Reconnaissons hauteinentque la Jamaïque, sous la domination de ses nouveaux niaitres, atteignit bientôt une prospérité que l'Espagne ne lui aurait jamais donnée.

Cette prospérité ne fut point, du reste, sans mélange de nouvelles épreuves. Une catastrophe, dont l'histoire du monde offrirait peu d'exemples, engloutit dans un tremblement de terre, accompagné d'une soudaine invasion de l'Océan, la ville de Port- Royal et les immenses richesses qu'elle renfermait, ainsi que la plus grande partie de ses malheureux habitants.

Le tremblement de terre fut suivi d'une épidémie : ceux qui avaient échappé au premier fléau tombèrent victimes du second.

Deux ans plus tard (1694) une expédition commandée par le Français Ducasse eut pour résultat la destruction de cinquante sucreries, l'enlèvement de quinze cents esclaves et de plusieurs navires marchands — sans compter un énorme butin.

N'oublions pas une sorte de guerre servile contre les nègres marrons, qu'il fut impossible de réduire, même au prix des plus énergiques efforts et des plus sanglants sacrifices. L'orgueil britannique dut s'abaisser jusqu'à eux ; un traité en bonne forme intervint entre les belligérants et assura la liberté des marrons (mars 1758) — cinquante-sept ans plus tard (1795), les marrons se révoltèrent, et déclarèrent audacieusement la guerre aux Anglais, Cette guerre pouvait être d'autant plus dangereuse que les nègres libres avaient des intelligences avec les nègres restés en service, qu'ils avaient l'espoir très-fondé de soulever et de gagner à leur cause. Mais le complot fut prévenu et les opérations menées avec autant de célérité que de vigueur. Terrifiés par la vaillance des soldats anglais.... et plus encore par la férocité des chiens de Cuba, dont on avait fait venir un véritable régiment pour les combattre, ils se rendirent sans conditions. Les Anglais résolurent de se débarrasser une fois pour toutes de ce terrible voisinage, et ils les transportèrent à Halifax, dans l'Amérique du nord. — On leur doima des terres et toutes les facilités d'établissement désirables, et, peu à peu, ils se réconcilièrent avec la civilisation.

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Quelques lemps après leur arrivée, le gouverneur d'Halifax, sir John Wentworlh, écrivait :

c< Les marrons sonl maintenant régulièrement établis, et leur position s'améliore sensiblement. Ils se sont montrés jusqu'ici tranquilles et satisfaits. Ils ne peuvent, dans ce pays, faire aucun mal et ne paraissent pas disposés à en faire. Us me témoignent beaucoup d'attachement.

« J'ai placé auprès d'eux un missionnaire, un chapelain et uu instituteur, pour les instruire dans la religion chrétienne et pour apprendre anx enfants et aux jeunes gens à lire et à écrire. J'ai assisté dimanche dernier au service, dans leur chapelle, et ils m'ont paru très attentifs et presque émerveillés. Dimanche pi-ochain, plusieurs d'entre eux doivent être baptisés.

«Le climat leur est très-salutaire. A leur arrivée, les enfants étaient maigres, et la plupart des adultes épuisés par la guerre, l'emprisonnement et le mal de mer ; aujourd'hui ils sont forts, vigoureux et aussi bien portants que les habitants blancs de la province. Il y a donc à se louer, sous tous les rapports, de la mesure qu'on a prise de les établir dans la Nouvelle-Ecosse ; et les plus sages d'entre eux sont parfaitement satisfaits de leur état présent et se montrent pleins de confiance dans l'avenir. »

L'Angleterre, comme on le voit, avait su tirer un bon parti d'une mauvaise chose.

Sortie enfin de ces épreuves, aussi nombreuses que pénibles, lu Jamaïque marcha librement et rapidement dans la voie de la prospérité. L'industrie, l'agriculture et le commerce y fleurirent également.

La grande mesure humanitaire de l'abolition de l'esclavage a paru menacer un moment cette prospérité.

On sait que les premiers efforts pour atteindre ce noble Lui furent tentés par les Quakers, isolément el individuellement tout d'abord. En 1727, ils agiient comme société et firent une dé-

claration publique contre la traite des nègres. Cette déclaration (ut solennellement renouvelée en 1756, et un appel fut adressé au zèle religieux de tous les membres pour arriver à la supression d'une institution odieuse; une résolution, à la date de 1761, désavoua comme membres de la Société des Amis^ tous les Quakers qui prendraient un intérêt dans la traite. En 1783, la société adressa une pétition au parlement, sollicitant l'abolition de l'esclavage. Parmi les premiers défenseurs des esclaves, nous devons enregistrer les noms de Middleton, de Wilberforce et de Pitt, Pitt était alors chancelier de l'échiquier.

Le 9 mai 1798, Pitt soumettait à la chambre des Communes une proposition ainsi conçue :

« Dans les premiers jours de la prochaine session du parlement, la Chambre prendra en considération les circonstances rapportées dans les susdites pétitions, concernant la traite des nègres, afin qu'on puisse trouver un remède convenable aux maux signalés. »

Les Communes adoptèrent la motion, qui passa également à la chambre des lords, mais après y avoir soulevé une violente opposition.

Le 12 mai de l'année suivante, Wilberforce déposa sur le bureau de la chambre des Communes des propositions nouvelles, qui furent appuyées par Burke, Pitt, Fox et Grenville, et combattues par les représentants de la cité de Londres. On ordonna une enquête.

L'enquête eut lieu pendant la session de 1790, et elle fut l'occasion des plus orageux débats.

Elle fut reprise et terminée en 1791, et le 18 avril de cette même année, Wilberforce fit une motion formelle, tendant à l'interdiction absolue de toute importation d'esclaves des côtes d'Afrique. La motion fut repoussée par cent soixante-trois voix contre quatre-vingt-huit.

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Mais, avec l'obstination particulière à la race anglaise, Wilberforce reprt^senta sa proposition Tannée suivante, en l'appuyant sur des faits tellement graves, que le principe fut admis celle fois par la chambre des Communes. Les représentants décidèrent toutefois que l'application serait encore relardée de quatre

ans.

La chambre haute prononça rajournement indéfini.

A toutes les sessions, jusqu'en 1799, Wilberforce recommença son infructueuse campagne.

Il renouvela ses efforts en 1804 et en 1805. Cette dernière année vit un commencement d'amélioration. Une ordonnance royale apporta une première restriction à la traite, en interdisant rintroduction des esclaves dans les colonies britanniques, hors certains cas déterminés.

L'année suivante, l'ordonnance rople fut confirmée par un acte du Parlement, lequel fit défense aux sujets de la couronne de faire la traite, même avec les pays étrangers.

En 1811, un autre acte classa la traite parmi les crimes de félonie; une loi plus récente l'assimila à la piraterie, et la punit de peines sévères. Bientôt l'opinion publique soulevée pesa sur la question. De nombreuses pétitions furent adressées au gouvernement. Les journaux tonnèrent, toutes les sectes religieuses intervinrent dans la lutte et passionnèrent les esprits.

Les esclaves, aux oreilles desquels arrivaient les échos de ces lointaines discussions, prirent maladroitement les devants et voulurent s'émanciper eux-mêmes. Une révolte terrible embrasa la Jamaïque tout entière. Un nombre considérable d'habitations et de plantations furent détruites. 11 fallut en tuer dix mille pour contraindre les autres, par la terreur, à rentrer dans le devoir.

Enfin, le 14 mai 1833, l'abolition de l'esclavage dans toutes les colonies de la Grande-Bretagne fut proposée par lord Stanley,

secrétaire d'État pour les colonies; Tacte fut adopté dans les deux chambres et promulgué le 1" août 1834.

Une mesure aussi grave ne pouvait passer de la théorie dans la pratique sans amener avec elle de graves perturbations. Il y eut de longs malentendus entre les nouveaux affranchis et les anciens propriétaires. La production en souffrit tout d'abord. Mais peu à peu l'équilibre se rétablit. La petite culture se substitua à la grande, et aujourd'hui, si l'exportation a diminué, la consommation devenue libre a augmenté en suivant une proportion beaucoup plus considérable; d'où il résulte que le travail libre donne des résultats supérieurs au travail esclave. Conclusion consolante, véritablement chère à tout cœur d'homme ami de son semblable.. Le Mexique, le Chili, la Colombie et la république Argentine ont aboli la traite. Quant à la France, on sait qu'elle avait pris les devants et supprimé l'esclavage, par décret de la Convention, en 1794. — Il est vrai qu'il fut rétabli depuis, et qu'il a subsisté jusqu'en 1848. — Nous étudierons bientôt l'effet de l'émancipation dans nos colonies.

Outre la Jamaïque, les Anglais possèdent encore la Dominique, Antigoa, la Trinité, la Grenade, Saint-Christophe, Tabago, Sainte- Lucie, Saint-Vincent, la Barbade, Mont-Serrat, Nével, et les lies Vierges, colonies d'une importance moins considérable que la Jamaïque, mais dont ils savent, pourtant, tirer un excellent parti •

Parmi le groupe des Mes Vierges^ trois appartiennent au Danemark. Ce sont : Saint-Thomas^ Saint-Jean et Sainte-Croix.

Les produits de ces petites lies consistent principalement en sucre et en coton. Découverte depuis longtemps déjà, VWe de Saint-Thomas était encore inoccupée lorsque les Danois s'en emparèrent en 1671. — Les flibustiers anglais voulurent leur en disputer les possessions, et cette prétention fut l'occasion de rixes sanglantes, auxquelles le gouvernement britannique mit fin en reconnaissant les droits du Danemark. Neutre au milieu des querelles des pavillons européens, Saint-Thomas trouvait dans cette neutralité même une source certaine de prospérité.

Quand ils se sentirent à l'étroit sur Saint-Thomas, les Danois passèrent sur Saint-Jean, séparée par un bras de mer de la première de ces deux îles, et s'y établirent sans obstacles.

Sainte-Croix leur coûta plus cher, et, à plusieurs reprises, ils arrosèrent de leur sang ce sol désiré. Ils n'en obtinrent la possession paisible qu'en la payant au gouvernement français 320,000 francs (1753).

La position secondaire du Danemark parmi les puissances européennes lui valut, au milieu des bouleversements qui signalèrent la fin du dernier siècle et le commencement de celui-ci, de conserver ces trois petites îles, que personne ne lui disputa. Les colonies furent protégées plus efficacement par la faiblesse de la métropole qu'elle ne l'eussent été par sa force.

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