‹ L'Amérique Centrale et MéridionaleChapitre 29 sur 33 · PUERTO-RICO · texte numérisé non relu

PUERTO-RICO

L'Ile de San-Juan-Bautista de Puerto-Rico est aujourd'hui la seconde colonie des Espagnols aux Antilles. Elle fut découverte, en 1495, par Colomb. Mais il en fut d'elle comme de Cuba, et les conquérants, occupés de Saint-Domingue, se contentèrent d'une simple prise de possession. Ils n'y revinrent qu'après avoir épuisé la grande île.

Ponce de Léon y débarqua en 1509.

Puerto-Rico était alors peuplé par des bidiens, descendus des monts Apallaches, et qui étaient arrivés là en traversant les Florides. Comme la plupart des Indiens du Nouveau-Monde, c'était une race inoffensive également ennemie du travail et de la guerre. Le nom des Espagnols était déjà venu jusqu'à eux, avec son cortège de terreurs : ils se soumirent, ne souhaitant plus que de se concilier la bienveillance des vainqueurs par la spontanéité de la servitude. Mais rien ne pouvait fléchir l'âpreté de l'âme espagnole. Les Indiens gémirent quelque temps sous ce joug de fer, et bientôt essayèrent de le secouer. Leur premier effort était tellement inattendu, que les Espagnols surpris se dé-

fendirent mal; il en périt un certain nombre. Ponce de Léon fil venir des renforts de Saint-Domingue et reprit bientôt Tofiensive. Les Indiens, ignorant le débarquement des nouvelles troupes, s'imaginèrent que les hommes qu'ils avaient devant eux étaient les mêmes, qu'ils avaient déjà tués, et qui étaient ressuscites à l'exemple de leur Dieu. A cette pensée, ils se sentirent pris de cette folle terreur, prélude certain des défaites; ils déposèrent les armes et se rendirent à merci. Les Espagnols les transportèrent à Saint-Domingue, où ils moururent dans l'épuisement du travail et de la misère.

A partir de ce moment, les compagnons de Colomb et de Ponce de Léon furent les maîtres absolus de Puerto-Rico, qu'ils ruinèrent comme on avait ruiné Saint-Domingue et Cuba.

L'histoire extérieure de Puerto-Rico peut se résumer en quelques lignes.

Une escadre anglaise, sous les ordres de l'amiral Drake, l'attaqua en 1580 ; mais vaillamment repoussée par les Espagnols, elle fut obligée de se retirer. L'expédition de 1598, commandée par Georges Gliflbrd, comte de Cumberland, fut plus heureuse. Elle contraignit les Espagnols à capituler, et l'Ile entière tomba au pouvoir des Anglais. La maladie se fit espagnole et décima les Anglais. Les vainqueurs abandonnèrent bientôt leur conquête. L'Espagne en a conservé depuis la paisible possession.

L'existence de la colonie fut misérable et précaire tant que rile fut abandonnée aux seuls Espagnols; mais à partir du moment où la libre concurrence y laissa pénétrer l'étranger, le commerce et l'industrie tirèrent le plus heureux parti de ses merveilleuses ressources. Cet exemple n'a pas secoué la molle apathie des créoles du pays: ils continuent leur sommeil séculaire — et sans rêves.

Page 1