‹ L'Amérique Centrale et MéridionaleChapitre 33 sur 33 · LA MARTINIQUE · texte numérisé non relu

LA MARTINIQUE

La Martinique , la première par l'importance de nos colonies des Antilles, est aussi la première par l'ordre chronologique de notre prise de possession.

Le sieur d'Esnambuc, gouverneur de Saint-Christophe, s'y établit, en 1655, avec cent hommes d'élite, acclimatés par un séjour suffisant dans les iles voisines, durs à la fatigue, et familiers avec toutes les formes du danger.

Les indigènes leur abandonnèrent sans coup férir les plus belles parties de leur ile, je veux dire les régions occidentales et méridionales, et ils se retirèrent sur les montagnes et dans les

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bois. 11 est vrai qu'un peu plus tard ils* se ravisèrent, appelèrent à leur aide les Caraïbes des iles voisines, et attaquèrent leurs nouveaux hôtes. Mais les Français avaient eu le temps de bâtir une petite forteresse; ils s'y enfermèrent, soutinrent le siège avec une rare énergie, tuèrent huit cents hommes à leurs assaillants, et, par ces exploits, assurèrent à tout jamais leur domination.

11 y eut une paix sincère entre les deux races, et, à partir de ce moment, les exploitations et les cultures prirent un véritable essor.

Cependant les Caraïbes, qui se sentaient de plus en plus refoulés chaque jour, commencèrent contre leurs envahisseurs une guerre de surprise, où la patience et la ruse sauvage leur assuraient de faciles et cruels succès. Tout colon qui s'écartait seul de sa demeure était certain de n'y jamais rentrer. Les Français comprirent que tout pacte sérieux et durable était impossible avec cette race ennemie, et qu'ils ne pouvaient assurer leur sécurité que par un seul moyen, — terrible, il est vrai, mais nécessaire, — l'extermination.

Les Caraïbes furent exterminés.

Devenus maîtres uniques et absolus de la Martinique, les Français formèrent deux classes bien distinctes : celle des planteur$ et celle des en^(igé$j dont nous avons esquissé la vie, en faisant l'histoire de Saint-Domingue.

La Martinique ne cultiva d'abord que le tabac et le coton ; un peu plus tard, elle y ajouta le roucou et l'indigo. L'année 1650 vit planter la canne à sucre. Un juif, du nom de Dacosta, introduisit le cacaoyer, qui, à partir de 1614, époque où le chocolat fut mis à la mode en France, devint une des principales richesses de l'île. Mais l'ouragan terrible de 1718 emporta tous les cacaoyers, et il fallut songer à remplacer par autre chose ce produit perdu.

L'heureuse introduction du café apporta tout à coupa la colonie un élément de prospérité sur lequel on n'avait pas compté. Le café de la Martinique devint célèbre dans toute TEurbpe, et rivalisa bientôt avec le plus pur moka. Centre de nos possessions françaises aux Antilles, la Martinique acquit promptement assez d'importance pour devenir le chef-lieu du gouvernement. Les avantages naturels de l'ile justifiaient d'ailleurs un pareil choix. Ses ports vastes et profonds offrent un asile sûr aux vaisseaux du plus haut bord, et l'on peut remonter loin dans les terres ses nombreuses rivières navigables.

Quatre forts bien armés défendent la Martinique : le fort Royaly le fort Saint-Pierre ^ le fort Trinité et le fort du Mmillage.

IjA ville de Forl-Royal fut longtemps la capitale de Tile, — Elle est aujourd'hui détrônée par Saint-Pierre.

Saint-Pierre, à l'origine, ne fut qu'un entrepôt. On n'y trouvait guère que des magasins et le comptoir des agents des planteurs. Un accroissement rapide, que n'ont pu arrêter quatre incendies successifs, en a fait une grande et belle ville, aux rues spacieuses, à la noble architecture. On comprend, en la voyant, le dicton un peu fier mis en circulation par les riches colons qui l'habitent : les Messieur$ de la Martinique ; les Bourgeois de la Guadeloupe ; — il est vrai qu'à Saint-Domingue on ajoutait

autrefois, les Seigneurs de Saint-Domingue !

Le quai, très-étendu, qui longe la baie circulaire, est abrité par une montagne élevée, presque perpendiculaire, dont l'aspect pittoresque contribue à la beauté de la ville.

Comme toutes nos possessions des Antilles, la Martinique a passé à travers des alternatives de prospérités, et de revers ; elle a dû subir les ouragans, les Anglais, et, trop souvent, l'ineptie du gouvernement central. Quelques années lui ont toujours sûfli pour réparer ses plus grands désastres.

L'affranchissement des nègres, impérieusement réclamé par

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tous ceux qui portent haut le sentiment de la dignité humaine, a été pour la Martinique, — comme pour toutes nos colonies, — une épreuve rude dont elle n'est pas encore entièrement sortie. On peut préjuger des résultats ; il est impossible de les présenter aujourd'hui comme certains. Une perturbation profonde a été la première conséquence de ce nouvel ordre de choses, si différent de celui qui l'avait précédé. On n'aurait point le droit de s'en montrer surpris. Des hommes dont la race entière était tenue depuis des siècles dans une sorte de minorité légale, ne pouvaient être mis impunément en face de cette liberté pleine de séductions et de dangei*s. lia liberté est une liqueur capiteuse ; on 8*enivre rien qu'en approchant la coupe des lèvres qui ne l'ont jamais goûtée... Comme à la Jamaïque, il y a eu tout d'abord dans les Antilles françaises une notable diminution du chifiVe de la production, à la suite de la soudaine émancipation des esclaves. Mais, comme à la Jamaïque aussi, l'équilibre ne saurait tarder à se rétablir. Il se rétablira de deux manières peutêtre. Les esclaves, initiés peu à peu aux bienfaits de la civilisation, et comprenant qu'on ne peut les obtenir que comme récompense du travail, travailleront pour entrer en participation du bien-être, réservé jusqu'ici trop exclusivement aux blancs. S'ils manquent à ce devoir, s'ils n'écoutent la voix ni de la reconnaissance ni de l'intérêt, il restera toujours un moyen de rendre à nos Antilles leur prospérité passée : ce sera de diriger vers elle l'émigration européenne. Je sais que de vieux préjugés tendent à faire regarder cette solution comme impossible. On a voulu représenter les Européens comme incapables de se livrer à la culture de la terre sous ce ciel voisin des tropiques : on oubliait que jusqu'au moment où la traite des noirs fut établie, cette culture, après Textermination des Indiens, ne fut accomplie que par des mains européennes : on a aussi vainement allégué l'insalubrité du climat, sans se rappeler que la

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mortalité des blancs était proportionnellement beaucoup plus faible que celle des nègres importés d'Afrique, et que celle mortalité avait pour cause chez nous, non pas l'inclémence de la nature, mais bien plutôt l'imprudence de l'homme et son mépris des lois les plus élémentaires de la morale et de l'hygiène. Ce sont des blancs qui ont fondé et défriché toutes les colonies, sans le secours d'aucun esclave. Les colonies ne périront donc point faute d'esclaves! elles ne périront pas plus que les principes vis-à-vis desquels on a voulu les placer dans un antagonisme puéril et faux. Elles persisteront, elles dureront, et elles offriront un débouché heureux à ce trop-plein de la vieille Europe, qui ne sait plus où se déverser, et dont parfois les gouvernements s'embarrassent.

Et nous qui restons sur le vieux continent, ne les plaignons «pas, mais plutôt envions-^les, ceux qui s'en iront vers cet Éden de Toccident.

Ils apercevront tout d'abord des montagnes de verdure sortant du sein des flots, couronnées de palmiers et de bananiers ; de leurs flancs ils verront jaillir mille plantes nouvelles, inconnues, dont la tige inflexiblement droite parait s'élancer vers la lumière d'un seul bond de leur sève généreuse. Leui's feuilles, à la fois immenses et légères, déployéesen éventail à leur sommet, donnent au paysage je ne sais quelle grâce aérienne. Plus tard, en pénétrant dans l'intérieur du pays, on découvrira les sites grandioses, les roches entassées autour des volcans éteints, les grandes pierres noircies, escaladées par les cactus épineux, les ravins où l'eau bouillonne, tout bordés de manguiers sauvages, et la forêt vierge, où la liane suspend aux grands troncs ses inextricables réseaux. Mais tout d'abord, et près du rivage, on se sentira conquis et charmé par cette nature souriante, qui se dépense follement en fleurs et en feuillages, qui ne révèle que sa grâce virginale et coquette, et qui se montre à vous toute resplendissante

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SOUS son ciel de feu, — car elle est vraiment la fêle des yeux, cette terre enchantée, qui ne subit jamais l'outrage des hivers, qui porte sur la même branche et la fleur et le fruit, et, d'un arbuste, fait, en moins d'une année, un arbre gigantesque. Oui, c'est vraiment un autre monde, ce nouveau monde ! le rêve y prend un corps, l'idéal s'y réalise, et la vie éclate en manifestations sublimes sous toutes les formes du beau. Plus d'arbres aux troncs noueux, courbés, tordus, déjetés, difformes, obligés, pour croître, de lutter contre le vent, de se rabattre vers le sol, et de demandera la terre maternelle une protection et un appui. — Là, au contraire, tout croit librement, et librement émerge du sol fécond vers le ciel pur. Mais la beauté n'est pas le seul don fait par la nature à cette végétation tropicale ; elle a le fruit comme la fleur. Fruits sans nombre, et dont les infinies variétés répondent à tous les besoins ; les uns vous nourrissent de leur4 pulpe savoureuse ; les autres vous rafraîchissent par une acidité bienfaisante; telle plante ouverte par le fer laisse échapper de sa blessure généreuse une pleine coupe de boisson parfumée; telle autre vous rései^ve sa crème végétale ; celle-ci un pain tout fait, celle-là un véritable beurre, et tout cela est donné sans effort, sans culture et sans soin, spontanément produit par la seule force de la nature qui semble dire à l'homme : J'ai songé à tout, moi, ta mère féconde : repose toi dans mon sein. Je ne t'ai laissé que la peine de naître et le plaisir de vivre !

Aussi, quelle que soit d'ailleurs sa condition sociale, l'homme n'est jamais tout à fait malheureux sous ce climat béni... Dieu me garde de faire l'apologie de l'esclavage! l'esclavage est un attentat contre la dignité humaine, et il n'aurait pas d'adversaires plus convaincu que moi. Mais, il faut bien l'avouer, chez des maitres cléments, la condition du nègre était cent fois préférable à celle du prolétaire européen. Le nègre peut être le frère du blanc ; mais ce n'est pas son frère jumeau, et il y a entre les

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deux d'autres différences que celles delà couleur. Ce n'est pas seulement la nuance de la peau qui les distingue. Le nègre est un grand enfant, un être tout d'instinct, sous l'empire irrésistible de la sensation, appartenant tout entier au moment présent, à la chose qui passe, aux mille hasards de l'imprévu et de l'inattendu; ses impressions sont vives, mais fugitives ; jamais le rire ne fut plus près des larmes : dans la douleur, il hurle, il sanglote ; la seconde d'après, sa bonne face s'épanouit dans un rire franc, sonore et joyeux, et ses trente-deux dents illuminent de leur reflet blanc son visage sombre. Il aime tout ce qui brille, et l'éclat l'attire comme le miroir fait des allouettes. Tout ce qui parle aux sens agit, du reste, fortement sur lui ; on le mènerait au bout du monde avec un air de musique.

Les colons français ne déployaient point envers leurs esclaves les rigueurs trop justement reprochées aux Espagnols, aux Portugais et aux Américains. La facilité des mœurs créoles avait depuis longtemps répudié dans nos Antilles le hideux épouvantail des supplices. Le nègre né sur l'habitation était certain d'y mourir, après avoir vécu sans connaître ni le froid, ni la faim, ni la soif, ni l'angoisse de l'avenir, cent fois plus cruelle que la soif et la faim. Il se donnait le luxe d'une nombreuse famille, sans s'inquiéter du soin de la nourrir. Le maître était là, — n'était-ce point lui qui devait pourvoir à toute chose?

Dans cette rapide esquisse de nos colonies, gardons-nous d'oublier celles qui fournissent peut-être au tableau son trait le plus éclatant. Nous voulons parler des fillei de couleur.

Métis de l'Europe et de l'Afrique, ces belles créatures aux formes arrondies, à la chevelure bleuâtre et luxuriante, mollement ondée, arrivent parfois au plus splendide épanouissement de la fleur humaine. Sous leur front d'une pâleur mate, leurs yeux briK lent comme des escarboucles; leurslèvres ne se peuvent comparer qu'au corail humide, et quand elles s'entr'ouvrent, on voit par

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derrière étinceler récrîn des dents nacrées — les plus petites du monde. — Elles ont gardé delà race africaine je ne sais quel balancement de la taille souple en marchant ; leur costume, d'une simplicité coquette, fait tout valoir sans rien accentuer. La chemise, décolletée et brodée, est en fine batiste, à manches courtes ; la jupe aux vives couleurss'arrondilsur la jambe; le madras étage ses larges plis sur la belle chevelure, et monte tant qu'il peut. lia quarteronne appelle cela faire sa tète ! Des deux côtés tintent de grosses boucles d'oreilles ; sur le cou le collier d'or à gros grains fait trois ou quatre tours et retombe par devant.

Les quarteronnes s'attachent passionnément aux blancs, qui ne les valent pas; leur amour d'esclave semble fait surtout d'adoration. Toujours gaies, toujours contentes, elles donnent du plaisir à beaucoup, et ne font de peine à personne. Il serait à désirer, sans doute, qu'on pût leur inspirer un sentiment de moralité plus haute, et leur apprendre que tout fruit n'est pas bon à cueillir — même quand il est mûr.

Par cette initiation à la vie pure et régulière, on ferait des femmes dévouées, tendres et fidèles, de ces filles des tropiques, qui sont aussi les filles de l'amour, dont l'abord est un enchantement, et qui se montrent tendres sans plus se targuer de leur tendresse que de leur beauté : leur beauté, elles l'ont reçue et elles la donnent !

Le climat de TAmcrique n'a pas été sans influence sur l'organisme de l'Européen : il a relâché sa fibre et donné à l'être tout entier je ne sais quelle mollesse que l'on pourrait croire apathique. Mais ce transplanté de l'autre rive de l'Océan se féminise sans s'énerver, et on le retrouve tout entier au moment de l'épreuve, capable d'un effort terrible ; cet indolent qui redoute un rayon de soleil, joue sa vie pour un mot, pour un regard — pourrien. Généreuxjusqu'àla prodigalité, hospitalier, mais avec faste, dans un pays ou la vie est à bon marché, et où seul le

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luxe est cher, il s'entoure de luxe. La représentation devient un des besoins de sa nature expansîve et toute en dehors. Le créole a du moins les qualités de ses défauts; s'il a un peu de vanité, il a beaucoup d'honneur ; nulle part l'homme n'est plus esclave de la parole donnée; nulle part l'estime de soi, poussée peutêtre jusqu'à la vanité, n'imprime un tel cachet de grandeur aux actes les plus simples de la vie. Chez le créole, la sensation est toujours puissante, l'impression rarement durable. Sous son ciel de feu l'amour fleurit et les passions font rage. Son intelligence est vive, mais s'étendant plutôt en superficie qu'en profondeur, et s'épanouissant en grâce plus qu'en force. C'est moins l'âme qui se concentre pour créer que celle qui se répand pour embrasser davantage; elle est moins faite pour produire que pour s'assimiler sans peine et sans effort le travail des autres. La mémoire, la finesse, l'intuition et le goût du beau sous toutes ses formes, voilà les principaux dons qu'il a reçus de la nature. Ajoutez-y une sensibilité exquise, toujours prête à l'enthousiasme, et capable des plus nobles élans... Que ne pouvonsnous ajouter aussi la force qui s'empare du présent, la prévoyance qui prépare l'avenir, et la persévérance dans l'idée et la volonté, qui assure le succès des résolutions?...

Ne l'accusons pas trop vite de n'avoir pas tout cela, nous qui vivons sans l'avoir toujours davantage, dans un pays où vivre est un labeur, où l'homme, aux prises avec une nature ingrate, doit lutter chaque jour pour conquérir le pain du lendemain. Mais là-bas, par delà ces mers aux vagues bleues, que le soleil inonde de ses rayons d'or, sous ce ciel éternellement pur, au sein d'un monde vraiment nouveau, et qui fait éclater partout sa 'jeunesse inépuisée, ne condamnons pas à l'effort celui qui, sans chercher, trouve à portée de sa main la jouissance facile. Savons-nous bien ce que nous ferions à sa place?

On a beaucoup vanté la beauté de la créole. C'est un thème

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sur lequel l'imagination du poêle et du romancier a brodé toutes sortes de fantaisies et de variations brillantes. Plastiquement parlant, on peut dire que cette beauté n'existe pas ; il est rare, en effet, de rencontrer chez elle celte régularité des traits, cette correction des lignes, où les malti^s en esthétique reconnaissent les caractères de la vraie beauté. Mais, chez la créole, In beauté est remplacée par la grâce, « plus belle encore, » comme a dit le poète, par la grâce et par le charme.

Comme toutes les femmes qui appartiennent aux civilisations excessives et aux aristocraties oisives depuis des siècles, les femmes créoles ont acquis toutes les marques distinctives des races supérieures. Elles sont placées aux antipodes de la beauté plantureuse des quarteronnes leurs voisines, pour lesquelles leur dédain ne prend pas même la peine de se cacher. Elles sont presque toujours minces; le corsage s'épanouit sur la taille élancée, comme une fleur sur sa tige flexible. Leur chevelure est une de leurs beautés, lisse et abondante, fine et soyeuse; les mains n'ont jamais que douze ans, et les pieds, que n'ont déformés ni la chaussure ni la fatigue, sont si petits qu'il n'est jamais venu à l'idée de personne de croire qu'ils aient été faits pour marcher. Ils ont toujours l'air de vous dire : Portez-moi ! Hais l'irrésistible séduction de la créole, c'est le doux regard de son grand œil de veloui*s et de feu, tantôt voilé de molles langueurs, et laissant tomber sur vous les effluves de la tendresse, et tantôt lançant les éclairs brûlants de la passion. — Si le regard est une caresse, la voix est une musique; la parole, qui reste enfantine, désarticule les mots, \%s dé$otte en quelque sorte, pour les rendre plus coulants.

Telles devaient être, dans le monde antique, les filles de la molle lonie.

Ne vous fiez pas trop pourtant à cette apparente douceur. Nous ne sommes pas loin des tropiques, et les ouragans qui

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boulevei*sent les Antilies ne sont quezéphyrs auprès des tempêtes que soulève la poitrine de ces belles indolentes. Par bonheur, ces convulsions sont aussi passagères qu'elles sont terribles ; bientôt le calme renaît, et semble plus aimable encore après l'orage.

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