CHAPITRE XII
milieu d'un séjour vraiment trop actif. Au lieu des rues encombrées de la ville commerçante, au lieu de la poussière des ruines et des matériaux de la reconstruction, quelle joie de fouler les allées ombreuses d'un jardin semi-tropical, d'errer parmi les palmiers, les poivriers, les grands géraniums, parmi les arbres et les plantes rares dont nous ne pouvons que cultiver en serre les échantillons malingres, et qui s'étalent ici vigoureux, resplendissants de verdure, d'éclat et de senteur, sous ce climat toujours égal, — égal en sa douceur, — et qui se montrait, par cette fin d'été, aussi pur, aussi frais, aussi tendre, qu'il sait faire chez nous au milieu du plus beau mois de mai ! La grâce et la richesse de cette féconde nature me plongèrent en tel enchantement que je me laissai promener en voiture, tout l'après-midi, sur les boulevards de la cité et sur les routes sinueuses des collines, sans retenir, sans remarquer même les noms sonores, hérités de l'Espagne, que portent la plupart des villages, des torrents, des îles. Je me rappelle seulement le contraste des vallées fertiles avec les montagnes desséchées et aussi la joie de découvrir, à chaque tournant de route, des vues toujours différentes quoique toujours admirables. C'est en revenant avec mon P. Stark sur le chemin de fer de Sausalito, puis sur le grand ferry-boat, que j'écoutai les noms des îles Goaf, Angell, Alcatraz, cette dernière transformée en forteresse et hérissée de canons; le nom des hauteurs que nous avions parcourues, les Marine Hills; et le nom, "que je connaissais, celui-là, du mont Tamalpaïs, un des plus beaux points de vue qu'il y ait, certainement, dans le monde. Mon compagnon désigna aussi les villes qui se penchent, en cercle, sur les eaux de la royale baie, et il s'efforçait de m'apprendre à les distinguer : San v^nselmo, Casadero, Vallejo, San Pablo, Berkeley, Oakland.
Alameda, et combien d'autres ! Mais, au bout de peu de temps, le soir étant venu, j'avais cessé d'entendre mon ami; et une fois de plus je regardais le soleil se baisser solennellement entre deux falaises bleues, sous les tentures pourpres du ciel, pour faire sa belle entrée dans la mer toute scintillante d'or. Et je compris pourquoi ce portique superbe avait nom Golden Gâte (1).
Est-ce trop de descriptions ? Je commence à le craindre et m'en tiendrai là. Je ne raconterai donc pas mon voyage dans le San Mateo County, où j'étais allé voir, un peu rapidement, l'Université Stanford et le séminaire de Menlo Park. Assez d'établissements de ce genre ont pris place déjà en mes notes de voyage. Les deux que nous venons de nommer sont parmi les plus beaux. Stanford a battu le record des plus riches dotations, ayant été fondée, comme nous l'avons dit, par un don privé de 30 millions de dollars, 150 millions de francs (en 1891). Inutile, après cela, d'insister sur sa richesse d'installation et sur l'étendue de ses parcs (2). Les statistiques de 1907
(1) Porte d'or.
(2) A ne prendre que, d'une part, la valeur des terrains et des constructions, de l'autre celle du capital placé, et sans parler, par conséquent, du reste des biens meubles, voici, en dollars, des chiffres, relevés par les statistiques officielles de 1907, qui donneront quelque idée de la richesse des Universités et autres grands établissements scolaires aux Etats-Unis :
Capital placé Icrfains el poustructions
Columbia University (New- York) 22 189 765 12^ 000
Harvard University (Massachussets). 19 977 912 7 000 000 University of Pennsylvania (Pennsyl-
vania) 9 837 944 5 762 529
University of Chicago (Illinois) 8 639 297 7 184 677
Cornell University (New- York) 7 839 874 3 375 086