‹ L'Amérique de demainChapitre 125 sur 167 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

orateurs des conférences qui les intéressent et qui les instruisent, célèbre pour eux les offices du dimanche et y distribue un enseignement ^Taiment doctrinal. »

Mgr Riordan, au moment de mon voyage, était déjà passé de l'idée aux actes : il avait acheté, à côté de l'Université même, le terrain nécessaire pour bâtir chapelle, salle de conférences et maison d'aumônier. Et ce mouvement est général aux Etats-Unis; quelle que soit la nuance d'opinion ou de caractère qui distingue les évêques, tous résolvent de même un problème qui se pose en termes semblables : s'il est à désirer que les étudiants catholiques fréquentent leurs Universités propres, peut-on se désintéresser du grand nombre qui, en fait, s'inscrivent dans les autres ? Voilà pourquoi des aumôniers catholiques viennent d'être nommés à Cornell par l'évêque de Rochester, à Columbia par l'archevêque de New-York, à Madison par celui de Milwaukee.

Et nul ne s'étonnera de la sollicitude des chefs de l'Eglise pour ceux de leurs enfants qui sont appelés à exercer le plus d'influence ; mais il importe de remarquer que cette sollicitude, loin de rencontrer le moindre obstacle, trouve au contraire un concours empressé chez les recteurs ou présidents d'Universités, convaincus eux-mêmes, comme tous ceux qui exercent une magistrature quelconque aux Etats-Unis, que la religion est le plus fort auxiliaire de la morale publique et privée. M. Wheeler, par exemple, estima fort simple de m'inviter à prendre encore la parole, quelques jours après ma conférence, devant tous les étudiants, dans je ne sais plus quelle séance de rentrée; et, comme la brièveté du séjour m'empêchait de le faire, il s'adressa pour le même objet au P. Thomas Moore. Un mois plus tard, à New-York, le président de l'Université Columbia, M. Nicholas Murray Buttler, me demanda une série de confé-

rences religieuses qu'à mon vif regret la nécessité du retour m'obligea de refuser. Vers le même temps, à Harvard, j'entendis le président Elliott faire le discours de rentrée au cercle catholique de ses étudiants, et il assista à la conférence que je donnai moi-même dans une des salles officielles, à la demande du cercle français de son université. Si ce n'était trop les compromettre, ou me compromettre moi-même, j'avouerais bien qu'en France aussi je compte des amitiés dans le haut enseignement laïc. Que dirait-on à gauche, et que dirait-on à droite, si je recevais, si j'acceptais, de pareilles invitations de ce côté-ci de l'Atlantique?

Je reviens aux paysages de la baie de San-Francisco. Il me fut donné de les voir aussi en plein jour, dans une excursion à San- Rafaël. Ce nom lui-même, la similitude de végétation, la force, l'éclat et le parfum des fleurs, tout pouvait me faire croire que je voyageais, au printemps, sur notre côte d'Azur; et les hôtes charmants qui nous accueillirent, le P. Stark et moi, entretenaient encore l'illusion, familiers qu'ils étaient avec les coutumes et le parler de France, attentifs à me rappeler la patrie lointaine par les tableaux, les livres, les souvenirs qu'ils me laissaient voir, jusque par le menu même et par les vins de leur table. C'est un coin de France, et de la meilleure France, que cette villa Meadowlands, où les hommes, éditeurs du journal le plus important de San-Francisco, s'entendent en littérature et en art comme en politique, où les femmes ajoutent à l'énergie américaine la douceur catholique, où les jeunes filles sont des élèves de l'Assomption de Paris.

Ce fut pour moi la grande journée de repos au

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