‹ L'Amérique de demainChapitre 132 sur 167 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

exposé aux séductions de n'importe quels meneurs — des organisations régulières, puissantes, responsables, ayant des ressources à elles et capables de s'élever peu à peu à cette connaissance des conditions réelles du travail sans laquelle on ne peut espérer de discussions sérieuses ni de traités durables.

Je profitai de la rencontre de ce patron éclairé, pour lui demander ce qu'il pensait de l'extension du socialisme aux Etats-Unis et de ses chances de succès. Il convint que, dans la République américaine ainsi que dans les autres, la diffusion croissante des utopies économiques tient au fait que le peuple, légitimement anxieux de s'instruire des questions sociales, qui intéressent sa vie au plus haut degré, ne trouve guère pour lui en parler que des ignorants, des esprits faux ou des exploiteurs, alors qu'il importerait de mettre à son service, là encore plus qu'ailleurs, tout ce qu'on pourrait trouver de compétences et de dévouements. Mais il ajouta que, malgré cette fâcheuse abstention des gens éclairés, le socialisme rencontrerait toujours, aux Etats-Unis, un obstacle presque insurmontable dans la Constitution même. D'après elle, en effet, ce qui touche aux lois ouvrières rentre dans les questions laissées au contrôle de chacun des Etats ; et, sauf pour le petit nombre d'employés ou de travailleurs qui dépendent des pouvoirs fédéraux, le Congrès, ou à son défaut la Cour suprême, renverrait infailliblement aux Parlements particuliers toute discussion sur la limitation des heures de travail, sur les salaires, sur le travail des femmes et des enfants. Il n'y a donc pas, il ne peut même y avoir, aux Etats-Unis, de socialisme politique. Du reste, acheva mon interlocuteur, et je lui laisse la responsabilité de cette information, le Congrès de Washington ne compte pas un seul membre socialiste, et il n'en existe qu'un nombre négligeable chez les représentants ou les sénateurs des divers Etats.

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