‹ L'Amérique de demainChapitre 139 sur 167 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

le plus bel avenir s'ouvre donc aux relations d'affaires et aux rapports d'amitié ».

Et il en serait peut-être ainsi, en effet, si tout dépendait du commerce et de la politique ; s'il n'existait pas aujourd'hui des nécessités sociales d'un ordre plus profond, plus irréductible ; si, les diplomates et les négociants ayant mis d'accord leurs visées ou leurs intérêts, il ne restait pas à satisfaire aux aspirations et aux besoins du monde qui travaille, du peuple en quête de pain suffisant et de meilleures conditions de vie. En réalité, depuis un an ou deux, le gouvernement de Tokio, pour complaire à celui de Washington, avait bien pu déclarer que l'émigration de ses nationaux serait détournée de l'Amérique et dirigée vers la Corée, Formose, la Mandchourie ; cela n'avait guère ralenti leur mouvement vers les îles Hawaï, ni vers la côte américaine. Et, de son côté, le gouvernement de Washington pouvait bien rappeler l'énergie de son attitude envers les menées antijaponaises de San-Francisco, ou même promettre pour l'avenir plus d'énergie encore ; il restait à savoir jusqu'à quel point les habitants de l'Ouest consentiraient à en tenir compte.

Le doute, sur ce dernier point, ne dura pas longtemps. Dès le commencement de janvier 1909, six semaines après la remise du mémorandum, on apprenait que des projets de loi étaient soumis aux Chambres de Californie pour interdire aux Asiatiques, Japonais compris, de posséder des immeubles dans cet Etat, d'être trustées de corporations, c'est-à-diie membres de conseils d'administration, enfin, comme en 1906, d'envoyer leurs enfants aux mêmes écoles que les blancs. La presse de Tokio, sans se départir d'un grand sang-froid, déclara que le vote de pareilles mesures n'irait évidemment pas sans mettre en péril l'entente qui venait de s'affirmer. M. Roo-

sevelt télégraphia au gouverneur de Californie qu'il eût à user de tout son pouvoir pour empêcher le vote des projets et, s'il le fallait, à y apposer son veto; il insista sur le récent accord, qu'on allait compromettre, et dont l'un des avantages devait être, justement, d'empêcher l'immigration en masse des ouvriers japonais. La législature, très républicaine et fort attachée à M. Roosevelt, s'empressa de lui céder sur deux des bills en question, ceux qui interdisaient aux Japonais le droit de posséder des terrains et d'exercer les fonctions de trustées. Mais elle vota, au début de février, le bill sur les écoles séparées, qui était bien le plus blessant de tous pour l'orgueil nippon. Le gouverneur protesta et demanda qu'on revint sur ce vote; le Président menaça de le faire annuler, comme anticonstitutionnel, parla Cour suprême des Etats Unis. Enfin, après plus d'un mois d'agitations passionnées, M. Roosevelt l'emporta encore, et le 12 février, par 41 voix contre 37, la Chambre californienne, se déjugeant comme malgré elle, rejeta le bill provocateur. Mais on voit à quel petit nombre de suffrages avait tenu la victoire de l'intérêt national sur les passions particulières. Il est à noter, de plus, que l'émotion s'était répandue assez pour que les Chambres du Nevada eussent encouragé de leurs votes celles de Californie à demeurer intransigeantes, et pour que des propositions antijaponaises fussent également soutenues dans les Chambres de l'Oregon, de l'Idaho, voire du Nebraska. C'était donc tout l'Ouest qui menaçait de prendre parti contre les Japonais et de leur refuser des droits accordés sans nulle distinction à n'importe quels émigrants de race blanche, cela, nous le répétons, au début de 1909, immédiatement après l'échange de notes très amicales entre Tokio et Washington.

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