‹ L'Amérique de demainChapitre 138 sur 167 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

Du baron Takahira à M. Root :

Washington, 30 novembre 1908.

Monsieur,

L'échange de vues qui eut lieu entre nous lors des récents entretiens que j'eus l'honneur d'avoir avec vous, a démontré que le Japon et les Etats-Unis, ayant d'importantes possessions insulaires dans l'Océan Pacifique, les deux pays poursuivent un but, une politique et des intentions communs dans cette région. Croyant qu'un exposé loyal et réciproque de ce but, de ces intentions et de cette politique non seulement tendrait à fortifier les relations d'amitié et de bon voisinage qui existèrent de tout temps entre le Japon et les Etats-Unis, mais encore contribuerait matériellement au maintien de la paix générale, le gouvernement impérial du Japon m'a autorisé à vous soumettre cet aperçu de son interprétation desdits but, politique et intentions communément poursuivis :

1° C'est le désir des deux gouvernements d'encourager le libre et paisible développement de leur commerce sur l'océan Pacifique.

2° La politique des deux gouvernements, sans se laisser influencer par aucune tendance agressive, est dirigée vers le maintien du statu quo dans la région susmentionnée et vers la défense du principe des chances égales pour le commerce et l'industrie de toutes les nations en Chine.

3° Ils sont ensemble fermement résolus au respect réciproque des possessions territoriales qui appartiennent à chacun d'eux dans ladite région.

4° Ils sont aussi déterminés à garantir les intérêts communs de toutes les puissances en Chine en soutenant, par tous les moyens pacifiques à leur disposition, l'indépendance et l'intégrité de la Chine ainsi que le principe des chances égales pour le commerce et l'industrie de toutes les nations dans cet Empire.

5° Si quelque événement vient à menacer le statu quo tel qu'il est défini ci-dessus, ou le principe des chances égales comme il est mentionné, il reste aux deux gouver-

nements à se mettre en rapports, afin de s'entendre sur les mesures qu'ils pourront juger utile de prendre.

Si ce plan concorde avec les vues du gouvernement des Etats-Unis, je serai heureux d'en recevoir de vous la confirmation.

De M. Root à M. Takahira :

Excellence,

J'ai l'honneur de vous accuser réception de votre note d'aujourd'hui indiquant le résultat des échanges de vues qui eurent lieu entre nous lors de nos récents entretiens et définissant l'entente des deux gouvernements en ce qui concerne leur pohtique dans les régions de l'océan Pacifique. C'est pour moi un plaisir de vous informer que cette expression mutuelle est des plus agréables au gouvernement des Etats-Unis ; car elle est la résultante des heureuses relations entre les deux pays, et elle fournit l'occasion d'une affirmation concise et mutuelle de la politique commune que les deux gouvernements ont si fréquemment déclaré poursuivre en Extrême-Orient.

Je suis heureux de pouvoir confirmer à Votre Excellence de la part des Etats-Unis la déclaration des deux gouvernements.

Et le secrétaire d'Etat reprend ici à son compte, mot pour mot, les cinq propositions mentionnées par l'ambassadeur.

Ainsi les deux gouvernements sont parfaitement d'accord en tout ce qui concerne le développement de leur politique et de leur commerce « dans la région de l'océan Pacifique ». L'Europe applaudit à cet arrangement ; il recueille l'approbation de la presse américaine, des journaux japonais. L'ambassadeur du Mikado déclare officiellement « que ce qui vient de s'accomplir est une transaction entre loyaux amis, qu'il a l'espoir sincère de voir les deux peuples partager la confiance mutuelle des gouvernements, que

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