‹ L'Amérique de demainChapitre 143 sur 167 · CHAPITRE XIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIII

téresse pas les Japonais des Etats-Unis, si ce n'est dans la mesure où elles touchent à leurs affaires privées. Et si l'on suppose qu'un jour ils y veuillent prendre part, ce sera pire encore; ils y apporteront des idées, des préoccupations et des intérêts qui ne sont pas ceux des Américains. Devenus citoyens, par une hypothèse qui est encore loin de se réaliser puisque très peu d'entre eux semblent désirer ce titre et qu'on le leur refuse, devenus citoyens et fixés çà et là, comme ils y ont tendance, en des groupes compacts et fermés, ils constitueront, au cœur du pays, comme autant de forteresses d'un peuple étranger, odieuses en temps de paix, dangereuses en temps de guerre.

Et qu'on ne dise pas qu'en regard des 80 millions d'habitants que compte la République, leur nombre même, 140 000 peut-être, suffît pour qu'ils ne puissent nuire. Sans compter que cette petite colonie s'appuiera, dans ses diffîcultés, sur le grand Japon, elle ne laisse pas d'être en elle-même fort appréciable pour le peu d'années qu'elle a mis à se réunir; et, d'autre part, ce n'est pas à la population totale des Etats-Unis qu'il convient de la comparer, mais à la population encore si peu dense de la Californie, de l'Oregon, du Washington, où les jaunes se concentrent et où ils ont, en somme, plus facile accès par mer que les Yankees de l'Est par voie continentale. Est-ce qu'aux îles Hawaï, cette position avancée et indispensable des Etats-Unis dans le grand Océan, refuge et halte nécessaire de la flotte en cas de guerre, les Japonais, à eux seuls, n'étaient pas en 1905 dans la proportion inquiétante de 31 735 sur 48 229 habitants, alors que dans ce total ne figuraient pas plus

balance l'action de la Chambre populaire. Jusqu'ici, du reste, les deux s'entendent assez bien.

de 1 006 Américains ? n'est-il pas, en réalité, formidable que les citoyens de l'Union y représentent 2 pour 100 de la population, et les sujets du Mikado 65 pour 100, c'est-à-dire trente fois plus (1) ? La proportion, sans doute, dans l'ensemble des Etats-Unis, est en sens contraire; mais il ne faut pas se dissimuler que cette situation heureuse est déjà compromise, et que le pourcentage des jaunes augmente rapidement, la population blanche croissant avec trop de lenteur, surtout en Californie. Exemple inquiétant, les Chinois, malgré les lois d'exclusion, augmentent d'année en année ; ils passent par le Mexique, par le Canada, et trouvent, pour la plupart, quelque moyen de fournir la preuve, nécessaire à leur admission, qu'ils sont nés aux Etats-Unis ; d'après le calcul d'un juge fédéral, le nombre de ces assertions supposerait, pour être conforme aux réalités, que chaque Chinoise, vivant en Amérique il y a vingt-cinq ans, y eût mis au monde plus de 500 enfants ! Que sera-ce des Japonais, s'il leur est loisible d'entrer sans aucun obstacle ? Arrivés depuis très peu d'années, ils forment déjà, pour ne parler que des villes, des colonies qui atteignent le chiffre approximatif de 10 000 à San-Francisco, de 7 000 à Seattle et à Los-Angeles, de 4 000 à Oakland ; ou, si l'on veut une indication de leur activité, ils possédaient en Californie 224 magasins en 1904, 376 en 1905, 561 en 1906; et le nombre des restaurants exploités par eux était passé en deux ans de 98 à 198; celui des auberges, de 245 à 462.

C'est qu'on a beau ne pas les aimer, on a besoin d'eux ! Devant les immenses possibilités du commerce, de l'industrie, et surtout de la culture, la main-

Ci) Encore faudrait-il déduire du chiffre américain de 1906 quelques Européens, et rapprocher du chiffre japonais de 31 735 celui de 4 409 Chinois et de 4 683 Coréens.

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