CHAPITRE III
mais nul ne s'opposera à ce que pour eux-mêmes ils le complètent dans leur culte et dans l'expression de leur croyance.
Une salle particulière, Normal Hall, est consacrée à étudier la Bible et à préparer les maîtres des écoles du dimanche, ce qui était le but primitif et demeure le but essentiel de l'institution. Pour le rendre plus facile à atteindre, on avait même, dans les premières années, arrangé un « modèle de la Palestine », reproduction topographique de la Terre sainte. Cette miniature en pierre et en sable n'avait pas moins de cent mètres de longueur et marquait assez bien les montagnes, les villes, le lac de Tibériade, le torrent du Cédron, la mer Morte, tous les paysages sacrés. On ne l'a pas entretenue et elle est remplacée avantageusement par un bel édifice de style grec, appelé Aula Christi, la maison du Christ, dont l'architecte, Paul J. Petz, est le même qui a construit la fameuse bibliothèque du Congrès, à Washington. Une nef centrale de soixante-dix pieds se termine par une plate-forme au fond de laquelle une grande arche attend la statue du Christ; ce sera probablement, et il faut le souhaiter, une copie du chef-d'œuvre de Thorwaldsen. On ne fera point de cérémonies proprement cultuelles dans Aula Christi ; on y tiendra toutes les réunions scientifiques, morales, artistiques, on y donnera tous les discours, leçons ou concerts, dont l'objet sera de faire connaître et aimer la vie, les paroles, les actes, l'esprit, l'influence permanente du Maître Divin. Dans une des deux ailes latérales seront rassemblés tous les travaux sur la vie de Jésus. Les œuvres d'art qui le rappellent et le glorifient orneront le reste de l'édifice. Les vitraux retraceront les scènes évangéliques : « Là, dit John H. Vincent, chacun pourra, tous les jours, à toute heure, s'instruire de ce que le Christ a dit et fait... Ce sera l'édi-
fîce central de Chautauqua, et il symbolisera devant le monde ce qui sert d'inspiration et de soutien à l'ensemble de nos efforts. »
Faire pénétrer l'idéal religieux dans toute la conduite, dans les -actes même les plus humbles, instruire pour enseigner à vivre, et cela sans distinction d'âge, de profession, ni de fortune, tel est, en effet, le but élevé que poursuit l'école de Chautauqua et dont l'on ne saurait dire qu'elle se soit jamais écartée. Quel meilleur idéal pouvait-elle, dès lors, proposer à ses foules d'adhérents que la personne et les œuvres parfaites de celui qui est venu, a-t-il dit lui-même, pour que les hommes possèdent la vie et toujours plus de vie ?
Le succès de Chautauqua et des œuvres similaires est un des faits qui honorent le peuple d'Amérique. Que chaque été une population de plus de dix mille personnes et qui se renouvelle (1), vienne librement s'adonner à une discipline si haute; que l'année durant, par centaines de mille, des gens de toute profession, sur toute la surface du pays, se tiennent en rapports avec l'institution pour apprendre d'elle quels ouvrages lire et, s'il est possible, quels maîtres écouter; que cette œuvre, en même temps, reste désintéressée malgré le budget qu'il lui faut manier et garde une inspiration religieuse tout en pratiquant la plus parfaite tolérance; qu'elle s'impose, par une telle conduite, à l'admiration et aux encouragements de tout ce que la nation compte d'hommes éminents dans tous les domaines de l'action ou de la pensée (2),
(1) En 1908, trente-cinquième année depuis la fondation, 50 000 personnes sont venues à Chautauqua et ont bénéficié d'une partie des conférences, concerts, lectures et spectacles; plus de 2 700 se sont fait inscrire à un ou à plusieurs des enseignements réguliers.
(2) Parmi les orateurs qui se sont fait entendre à Chautauqua, nous pouvons citer les présidents jMac-Kinley, Roosevelt et