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C'est le cas, aux Etats-Unis, dans presque toutes les grandes écoles, et cela, en général, sans subventions des pouvoirs publics.
Ghautauqua, du reste, n'a rien d'une affaire et, si le travail y est rétribué, le capital ne l'est pas. Toutes les recettes servent à réaliser de mieux en mieux les fins supérieures de l'œuvre. Il y fallait des maîtres : on a fait venir des Universités et collèges d'Amérique, parfois de plus loin, les compétences nécessaires. Il y fallait des bâtiments scolaires : on en a construit de toutes les dimensions, mais sans manquer à l'élégance ni à l'économie. Il y fallait une propriété stable, grande, plaisante et saine : on en a acheté une de deux cent cinquante-neuf acres, couverte d'arbres et de gazons qui en forment un parc naturel. Un hôtel s'est élevé, qui peut loger trois cents personnes; soixante chalets et pensions sont autorisés par l'Institution à recevoir les autres habitants. La population varie de douze et même quinze mille en été à cinq cents pendant l'hiver.
L'ensemble forme une vraie cité avec les services ordinaires de voirie, les eaux, le gaz, l'électricité, les messageries, la poste, le télégraphe, le téléphone, une imprimerie, un journal scolaire : tous les avantages de la vie urbaine, dans le cadre de la vie rurale. Il y manque des cabarets, des théâtres, des bals publics,
pour deux, douze dollars pour trois. Par cours complet, on entend l'enseignement d'une même matière pendant six semaines, à cinq jours par semaine. Il existe des demi-cours et toutes sortes d'autres combinaisons. Les droits d'entrée sont de quatre dollars pour un mois et de six pour la saison. Les frais de pension varient de quatre dollars par jour à six dollars la semaine. On obtient l'enseignement gratuit contre certains services d'employé de bureau ou môme de portier. La plupart des servants d'hôtel, hommes ou femmes, sont des étudiants qui gagnent ainsi de quoi profiter des cours. Us ne sont jamais traités autrement que les autres. J'ai sous les yeux la photographie de leur groupe; il n'en est pas de plus charmante dans l'album, ^ j
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des jeux de hasard, des mendiants, des camelots, des politiciens, des ivrognes et un certain nombre d'autres raffinements; mais l'administration ne les tolère pas, et rien ne se fait dans cette moderne Salente sans sa permission. Ce n'est pas ici, en effet, une communauté socialiste, ni un phalanstère; c'est un établissement d'éducation, enregistré comme tel par l'Etat de New- York, une « corporation » ou association reconnue, avec le but spécial « de promouvoir le bien intellectuel, social, physique, moral et religieux du peuple ». Les administrateurs et le bureau qu'ils élisent sont maîtres absolus de faire tout ce qu'ils jugent propre à servir cette cause. L'Etat, loin de les troubler, ne connaît leur œuvre que pour la récompenser de ses services en l'exemptant des impôts communs. Quant aux habitants, qu'ils soient jeunes ou vieux, seuls ou en famille, ils sont traités comme des étudiants. Ils doivent cesser tout bruit après que les cloches ont sonné le couvre-feu. Ils ne pénètrent à l'intérieur de la barrière, très sévèrement close, qu'en montrant leur carte d'admission ; et, ce qui paraît d'abord étrange, ils ne peuvent sortir sans eoceat ou bien ils sont obligés de payer de nouveau le droit d'entrée. Il n'y a d'exception que pour raisons très sérieuses et, régulièrement, le dimanche, pour aller au service religieux de sa « dénomination » quand elle n'est pas représentée à Chautauqua. Les visiteurs ne sont pas plus facilement admis que dans un collège à la française.
Tant do précautions ont leur raison d'être. Chautauqua n'est pas une ville d'eaux. Les simples curieux en doivent être bannis. Ceux-là seulement qui veulent en profiter sont des hôtes « désirables », et ils n'ont pas, eux, à se plaindre. Aucun divertissement honnête ne leur fait défaut. Base hall, canotage, natation, tennis, jeux de boules, courses et. jeux athlétiques,
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tous les sports sont représentés. Il ne manque ni soirées musicales, ni séances dramatiques, ni fêtes publiques, ni excursions (il en existe de régulières pour le Niagara). Mais l'instruction elle-même fait le plus grand attrait de la vie. Sans être jamais imposée, elle s'offre à tous, partout et toujours, sous les formes les plus variées et les plus séduisantes. Chacun peut apprendre ce qui lui plaît; et, s'il se rencontre quelqu'un à qui vraiment rien ne plaise dans les deux cents cours qui sont distribués, depuis les matières d'enseignement supérieur jusqu'aux travaux manuels pour enfants, il est à présumer que ce mortel difficile ou plutôt inintelligent quittera volontiers Chautauqua pour une plage à la mode ou quelque bruyante villégiature.
Quoi qu'on désire de légitime, on trouve un arrangement qui y correspond ou, tout au moins, des compagnons pour l'organiser. Il existe des clubs pour hommes, pour femmes, pour jeunes gens, pour jeunes filles, pour enfants — et je dii-ai « pour beaucoup d'autres », en ce sens que les mêmes personnes se regroupent et s'entre-groupent, indéfiniment, par pays, par profession, par goûts, au besoin même par âge, puisqu'il existe un club des octogénaires, dont les membres varient de six à douze.
On se groupe encore par cultes, si l'on veut. Il y a un quartier des clenominational houses, ou maisons confessionnelles, qui ne comprend pas moins de neuf établissements divers. Des services particuliers s'y célèbrent chaque dimanche matin à dix heures. Des oflices communs ont lieu, le même jour, à onze et cinq heures, dans le grand amphithéâtre, qui peut contenir cinq mille deux cents personnes. Une chapelle proprement dite, qui est aussi commune, sert, pendant la semaine, à la prière du matin et à des enseignements d'ordre religieux. Les catholiques, assez peu nombreux, vont entendre la messe au dehors ;
faute d'un clergé suffisant, l'évêque de BufTalo, sollicité d'accorder un prêtre, n'a pu y consentir que deux ou trois fois.
L'institution, bien que fondée par un évêque méthodiste, traite toutes les confessions, jusqu'aux Unitariens, avec le même respect et la même tolérance. Elle n'est pas undenominational, mais alldenominational ; elle n'est pas en dehors des dénominations, elle les admet toutes. Les incrédules seuls, sans être l'objet d'une inquisition, se trouveraient mal à l'aise dans cette atmosphère sincèrement religieuse; et je pense qu'ils s'en écartent d'eux-mêmes. Le fondateur, John H, Vincent, analysant les principes de l'institution, déclare que Chautauqua repose en premier lieu sur l'idée que l'éducation est l'œuvre de toute la vie; et il ajoute immédiatement : « Le vrai fondement de l'éducation est religieux. La crainte du Seigneur est le commencement de la sagesse. Il faut, avant tout, admettre l'existence de Dieu et ses droits sur nous comme êtres moraux ; l'unité et la fraternité de la race, avec tout ce qui en découle ; l'harmonie entre nous et ce qu'est Dieu, prise comme idéal de la vie pour le temps et l'éternité ; la poursuite et le bon usage de toute science capable de nous développer ; l'accroissement d'un amour respectueux envers Dieu et de la disposition à se sacrifier, à travailler de bon cœur pour le bien-être de l'humanité (1). »
Or, il ne s'agit point là de cette abstraction, de ce rêve, qu'on appelle religion naturelle. Ce qui est enseigné et pratiqué à Chautauqua, c'est la religion révélée de la Bible et de l'Evangile, ce sont les vérités communes à tous les chrétiens; et, sans nui doute, les catholiques trouveront cet enseignement incomplet,
(1) The Chautauqua Movement, p. 10 (Boston, Chautauqua Press, 1886, un vol. in-S».)