‹ L'Amérique de demainChapitre 47 sur 167 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Si la maison n'avait pas de nègres, elle avait une négresse, une bonne vieille négresse qui nous servit à table d'un air maternel, étalant dans un bon sourire ses énormes dents blanches, et pittoresque au suprême degré avec sa jupe noire, son caraco blanc tacheté de pois bleus, son mouchoir rouge autour de la tête. Je n'ai pas pris note du menu, très simple, mais je me rappelle que tout le monde but de l'eau et qu'à la fin seulement la négresse nous offrit le choix entre une tasse de café et un verre de lait. Après déjeuner, nous passâmes au salon, où l'on exécuta des chants assez gais. Je réclamai l'hymne universitaire. Tous se levèrent, et entonnèrent gravement :

To night we gladly sing the praise Of her who owns us as her sons; Our loyal voices let us raise And bless her with our benisons Of ail fair mothers fairest she, Most wise of ail the wisest be, Most true of ail the true, say we, Is our dear Aima Mater (1).

Ils achevaient la troisième strophe, et je me sentais tout ému de ces accents solennels et presque religieux, lorsque tout d'un coup s'éleva un vrai cri de sauvages : Chicago! Chicago! Chicâgo-go! Et je vis le chien Mie, très recueilli pendant l'hymne, qui se mit à gambader

adversaires des Fraternités (quelle institution n'en a pas?) leur eprochent de céder parfois à l'esprit de coterie et de n'être pas toujours assez démocratiques.

(1) « Joyeusement ce soir nous chantons les louanges

De celle qui nous compte parmi ses enfants ;

Elevons nos voix loyales.

Et comblons-la de nos bénédictions.

De toutes les douces (belles) mères la plus douce (belle).

De toutes les sages la plus sage,

De toutes les sincères la plus sincère, nous le disons,

C'est notre chère Aima Mater. »

dOO L'AMÉRIQUE DE DEMAIN

et à hurler, guère moins humainement que les autres : Chicâgo-go!

Delta Upsilon est, avec Delta Kappa Epsilon, la fraternité la plus répandue dans l'Est, alors que, dans l'Ouest, c'est Bêta Pi Phi. Elle compte, au total, pour 20 fraternités, 989 « chapitres » en activité, dont 351 dansl'Est, 319 dans l'Ouest, et 304 dans le Sud. Mais je crains qu'une telle statistique dise peu de chose au lecteur, et je me borne à ajouter que Delta Upsilon est la fraternité qui, depuis vingt-cinq ans, a gagné le plus de chapitres ; elle en possède dans presque toutes les universités d'Amérique, ainsi qu'à Montréal et à Toronto. Elle a des clubs et des associations dans la plupart des villes importantes. Elle publie, sous la direction de son conseil exécutif, une revue trimestrielle de plus de cent pages, un annuaire statistique, un catalogue décennal, un cahier de chants particuliers, le compte rendu de ses congrès annuels. A ces assemblées, qui réunissent vétérans et nouvelles recrues, l'on remarque parfois des personnages d'importance, tels, par exemple, que M. David S. Jordan, président de l'Université Stanford, ou M. Charles E. Hughes, gouverneur de l'Etat de New-York. Ces hommes éminents ne ménagent pas les exhortations à leurs jeunes confrères, et il semble bien que ceux-ci soient disposés à en tenir compte. Le Bulletin de Delta Upsilon pour septembre 1907 publie en première page quelques lignes énergiques où M. Jordan déclare que les fraternités ne peuvent faire de bien que si elles sont composées de travailleurs et de caractères forts; c'est à elles, dit-il, qu'il appartient de promouvoir au collège la vraie démocratie, celle qui consiste à n'estimer les gens que suivant leurs œuvres et à laisser de côté, — pauvres ou riches, il n'importe, — les médiocres et les lâches. Le petit manuel de la fraternité cite en épigraphe ces paroles prononcées au ban-

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