VISITES A PEORIA ET A OMAHA
Teoria depuis quatre ans. — La maladie de Mgr Spalding. Sa philosophie de la douleur. — « Club de campagne. » — Tous mes plans bouleversés par M. Petry. — Quatre mille kilomètres de plus. Vaines protestations de mon « séminariste )>. — Omaha, l'une des « villes de viande ». — Commerce et prospérité. — Quarante milliards de récoltes par an. — L'Université Creighton. — Un saint de vitrail sur le rocking-chair. — Floraison de cathédrales.
Peoria et Mgr Spalding, « une petite ville et un grand évêque », comme je les ai appelés naguère sans que ni l'un ni l'autre m'en ait tenu rancune, m'avaient laissé tous les deux de trop chers souvenirs, pour que j'admisse un instant l'idée de ne pas les revoir. C'était, du reste, une visite facile à placer durant le séjour de Chicago, l'affaire seulement de 500 kilomètres aller et retour. Comment ai- je pu, il y a quatre ans, m' abandonner à tant de mélancolie lorsque je quittai ces rives de l'IUinois et penser qu'elles étaient par trop éloignées de la Seine ? C'était bon autrefois, de compter comme un obstacle de pareilles distances.
Peoria continue de se développer de façon normale, augmentant à peu près chaque année d'un trentième la statistique de sa population, de ses affaires, de ses écoles, de tous les signes extérieurs de sa vie. Elle justifie de plus en plus la bonne opinion de ses amis.
Ils l'aiment tant comme elle est qu'ils ont plutôt peur de la voir trop grandir, et ils ne prévoient pas sans une sorte de crainte l'époque prochaine où des canaux gigantesques en feront un lieu de transit entre les bords du Michigan et le Pérou, entre le lac des Hurons et la Chine, où l'on ira de Chicago à Yokohama, à Shanghaï, par l'Illinois, le Mississipi, Panama et le Pacifique. Peoria port de mer ! qu'eussiez-vous dit de cela, ô La Salle et Marquette, lorsque vous y abritiez avec précaution votre pirogue dans les roseaux? Le peu que j'ai, cette fois, à découvrir de la cité, m'est signalé avec complaisance par les journaux toujours à l'affût du visiteur étranger : « Notre hôte, dit en riant l'un d'eux après avoir rappelé avec bienveillance mon ancienne description (1), notre hôte remarquera sans doute que la vie est ici plus intense que jamais, grâce à la vitesse et au nombre croissant des automobiles, à la rareté des domestiques et à l'augmentation des magazines qu'il faut lire chaque mois. Il ne lui échappera pas que nous possédons de nouvelles fabriques de whiskey, signe que la nation est de plus en plus altérée. Il trouvera les propriétaires de nos vieux quartiers toujours aussi attachés à leurs constructions branlantes, le caractère moral de la ville bien amélioré depuis les récentes condamnations, M. Patterson Prowse en train de renouveler le stock de ses plaisanteries, la bibliothèque parvenue au delà de ses cent mille volumes, le cent millième étant juste le Pays de la vie intense (2). » La vanité et la paresse réunies m'incitent victorieusement à
(1) V. Au Pays de la Vie intense, chap. vin : « Une petite ville et un grand évêque. »
(2) Ces lignes du Peoria Herald Transcript (30 juillet 1907) sont écrites par M. Geo Fitch, humoriste de talent, spécialement remarqué par ses articles du Ladies Home Journal : New- York en automobile, Boston en automobile.