‹ L'Amérique de demainChapitre 91 sur 167 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

cette seule année, à 486 220 021 dollai's. Que ces établissements réussissent, au reste, dans tout l'Etat de Washington, leur nombre seul l'indiquerait ; il y en avait 221 en 1905, 265 en 1906; en 1908, malgré la crise, ils arrivaient à 272 et recevaient en dépôts 25 millions de dollars, la dix-septième partie du chiffre total des Etats-Unis (331 562 680). En pays neuf surtout, la prospérité des banques est étroitement liée à l'ensemble des affaires : l'agriculture, l'industrie, l'exploitation des forêts et des mines, le commerce, la navigation marchande, rien ne peut se passer d'elles ; et, d'autre part, elles ne peuvent elles-mêmes réussir d'une façon durable, quelle que soit l'habileté de leurs directeurs, que si elles inspirent confiance par leur honnêteté et si elles opèrent sur une richesse vraie.

Or, c'est une richesse vraie, on peut certes le dire, que celle qu'exploite Seattle, une richesse qui repose sur une situation étonnamment favorable et sur des ressources naturelles dont, si loin qu'on regarde dans l'avenir, rien ne donne à prévoir l'épuisement.

La position géographique de Seattle n'en fait pas uniquement le centre du jeune Etat de Washington, mais le point de rencontre le plus naturel entre tout le nord-ouest des Etats-Unis, cette opulente réserve de mines, de pâturages, de forêts, de pêcheries, qui vient seulement de s'ouvrir à l'exploitation, et les régions surpeuplées de l'Extrême-Orient où s'offrent aux échanges commerciaux cinq ou six cent millions de producteurs et de consommateurs. Même quand sera terminé le canal de Panama, le négoce de l'Amérique avec le Japon, la Sibérie, la Chine et l' Indo- Chine se fera avantageusement par le Puget-Sound, Ce fjord est, en effet, bien plus rapproché de l'Asie; et il offre, sur une étendue de plus de mille kilomètres, tous les avantages des mers intérieures, tandis

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que, grâce à son étroitesse relative et à ses détours, il se trouve préservé de n'importe quelle tempête. Or c'est sur une large baie de ce fleuve marin que Seattle développe, du côté ouest, la ligne toujours extensible de ses quais et de ses docks. Derrière, et parallèlement, viennent les rues animées du quartier des affaires. Plus loin, du côté de l'est, sur les flancs de jolies collines ou au bord de lacs transparents (1), se construisent, le long d'avenues plantées d'arbres, des résidences entourées de pelouses et de fleurs. Et de même que la mer offre au développement des quais un interminable rivage, le sol, jusqu'à présent inoccupé, ouvre aux faubourgs et aux parcs un espace sans limite.

Mais les faveurs de la nature ne s'arrêtent pas là. En même temps que l'opulence commerciale, les eaux du fjord apportent à Seattle la douceur d'un climat tempéré, attiédies qu'elles arrivent par le courant océanique du Kouro-Shivo. Et la terre, elle non plus, ne veut pas se borner aux productions utiles. Quand les habitants de Seattle rentrent fatigués, le soir, en leurs villas de la colline, leurs yeux charmés voient descendre le soleil sur des eaux miroitantes et des îles de verdure, tandis que, de tous les autres points de l'horizon, à l'est, au sud, au nord, des monts de plus de trois et quatre mille mètres dessinent leurs grands profils d'ombre ou font briller leurs coupoles de neige...

En vérité, il faut faire effort pour ne se laisser pas gagner à l'enthousiasme des heureux citoyens de Seattle, et volontiers on leur accordera que, le monde ayant presque toujours vu ses cités les plus magnifiques se développer au bord d'une mer intérieure,

(1) Ces lacs d'eau douce sont au nombre de trois : le lac Union au centre de la ville, le lac Vert au Nord, le lac Washington à l'Est,

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