‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 25 sur 66 · I.E TKENT. l-ÎS · texte numérisé non relu

I.E TKENT. l-ÎS

la valeur des principes et sur l'importance des intérêts qu'on immole en les méconnaissant. Autant il est vrai que la justice engendre la paix, autant il est vrai qu'on marche à la guerre, je ne dis pas assez, à \ état de guerre^ aux haines durables et vivaces, quand on foule aux pieds le droit et quand on fait violence aux sympathies.

Je n'aurai donc garde.de négliger un sujet dont l'importance est capitale. S'il ne s'agissait que du passé, on devrait le négliger peut-être, quoique les enseignements du passé aient leur prix ; mais il s'agit aussi de l'avenir. L'affaire du Trent, qui a failli tout perdre, sera, qui sait? le moyen providentiel de tout sauver. Elle a été comme une grande liquidation de la politique anglaise en Amérique. On s'est expliqué, on a vu où on allait, les conclusions pratiques se sont brusquement placées à côté des théories. Les deux pays, en même temps, ont appris à se mieux connaître : au lieu de ce gouvernement à la dérive qu'on nous dépeignait, nous avons rencontré à Washington un gouvernement éclairé, prudent, fort éloigné de recevoir ses ordres de la rue. En apprenant à se défier des descriptions qu'on lui avait présentées, l'opinion anglaise a reconquis la liberté entière de ses jugements. Qui sait si la répression de la révolte est réellement impossible? qui sait si l'esclavage n'est réellement pas en cause? Des questions de tout geni-e se sont posées, le réveil s'est opéré, la vraie Angleterre a païu.

On se serait éveillé à moins. Après avoir cru pendant une année qu'il n'était question que de bouder l'Amérique, on s'apercevait tout k coup qu'il était question de lui déclarer la guerre; un ultimatum, venait de partir pour Washington.

Entre grandes nations, entre nations sœurs, c'était là un étrange début. L'usage n'est guère (le mot le dit) de commencer par un ultîjnatum, c'est-à-dire de commencer par la fin. D'ordinaire, lorsqu'il y a eu un malentendu, un acte regrettable, surtout lorsque cet acte rentre dans une portion du droit des gens qui est encore pleine d'obscurité, le début naturel est une demande d'explications quant aux intentions et de réparation quant au fait, sans qu'il s'y mêle une menace immédiate de rupture.

Je n'ignore pas que le comte Russell par ses recommandations et lord Lyons [)ar ses procédés ont adouci, autant que possible, le caractère odieux (ïultbnatum. L'opinion d'ailleurs se soulevait en Europe avec une rapidité imprévue, la précipitation des mesures adoptées à Londres était jugée sévèrement; aussi la clause des excuses [apology) a-t-elle été abandonnée en fait. Mais il n'en est pas moins incroyable qu'elle ait figuré dans le programme primitif. On fait demander pardon aux petits enfants; on inflige l'humiliation des excuses aux pays sans gouvernement régulier, aux Turcs et aux sauvages; entre nations qui se respectent nmtuellement, la satisfaction est toujours jugée suffisante

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quand le mal a été réparé et quand l'intention hostile a été niée.

Certains journaux anglais ont soutenu que l'Europe avait approuvé ces procédés sommaires ! C'est tout le contraire qu'il faudrait dire. A voir tant de hâte et la proclamation si superbe d'une exigence indiscutable^ à voir une idée de guerre impie acceptée avec tant d'aisance par les uns et tant de joie si peu dissimulée par les autres, l'Europe a déclaré sans ambages ni réticences que si l'Angleterre n'était pas miraculeusement sauvée de sa propre entreprise, que si elle en venait à tirer le canon contre le Nord en qualité d'allié du Sud, elle déchirerait de ses mains ses principaux titres au respect du monde civilisé.

Le langage sur ce point a été le même à Paris, à Berlin, à Saint-Pétersbourg, à \'ienne et à Turin. Autant on avait été unanime à trancher contre l'Amérique la question technique de droit, autant on a été unanime k trancher contre l'Angleterre la question morale. Pieconnaître le droit de l'Angleterre, c'était reconnaître, contre elle, le droit des neutres; qui serait assez naïf pour s'étonner de l'empressement que toutes les puissances y ont mis? Mais les réclamations anglaises gagnaient peu, de l'avis général, à prendre la forme cassante d'un ultimatum, même du plus poli des ultimatums.

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Cette forme ne se justifierait que dans un seul cas, celui d'une insulte préméditée au pavillon anglais. Le Morning-Post l'a si bien senti, qu'il s'est efforcé de propager, en Angleterre et ailleurs, les contes à dormir debout qui, pendant un moment, ont passé presque pour des réalités : — Les États-Unis cherchaient un moyen de déclarer la guerre à l'Angleterre ! Cela rentrait dans la politique de M. Seward! Ne pouvant venir à bout du Sud, il s'était décidé à lui tendre la main et à sceller l'amitié nouvelle par l'invasion commune du Canada !

Ainsi la question de droit, insuffisante pour expliquer l'envoi d'un ultimatum, disparaissait derrière une question autrement grave. L'acte du capitaine Wilkes n'était plus que le dernier terme de procédés hostiles qui devaient amener la guerre. Ln peu plus tôt, un peu plus tard, qu'importait dorénavant? Ne valait-il pas mieux déjouer le machiavélisme américain? N'était-il pas sage d« choisir son heure, au lieu d'attendre une agression inévitable?

A l'appui de ces belles imaginations, on ne se contentait pas d'accumuler une foule de griefs et d'indices; on affirmait que l'enlèvement des commissaires à bord des paquebots anglais avait été délibéré en conseil et pour ainsi dire érigé en système. — Voyez, s'écriaiton, le James-Adger, qui est venu faire, dans les eaux mêmes de l'Europe, ce que le San-Jacinto a fait dans les eaux de Cuba !

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Or, il s'est trouvé que non-seuleuient la pensée d'enlever les commissaires à bord d'un paquebot anglais n'était venue à personne, mais que le Siui-Jarinto n'avait agi que parce qu'arrivant d'Afrique il manquait totalement d'instructions, et qu'en outre le James- Adgcr n'avait été ch2.rgé d'arrêter les commissaires dans les eaux de l'Europe que parce qu'on les supposait embarqués sur le \(ishvilU\ vaisseau appartenant aux révoltés.

Restait la question de droit toute nue, sans la moindre circonstance aggravante qui fût de nature à excuser l'envoi immédiat d'un ultimatum. — Mais cette, question était si considérable ! l'acte du capitaine Wilkes était une telle énormité! Sur une infraction ordinaire des règles internationales, on aurait pu engager des négociations, écouter des explications, admettre au besoin un arbitrage, attendre enfin 1" insuccès des premières démarches pour recourir aux extrémités; après une infraction aussi extraordinaire, il convenait que le premier message adressé à lord Lyons contînt l'ordre éventuel de demander ses passeports !

On se moque un peu de nous, quand on nous tient un pareil langage; on suppose que nous avons oublié notre histoire moderne, et en particulier l'histoire de l'Angleterre. Puisqu'on nous parle d'énormités, je vais rappeler les actes qui méritent ce nom et auprès des-

quels l'erreur très-réelle mais très-excusable du capitaine Wilkes conserve tout au pkis les proportions d'une peccadille.

« Nous ne sommes pas plus immaculés que d'autres, )) écrivait le Times; et, cet aveu une fois fait, il se croyait en droit de rejeter les vieux bouquins, de répudier les précédents. — Il serait un peu trop commode de se débarrasser ainsi de ses propres actes en se frappant la poitrine au souvenir de ses gros péchés ' passés, tout en se disposant à ne point pardonner au prochain le moindre de ses péchés présents ! Il y avait une fois, c'est une des paraboles de l'Evangile, un , serviteur qui devait à son maître dix mille talents; son maître en avait eu pitié et lui avait rem'rs sa dette. Or, ce serviteur, étant sorti, rencontra un de ses compagnons de service qui lui devait cent deniers, et, l'ayant saisi, il l'étranglait en disant : a Paye-moi ce que tu me dois. »

J'en suis fâché pour l'Angleterre, mais ses énormités ressemblent à celles du capitaine Wilkes comme mille talents ressemblent à cent deniers. Personne n'a songé à invoquer comme précédents les énormités anglaises; elles sont trop disproportionnées au cas actuel. De tels actes ne risquent pas de devenir des précédents et l'on n'a point à craindre que qui que ce soit au monde s'avise d'invoquer leur autorité. La violence est la violence et le droit est le droit. C'est sur le terrain (1:1 droit que nous nous maintenons pour soutenir que

l'afTaire du Trcut était un cas de réclamation amicale, et non de recours, immédiat à l'ultimatum ; nos arguments ne sont pas empruntés aux vieilles doctrines de l'amirauté anglaise.

A côté de nos doutes tout au moins plausibles, à côté des honnêtes hésitations du capitaine Wilkes, les vraies énormités feraient assez étrange figure. Puisqu'on en parle, j'en citerai quelques-unes.

L'Angleterre a soutenu officiellement la doctrine de la mer fermée [mare daumm) ; elle a prétendu que, comme maîtresse de certaines portions très-considérables de la mer, elle avait le droit de fixer souverairfement en temps de guerre les conditions auxquelles les neutres pourraient naviguer.

L'Angleterre a fixé dans ces mers le cérémonial du salut, de façon à mettre en évidence l'infériorité des autres marines.

Elle a saisi les matelots qu'il lui convenait de saisir à bord des navires américains, n'hésitant ni à arrêter les personnes, ni à rendre ses officiers de marine juges suprêmes en pareille matière.

Un jour est venu où, en vertu d'un échange d'ordres du conseil et de décrets impériaux, le blocus (sur papier) des côtes de l'Europe et le blocus (non moins fictif) des côtes de l'Angleterre et de toutes ses colonies étaient proclamés à Londres, à Berlin et à Milan. L'Angleterre exigeait que tout bâtiment neutre, avant de se rendre sur le continent, touchât dans ses ports; Napo-

léoii, lui, déclarait dénationalisés tous les bâtiments qui étaient entrés dans les ports anglais. Ce fut alors qu'en désespoir de cause les États-Unis votèrent le bill d'embargo et le bill de uon-intercourse.

Voilà ce qui mérite le nom d'énormités. Et il serait aisé d'en grossir le nombre : c'est une longue histoire que celle-là ^ Lorsque l'Amérique, enfin lassée de son système d'embargo, commença sa guerre de 1812, plus de neuf cents de ses navires étaient saisis. J'ajoute qu'à la paix de Gand, la Grande-Bretagne refusa de retirer ses prétentions et de désavouer ses doctrines.

Qu'on cesse donc de prétendre que l'acte du capitaine Wilkes est une énormité sans pareille. Nous savons maintenant à quoi nous en tenir.

Il y a là tout simplement un fait regrettable, donnant ouverture aune demande légitime de réparation. Le capitaine Wilkes, qui s'est trompé, s'est trompé sincèrement, et rien dans sa conduite ne justifie les indignations excessives dont nous avons contemplé le spectacle. Le Treni, d'ailleurs, avait eu des torts réels, et, si les avis sont partagés sur ce point, il est du moins certain que l'évidence n'est pas entière, puisqu'il y a partage d'opinions.

1. Voyez Ortolan, Diplomatie de la mer, tome II, pages 95, 111, 121, 122, 128, 131, 133, 136, 137, 172, 173, 300, 326 à 331.

Voyez aussi dans les bliie books de cette année les détails de l'affaire Canstadt. C'est bien autre chose que l'arrestation du Trent !

Voici, d'un côté, un paquebot anglais dont la fidélité aux obligations des neutres peut être tout au moins contestée ; voici, de l'autre, un vaisseau américain qui a excédé ses droits. En cas pareil, la marche est toute tracée, et, pour commencer par une rupture, il faut avoir quelque envie de tirer des coups de canon.

Ne craignez rien, je ne citerai ni Grotius, ni Pufendorf, ni Yattel, ni Burlamaqui. Je ne suis pas jurisconsulte, quoique j'aie fait mon droit comme tout le monde et que les débats du conseil d'État aient pu me familiariser avec certaines discussions. Laissons là le bagage d'école et parlons le langage du sens commun.

Je commence par établir un point : les hommes ne sont pas contrebande de guerre. A l'exception des militaires, et MM. Mason et Slidell n'agissaient pas en cette qualité, aucune personne ne pouvait être saisie légitimement, même à supposer que le paquebot eût été amené selon toutes les règles devant un tribunal de prises. Les hommes-dépêches , voilà le côté faible de l'argumentation américaine. En matière semblable, il n'est pas permis d'étendre par voie de raisonnement ou même à' à fortiori les catégories fixées par le droit des gens. « Les dépêches sont contrebande de guerre; donc, et à plus forte raison, les ambassadeurs, dépêches vivantes, le sont ! » Cette argumentation ne saurait être admise. Si sir William Scott a déclaré légale l'arrestation des ambassadeurs, ce n'est pas sous pavil-

Ion neutre, mais sous pavillon ou sur territoire ennemi. Enfin, le principe engagé ici est d'une réelle importance; il ne s'agit de rien de moins, en effet, que du droit d'asile qui serait compromis, pour peu que l'arrestation des personnes pût s'opérer sous pavillon neutre. Là, proclamons-le bien haut, tout le monde est en sûreté, tout le monde, les criminels ordinaires et les criminels politiques, les assassins et les rebelles. Cela est, et il importe que cela soit.

Un autre point doit être aussi concédé sans hésitation aucune : nul n'est autorisé à se faire justice de ses propres mains. La formalité d'un jugement, ce n'est pas peu de chose, c'est la garantie commune de tous les peuples civilisés. Certes je suis loin de faire son procès au capitaine Wilkes, un des officiers les plus distingués et les plus savants des Etats-Unis, le commandant d'une des plus belles expéditions scientifiques qui aient été exécutées; je conçois qu'il se soit trompé, il a payé pour notre instruction; je conçois aussi que la tentation ait été bien forte d'arrêter ces commissaires qui passaient devant lui annonçant qu'ils allaient en Europe chercher les moyens de détruire la patrie commune. Mais l'erreur de M. Wilkes a été considérable. Dans son désir d'aggraver le moins possible les inconvénients qu'avaient à supporter le Trent et ses passagers, avec un désintéressement dont il faut savoir tenir compte, il a pris sur lui de décider seul une question qui appartenait aux tribunaux. C'est

un peu comme si un agent de police, en arrêtant un homme suspect dans la rue, lui disait : « Mon ami, cela vous gênerait beaucoup d'être conduit devant le magistrat qui demeure fort loin, qui vous ferait détenir et qui vous imposerait ainsi un dérangement énorme. J'aime mieux renoncer à la gratification qui m'aurait été. accordée et vous épargner tous ces ennuis. En conséquence, je vais vous châtier moi-même et sur place. » Il est essentiel que nous soyons dérangés, afin d'être régulièrement jugés. Le rôle des agents de police, et aussi des commandants de vaisseau sur mer, qu'on me pardonne un tel rapprochement, se borne à conduire les suspects devant le magistrat compétent. Je ne suis pas étonné que sur cet article l'Angleterre et l'Amérique se soient trouvées d'accord, en fin de compte. En Angleterre, les jurisconsultes de la couronne {légal advertisers) l'ont déclaré dès le premier jour : il fallait arrêter le bâtiment et le conduire devant une cour. En Amérique, M. Seward a reconnu que cette plainte était à la fois fondée et importante. La presse anglaise et la presse américaine, le Times de Londres et le Times de New- York, n'ont eu qu'un môme avis à cet égard, et M. Sumner, dans le discours remarquable qu'il a prononcé au sénat, a répété à son tour : « Il fallait arrêter et faire juger le paquebot. »

Tels sont les torts du capitaine Wilkes. Je n'ai pas cherché à les dissimuler; ils justifient sans aucun doute

une demande de réparation : l'Angleterre se devait à elle-même de réclamer et d'obtenir l'élargissement des commissaires. Mais est-ce à dire que tous les torts fussent d'un seul côté et que la conduite du Trcnt ne fût pas blâmable ?

Que les dépêches soient contrebande de guerre, on me dispensera de le démontrer, car aucun auteur ne le nie. D'ailleurs, la proclamation de la reine est Là; elle interdit, non pas le transport « frauduleux » des dépêches, mais purement et simplement le transport.

Sans doute si les dépêches du gouvernement insurgé avaient été confondues avec toutes les autres, personne n'aurait pu songer à blâmer le commandant du Trent ou à approuver un croiseur prétendant ouvrir les sacs et rechercher cette contrebande de guerre. Mais les choses ne s'étaient point passées de la sorte. MM. Mason et Slidell, avec leurs familles et leurs dépèches, étaient arrivés en grand appareil à la Havane; des milliers de spectateurs enthousiastes avaient salué l'entrée du Tliêodora, qui les amenait avec le pavillon du Sud à sa corne. Les commissaires et leurs amis savaient si bien qu'il s'agissait de faire une chose dont les Etats-Unis auraient à se plaindre, qu'ils s'étaient assurés avec grand soin de l'impossibilité où se trouvait le Colombia de prendre la mer et du départ d'un autre vaisseau américain, le Key-Stone- State-, ils n'avaient pas compté sur le San-Jacinto, qui revenait alors d'Afrique. Pour que le commandant du Trent ne

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pût conserver aucun doute sur la nature des dépêches qu'il allait admettre à son bord, il avait su, avec tout la Havane, que les commissaires avaient été présentés au capitaine général (présentés, dit-on, par le consul anglais en personne); il avait vu denses yeux de quelle façon les commissaires étaient accompagnés lorsqu'ils montaient sur son paquebot.

En présence de pareils faits, n'y avait-il pas lieu de penser à la proclamation de la reine qui interdit le transport des dépèches? Se serait-il rassuré au moyen de cet argument présenté par plusieurs journaux anglais : (( La proclamation de la reine n'est pas iin traité, c'est un règlement municipal; elle n'engage que nous? »

Nullement, s'écrie-t-on; ses raisons étaient bien meilleures, et les voici : — D'abord il s'agissait d'un paquebot, ensuite il se rendait d'un port neutre à un port neutre; où en serions-nous si tous les paquebots de la poste étaient exposés aux visites des croiseurs, jusque sur les côtes d'Europe, entre Douvres et Calais ?

La réponse n'est pas difficile.

En premier lieu, les paquebots, précisément parce qu'ils ont des privilèges, et entre autres celui de continuer leur service en temps de guerre, sont tenus d'apporter un soin particulier à ne violer sous aucun rapport les règles de la plus consciencieuse neutralité. Qu'il y ait d'ailleurs des conventions spéciales à conclure pour protéger leur" marche et la mettre entiè-

rement à l'abri, j'en suis d'accord; seulement, ces conventions ne sont pas conclues; une convention à conclure ne saurait dès à présent obliger l'Amérique.

C'est également dans les conventions à conclure que figurera l'exception en faveur des navires qui se rendent « d'un port neutre à un port neutre; » dans les conventions conclues je n'en découvre pas la moindre trace. La proclamation delà reine aurait bien dû mentionner cette exception ; il aurait été convenu alors que les dépèches les plus hostiles, les dépêches les plus connues, les plus signalées à l'attention du monde entier, pouvaient être transportées légalement, pourvu qu'on les prît à la Havane. Pourquoi ne pas énoncer en termes formels ces choses soi-disant simples et évidentes? L'évidence de celle-ci laisse à désirer, puisque les jurisconsultes de la couronne ne l'ont pas soupçonnée et que le gouvernement anglais n'en a pas dit un mot dans sa demande de réparations. M. Seward a certes eu raison de constater que les puissances, qui veulent toutes le droit des neutres, sont encore loin de le vouloir toutes de la même manière et en vertu des mêmes raisons.

Mettons-nous d'accord, rien de mieux ; écrivons l'exception des ports neutres dans une convention générale, nul n'y trouvera à redire. Mais, encore un coup, ne faisons pas d'une opinion plausible, probable, mais contestable et contestée, un axiome du droit des gens.

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