I.K IRHNT
et n'appliquons pas rétroactivement aux États-Unis une règle qui pourra Cire établie avec avantage dans quelque future convention.
Je veux dire un mot à présent de l'exclamation tant de fois répétée : « Il n'y aura donc plus à' intercourse possible; la navigation devra s'interrompre ; rien n'empêche de visiter les paquebots de la poste dans le détroit de Calais ou dans la Méditerranée ! »
Défions-nous de ces réfutations par l'absurde. Je ne sache pas un droit dont il ne soit facile de faire une énormité, si l'on s'amuse à le pousser à l'extrême. Tenez, prenons le droit de visite. Celui-là, vous en conviendrez, ne s'inquiète pas de savoir si la contrebande de guerre est partie d'un port neutre, car ce sont presque toujours les ports neutres qui l'expédient. Tant que les régions de la visite n'auront pas été limitées, tant que les paquebots de la poste n'auront pas été expressément exceptés , tant qu'on n'aura pas négocié en un mot le traité général que nous réclamons tous, les croiseurs américains auront, à la rigueur, le droit de visiter nos vaisseaux marchands sur les côtes mêmes de l'Europe.
Ils auront ce droit, mais ils ne l'exerceront pas. Pourquoi? Parce qu'il y a. Dieu merci, de par le monde quelque chose qui se nomme le sens commun , parce que le sens commun a pour mission spéciale de poser des bornes entre l'exercice du droit et l'abus du droit. En vertu' du sens commun , les croiseurs amé-
ricains, qui ne visiteront personne dans la Méditerranée, ne s'informeront pas non plus des dépêches circulant entre Douvres et Calais.
En fait, remarquez-le, la circulation des paquebots n'a jamais été gênée, même dans les eaux de l'Amérique; il a fallu un cas extrême, une ambassade envoyée avec éclat, des dépêches d'une importance exceptionnelle, un acte hostile particulièrement dangereux, pour qu'un seul croiseur américain ( et cela sans instructions) ait opéré une seule- fois des recherches à bord des bâtiments neutres. Je pense donc qu'on peut laisser reposer les hypothèses et se rassurer sur les relations postales.
Si la question avait encore une importance pratique, il conviendrait ici d'examiner, au point de vue de la guerre actuelle, le caractère des ports de départ et d'arrivée. Le Trent portait des dépèches à un port neutre ! Oui, mais la lutte américaine a cela d'étrange que toutes les chances du Sud sont en Europe et que ses dépêches envoyées en pays neutre sont de toutes les plus importantes à arrêter ^u passage. Le Trcnl avait pris ses dépêches dans un port neutre ! Oui, mais elles n'y étaient pas nées; elles étaient venues, au vu et au su de tout le monde, de la capitale même des insurgés. Et puis, qu'est-ce que ce port neutre, la Havane? Ouvrez une carte, la Havane est au bout de la Floride, au point d'intersection de la route qui vient de la INouvelle-Orléans et de celle qui vient de