‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 60 sur 66 · CEUX D'ANGLETERRE · texte numérisé non relu

CEUX D'ANGLETERRE

paraissent plausibles et sont généralement reçues, à qui la faute?

Les chrétiens anglais ont réussi à se persuader que l'esclavage n'était pas en cause aux Etats-Unis. Comment? En vérité, je ne suis pas encore parvenu à le comprendre. Le fait est certain cependant, et il explique seul cette attitude qui nous a tant affligés. En vertu d'une transformation merveilleuse, les mêmes hommes que l'opinion anglaise condamnait autrefois avec une juste sévérité sont devenus presque intéressants, depuis que, par la trahison et le parjure, en pillant les propriétés publiques et en répudiant les dettes privées, prenant soin d'ailleurs de proclamer la sainteté de l'esclavage, ils s'efforcent de renverser leur constitution libre et supplient l'étranger d'aider à la destruction de leur pays.

D'où vient une telle métamorphose? D'où vient que la question de l'esclavage, qui figurait seule autrefois dans les débats du Sud et du iSord ' et qui figurait seule aussi dans les ordonnances de séparation-, s'éva-

1. On avait poussé cette préoccupation de l'esclavage jusqu'à proposer expressément qu'un État libre ne pût être admis si l'on n'admettait en môme temps un État à esclaves. Un autre plan, proposé d'abord par M. Galhoun et repris en 1800 par le sénateur llunter, de Virginie, portait qu'on élirait désormais deux présidents, représentant l'un les États libres, l'autre les Ktats à esclaves, et que sans la signature des deux présidents, aucun acte du Congrès n'aurait force de loi.

2. Dans l'ordonnance de séparation passée par la Caroline du Sud,

nouit tout à coup et passe aux yeux des chrétiens anglais pour ne conserver qu'un rôle secondaire? Je n'ai plus à le rechercher ici. Je me borne à affirmer, et personne ne me contredira, que si, avant les sophismes trop bien accueillis de ces dernières années, on avait annoncé à l'Europe qu'un président opposé à l'extension de l'esclavage allait être nommé, les chrétiens anglais auraient manifesté la joie la plus vive. Et si l'on avait ajouté alors que le Sud allait rompre l'union à cause d'une élection pareille, on en aurait conclu que l'esclavage était seul en cause, puisque la simple menace d'arrêter son extension suffisait pour jeter le Sud dans une révolte à main armée.

Alors aussi, ceux qui auraient trouvé qu'un président frec soilcr ne suffisait pas, auraient pensé, non k décourager le mouvement, mais h l'encourager, au contraire. — Le président et ses amis ne vont pas assez loin; eh bien, nous tâcherons qu'ils aillent plus loin; nous signerons des adresses, nous ferons de l'agitation abolitioniste, nous nous montrerons prêts à toute autre chose enfin qu'à accorder aux champions de l'esclavage l'appui de notre abstention et à refusera ses adversaires le secours vainement sollicité de nos manifestations cordiales !

un seul argument est présenté « devant le ciel et devant la terre, » c'est que l'esclavage est en danger. Après trente années d'agitation contre l'esclavage, on vient d'élire président « un liomme dont les opinions et les desseins sont hostiles à l'esclavage. »

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