ATTITUDE DES CHRETIENS EN ANGLETEURE
Pendant cette crise glorieuse qu'ils traversent au nom de l'Evangile et pour la sainte cause de la justice, les États-Unis comptaient sur l'appui de l'Angleterre, surtout de l'Angleterre chrétienne. L'Angleterre est leur mère, elle leur a fourni presque toute leur population originaire, elle a absorbé dans la nationalité anglo-saxonne les émigrations venues depuis. Ils sont les os de ses os et la chair de sa chair. De plus, un lien religieux, plus fort que le lien du sang, unit entre elles les deux nations qui se montrent dévouées entre toutes à la propagation de l'Évangile sur la terre.
On sait à quel point l'attitude glaciale des chrétiens anglais a déçu pendant de longs mois les espérances fondées sur eux. J'en parle d'autant plus librement que cette faute est déjà presque de l'histoire ancienne et que la sympathie est en train de s'éveiller.
CEUX D'ANGLETEHRE. 523
Oui, pendant de longs mois, les chrétiens anglais n'ont pas eu pour ainsi dire un seul mot d'encouragement à mettre au service de ceux qui combattaient (je l'ai prouvé) et qui souffraient pour une noble cause. Pas un meeting, pas une adresse; les journaux qui servent d'organe aux principales églises se sont presque tous attachés à discréditer le mouvement, à signaler d'un accent de triomphe les déboires de la République, à exagérer les succès du Sud et à rabaisser ceux du Nord, k nier que l'esclavage fût en cause, à légitimer la séparation, à présenter comme un idéal souhaitable le maintien définitif d'une confédération méridionale.
Cela était triste, bien triste. L'Angleterre chrétienne n'a pas oublié le moment où ce cri éloquent de l'affection déçue traversa les mers : « 0 Anglais, Anglais, n'avez-vous pu veiller avec nous pendant cette heure?» Un jour, on s'en souvient, Mirabeau proposait cette motion à l'Assemblée nationale : « Le silence de Sieyès est un malheur public. » — A plus forte raison, cette autre motion aurait été adoptée par nous tous, chrétiens du continent, consternés de l'attitude de l'Angleterre : et Le silence des chrétiens anglais est une calamité universelle. »
Nous recevions de leur part des invitations à la prière ; et parmi les sujets indiqués, nous n'apercevions jamais celui qui préoccupait toutes nos pensées. Le grand intérêt moral et religieux de notre siècle
était systématiquement omis; le mot esclavage semblait être devenu aussi suspect en Angleterre qu'il l'avait été en Amérique. On eût dit que, désireux de justifier les préventions de leurs ennemis, ils voulaient prouver au monde entier que l'intérêt anglais passait pour eux avant tout, que leur zèle abolitioniste était éteint, que les questions de principe étaient incapables de les émouvoir. Pendant ce temps, le sang coulait, ce sang dont l'intervention énergique des sympathies européennes aurait pu prévenir ou arrêter promptement l'effusion, ce sang dont nous sommes coupables, nous tous qui n'avons pas voulu décourager l'insurrection monstrueuse du Sud.
C'est un des problèmes qui ont le plus tourmenté ma pensée que d'expliquer la conduite des chrétiens anglais dans certaines affaires et à certains moments. Je ne connais pas d'hommes plus énergiques, plus dévoués; à l'heure qu'il est, une très-grande partie du bien qui s'accomplit sur notre globe s'accomplit par leur forte initiative, et cependant il y a d'inexplicables lacunes dans leur action. On dirait parfois que l'Angleterre politique demeure seule , et que l'Angleterre chrétienne a disparu. N'entendions-nous pas dire l'autre jour, et avec une apparence de raison, que dans l'extrême Oiient, en Chine, la France avait soutenu des intérêts moraux et religieux, tandis que l'Angleterre n'y représentait que les intérêts de son commerce ! Si de telles choses se pensent, si elles