‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 62 sur 66 · MISSIO\ SOCIALE DES CHRETIENS · texte numérisé non relu

MISSIO\ SOCIALE DES CHRETIENS

Les chrétiens d'Europe ont fait une mauvaise campagne. Qu'en conclurons-nous? Qu'il faut en faire maintenant une meilleure. Souvenez-vous du mot de ce général : « La bataille est perdue, mais nous avons le temps d'en gagner une autre. »

Kous avons le temps. Seulement souvenons-nous qu'on ne gagne pas les batailles en se croisant les bras. Nous périssons par l'inertie des braves gens qui se lamentent, soupirent, voient les inconvénients de tout, hésitent à agir et découragent ceux qui agissent.

L'égoïsme chrétien, qu'on me passe ce rapprochement de mots, ne cesse d'empêcher le bien et de refroidir les élans généreux. Sous prétexte de ne penser qu'à l'Evangile, il en viendrait à retrancher un à un les plus beauK fruits de l'Évangile. C'est lui qui pré-

tend s'occuper de la conversion des esclaves et non de leur affranchissement. C'est lui qui, calculant les chances et entrevoyant les inconvénients réels que toute initiative énergique entraîne à sa suite, se demande avec angoisse si tel ou tel progrès ne coûtera pas trop cher, s'il ne compromettra pas la prospérité des œuvres existantes. Ces œuvres deviennent alors des idoles auxquelles on offre des sacrifices; pour peu que les œuvres souffrent par suite d'un mouvement généreux (et elles en souffriront immanquablement), on s'en prendra au mouvement lui-même, il excitera plus de mauvaise humeur qu'il ne s'attirera de sympathie.

Que de fois, depuis quelque temps, j'ai entendu formuler cette plainte : « Ah ! s'il y avait un parti chrétien, quelle mission il remplirait maintenant! » — Dieu ne prête pas deux fois par siècle k ses serviteurs de ces occasions éclatantes de manifester par des bienfaits sociaux l'excellence de l'Evangile. Les chrétiens ont pu seconder en Amérique le plus grand progrès de notre temps, et ils ne l'ont pas fait ; les chrétiens ont pu arrêter dès ses débuts l'insurrection pour l'esclavage, et ils ne l'ont pas fait; les chrétiens ont pu empêcher peut-être la guerre civile, et ils ne l'ont pas fait; les chrétiens ont pu conjurer les chances d'une guerre horrible entre l'Argleterre et l'Amérique, et ils ne l'ont pas fait.

C'est que nous n'avons pas assez compris la mission

sociale de rLvangile. L'Évangile ! nous l'emprisonnons clans sa sphère , et en quelque sorte dans sa spécialité. Nous en sommes trop souvent encore à la distinction du sacré et du profane. Or, l'une des grandeurs de l'Évangile a consisté précisément à abolir cette distinction, à rétablir l'unité dans l'âme humaine et dans la vie. Tout relever, tout sanctifier, tout consacrer, mettre le sacré partout et ne laisser le profane nulle part, telle est l'œuvre merveilleuse qu'il accomplit. Les' grandes choses et les petites, les affections et les intérêts, les devoirs du père de famille et ceux du citoyen, nous n'avons le droit de rien déclarer profane, c'est-à-dire de rien soustraire à notre Dieu.

Si nous avons deux principes de vie, ayons aussi deux morales, une pour l'Église et une pour le monde, une pour les relations privées et l'autre pour la politique! Ah! je pleurerais toutes les larmes de mes yeux, si les ennemis de l'Évangile semblaient être autorisés par notre faute à contester sa mission sociale. — « Voyez ces fameux chrétiens, murmure-t-on déjà à nos oreilles ; ils savent fort bien pactiser avec les vices, les profits ou les préjugés nationaux. L'opium leur a imposé silence ; maintenant ils se sont tus en présence du coton . »

JNotre christianisme a parfois l'air d'être sorti du siècle. Tout ce qui n'est pas œuvre directe de prédication ou de charité semble éveiller ses scrupules. Comme si rien d'humain pouvait nous rester étranger.

comme si l'Évangile, qui enveloppe la terre et le ciel, ne comprenait pas les sociétés politiques, comme s'il procédait par mutilations au lieu de procéder par transformations, comme si, semblable aux fausses religions et aux morales mesquines , il sanctifiait l'homme en le diminuant, ôtant les alTections, ôtant les devoirs extérieurs, ôtant les arts, ôtant la littérature, ôtant enfin toujours et partout, et faisant croire au monde qu'on n'aime Dieu qu'à la condition de rien aimer d'autre !

Le monde n'est que trop disposé à admettre cette doctrine. Tout chrétien pour lui est un homme qui entre au couvent, un homme incomplet, qui priera, mais n'agira plus, qui se fera gloire désormais de ne s'intéresser à quoi que ce soit ici-bas, d'appeler les affections des idoles, de n'avoir plus de cœur qui batte ni pour les créât nrcs (comme on dit), ni pour la civilisation, ni pour la liberté.

Je suis à mon aise pour dire ces choses, car, de tous les chrétiens peut-être, les chrétiens anglais sont ceux qui ont le mieux vu et le mieux pratiqué le principe que je viens de rappeler. Leur histoire est la plus solide démonstration que je connaisse de la mission sociale de l'Évangile. Que seraient devenues les fameuses libertés anglaises, si les puritains ne s'étaient trouvés sur le chemin des Stuarts? Ces hommes qui nasillent (ce n'est certes pas ce que je loue en eux) ont remué

les consciences, accompli une révolution morale, et le cours des événements a été changé; on allait au despotisme, les grosses armées allaient se former comme sur le continent; tout ce^a est devenu impossible.

A ne considérer même que les choses de notre temps, voyez ces agitations par lesquelles les églises d'Angleterre ont préparé tant de progrès et enlevé l'abolition de l'esclavnge. Lcà se trouve la preuve de ce fait, qu'elles n'ont pas craint de séculariser l'Evangile. Précisément parce que la race anglo-saxonne sépaie l'Église et l'État, et considère la profession de la foi comme un acte personnel qui ne se rattache point à la qualité héréditaire de citoyen , elle n'est point condamnée cà ces distinctions du sacré et du profane, par lesquelles d'autres s'efforcent de limiter les conséquences de la confusion fatale qui donne à l'Etat une compétence religieuse et à l'Église une compétence civile. Quand l'ennemi est dans la place, il faut bien dresser des barricades; quand les remparts de la conscience humaine sont intacts, pourquoi gêner la circulation ?

Les Anglais savent cela, et, parce qu'ils le savent, leur abstention pendant la première année du conflit américain a eu ce caractère étrange que nous avons dû signaler. Les démonstrations européennes de sympathie en faveur du Nord sont venues des chrétiens du continent; l'Angleterre n'y a guère pris part. Je rappelle ici l'adresse signée en France et en Suisse, la

LRUU MISSION SOCIALE.

société du sou par semaine en faveur des esclaves fondée dans le canton de Vaud par M. le pasteur Bécliet, les nombreuses églises où l'on prie pour l'Amérique, les maisons plus nombreuses encore où l'on ne célèbre guère le culte de famille sans demander h Dieu l'abolition pacifique de l'esclavage américain, la proposition que j'ai faite et qu'on a si généralement accueillie d'associer les chrétiens d'Europe à la célébration du jeune indiqué par M. Lincoln, enfin et surtout le vote solennel et unanime (les chrétiens anglais s'y sont cordialement associés) que l'assemblée générale de l'Alliance évangélique a émis à Genève, en dépit de ses programmes et de ses règlements. Le président de l'Alliance, M. Adrien Naville, avait donné l'exemple dans son beau discours d'ouverture : u Yous êtes, disait-il aux représentants des États-Unis, vous êtes dans ce moment-ci éprouvés jusqu'au sang, mais c'est afin que la plaie dont vous souffrez depuis si longtemps soit peu à peu, mais enfin guérie. Que d'actions de grâces les chrétiens d'Europe, comme ceux d'Amérique, rendront au Seigneur, le jour où votre noble pays ne comptera plus que des hommes libres!» La résolution adoptée par les membres de l'Alliance n'a pas été moins ferme et moins précise : « La conférence des chrétiens évangéliques de tous pays, réunie à Genève en septembre 186J, témoigne à ses frères des États-Unis la vive sympathie qu'elle ressent pour eux dans la crise terrible qui désole leur pays... Con-

vaincue que c'est à l'existence de l'esclavage qu'il faut faire remonter la cause de cette guerre, la conférence demande au Seigneur d'incliner les cœurs de ses enfants en Amérique à préparer, par les voies sages et chrétiennes, la suppression de cette institution aussi contraire à l'esprit de l'Évangile qu'elle l'est à la paix, à la prospérité et aux progrès de cette grande nation... »

Le christianisme livre sa dernière bataille contre l'esclavage S et, chose admirable, en faisant œuvre de liberté, il va faire œuvre de paix. Tous les progrès se tiennent, et qui sert l'un sert l'autre; l'unité puissante que je signalais il y a un instant dans l'àme et la vie humaines, on peut la signaler aussi au fond des sociétés.

Depuis ce tocsin d'alarme que l'aiïaire du Trent a sonné parmi nous, les intérêts de la paix ont repris leur place dans les préoccupations des hommes pieux. C'est tantôt un vote de la Société biblique anglaise offrant à la Société biblique américaine de lui venir en aide pendant la crise, tantôt un discours de II. Newman Hall qui électrise des milliers d'auditeurs à Lon-

1. Contre l'esclavage et contre la traite. Des conventions sur ce sujet seront certainement négociées avant peu. Le nouveau gouvernement américain se doit à lui-même de montrer qu'il ne confond pas, lui, la liberté des mers et la liberté des négriers.

tires. Qui, mieux que les chrétiens, pourrait raffermir entre l'Angleterre et l'Amérique, non pas seulement la paix extérieure et olïicielle, mais l'affection cordiale? Quand les sympathies auront repris leur essor chez les uns, les préventions tomberont chez les autres, et les forts courants de l'affection réciproque recommenceront à circuler.

Voilà, certes, pour les chrétiens des deux pays une belle mission à remplir.

Je ne voudrais pas terminer, sans avoir rappelé une fois encore la pensée essentielle qui est comme l'àme de cette étude. Cette pensée, c'est la foi aux principes. Les principes sont les intérêts, les principes sont le succès; et, si le succès se fait attendre, eh bien, n'importe, les principes demeurent : il faut les aimer pour eux-mêmes.

Je ne connais que cette position qui soit sûre. Quiconque croit aux principes et admet les droits de la vérité est abrité derrière un inexpugnable rempart. Quoi qu'il advienne, il a fait son devoir, et de ])lus il a pratiqué la grande politique. Misérable politique, celle qui vit d'expédients, qui interroge les vents et les astres, qui, incapable des ténacités victorieuses que

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donne la confiance au bien, n'ose rien hasarder et marche au jour là journée, modifiant ses maximes au gré des circonstances et des chances de succès!

Les chances de succès me paraissent grandes aux États-Unis; mais je demande au lecteur de me rendre cette justice que je n'ai pas attendu de les voir pour y croire. J'y ai cru, parce que j'ai cru aux principes. J'ai salué dès le premier jour le relèvement d'un grand peuple, parce que j'ai vu dès le premier jour que ce grand peuple entreprenait une grande chose, qu'il combattait pour la justice et la liberté. On se relève toujours cà ce métier-là.

D'autres, je le sais, ont posé différemment le problème. — Réussiront-ils? Telle a été, telle est, telle sera sans doute encore la question principale. Ah ! je n'ignore pas ce qui manque aux Etats-Lnis pour être approuvés et acclamés. Une bonne cause? un droit évident contre ceux qui se séparent? Non. Il leur manque le plein sucres. Qu'ils triomphent seulement du Sud, et je ne serai plus en peine de leur renommée ici-bas; il y aura partout foule de gens empressés à célébrer leurs vertus et leur grandeur.

Est-ce à dire qu'on perde son temps quand on s'occupe de rétablir des vérités méconnues, quand on démontre, par exemple, que l'esclavage est la vraie cause du condit américain? Je l'ai si peu pensé, que j'ai écrit ce gros volume. Encore une preuve de ma foi aux principes.

Ils sont en réalité si puissants, qu'on ne parvient à les afifaiblir qu'en commençant par les voiler. Les adorateurs du succès le savent, car ils faussent les idées afin de parvenir à gâter les actes. Toute erreur politique a commencé par une erreur morale ; si les hommes du Sud n'avaient persuadé un moment à l'Europe qu'il ne s'agissait pas de l'esclavage, jamais ils n'auraient extorqué à l'Europe le titre de belligérants.

Quelle force dans la justice! Ce qu'il y a de petit, c'est d'être riche, c'est d'être puissant, c'est d'être habile; ce qu'il y a de grand, c'est d'être le serviteur de la justice. Les principes l'emportent aussi sûrement dans les luttes sociales que dans les opérations de la physique et de la chimie. Cela peut être long, mais en fin de compte cela arrive.

Qui a élu M. Lincoln? Qui a créé l'élan patriotique du Nord? Qui a alfaibli le Sud? Qui a arrêté l'Europe? Qui a empêché hier une guerre impie? Qui demain peutêtre contraindra le Sud lui-même à proclamer ou à subir l'abolition? Qui a opposé aux intérêts, aux intrigues et aux malveillances une infranchissable barrière? Qui a donné aux ouvriers du Lancashire cette résignation digne de respect? Qui a fait parcourir en si peu de de temps un si grand chemin à l'opinion publique? Qui lui fournit des armes à l'avance contre les retours possibles de la politique d'intervention? Qui fait obstacle à ce désir, sans cesse renaissant de notre côté

CONCLUSION GKNKRALE. 530

de l'Atlantique, de scinder en deux les Etats-Unis? Qui? La justice!

Une cause juste a en elle je ne sais quoi de si triomphant, qu'on ne l'attaque pas de front. On la tourne, on la nie, on affirme que ce n'est pas elle ; car, si c'était elle, qui donc oserait soutenir le choc?

Je parle, le lecteur m'a compris, des causes justes qui se sont fait leur place au soleil, de celles qui sont telles aux yeux du monde. L'histoire est pleine de causes justes qui ont attendu, qui ont souffert, qu'on a foulées lâchement aux pieds, sur lesquelles on a remporté je ne sais combien de victoires. Celles-là aussi auront leur tour; elles ne l'ont pas encore. Elles ne manifestent leur supériorité qu'au fond des âmes qui croient en elles, elles ne remportent que des triomphes intérieurs. Mais vienne le jour où, à force de triomphes intérieurs et de défaites extérieures, elles auront contraint la conscience publique à les reconnaître, malheur à qui voudra dès lors arrêter leur marche!

L'esclavage est une de ces causes justes dont l'avénement est accompli. Ses champions sont perdus d'avance; ils sentent que le monde va contre eux.

Yoilà pourquoi je suis certain du succès ; voilà pourquoi, ayant constaté que le grand peuple américain a pris parti contre l'esclavage, je l'appelle un peuple qui se relève. Les difficultés sont grandes! Qui en doute? Les principes mettent du temps à passer du domaine

des idées dans le domaine des faits! Qui le nie? Les opérations militaires peuvent échouer ! Qui le conteste? Mon assurance serait bien faible si elle s'appuyait sur l'habileté de Mac Glellan, sur cette grande armée merveilleusement créée en quelques mois et qui occupe une ligne plus longue que la distance de Madrid à Moscou, sur la prospérité du Nord, sur la ruine du Sud, sur le discrédit de ses billets, qui payent déjà à l'or une prime de Zi5 pour 100, sur le besoin qu'il éprouvera bientôt peut-être d'exporter ses deux récoltes de coton et de mettre à i)rofit, pour l'offrir à nos manufactures affamées, les ports que les Hottes de l'Union vont sans doute occuper et ouvrir chez lui. Les motifs de mon assurance sont autres. Je me dis qu'il s'agit d'une cause juste, et d'une cause qui a gagné son procès; je regarde aux convictions unanimes du xix^ siècle; je me rappelle surtout qu'il y a un Dieu.

Oui, vous serez les plus forts, défenseurs généreux de la justice; vous serez les plus forts, si vous vous tenez avec la justice et avec Dieu. Espérez! Dieu luimême a mis au plus profond de notre âme un besoin d'encouragement. Espérez ! Cramponnez-vous à l'espérance, conservez une foi sereine et inébranlable aux triomphes du droit éternel.

Danton disait : u De l'audace, de l'audace, et encore de l'audace! » Je dirais volontiers : « De l'espérance, de l'espérance, et encore de l'espérance! » Cette

crise-ci, malgré tout ce qu'elle a eu de douloureux, sera l'honneur et la consolation de notre temps. Jamais peut-être la matière et l'esprit n'avaient été aussi directement aux prises; la question est une question morale : il s'agit pour l'Amérique de savoir si l'élément puritain l'emportera, pour le monde entier si la liberté et la justice achèveront de prévaloir.

Le monde entier, je viens de le dire, est engagé dans le débat. Ce peuple qui se relève nous relève aussi ; ce spectacle des soufirances noblement acceptées nous fait du bien; on sent qu'un de ces orages qui purifient l'atmosphère passe en ce moment sur notre globe.

Ceux sur qui il passe ont à souffrir; mais après la tempête viendra le beau temps, et, pareille à cette flotte que l'ouragan avait dispersée et qui se retrouva tout entière dans les eaux tranquilles de Port-Royal, l'Amérique semblera peut-être près de s'abîmer sous l'effort des vents, jusqu'à ce qu'elle atteigne le but. C'est au but qu'est la paix.

Parvenus à supprimer ce mal affreux qui les dévorait, les Etats-Unis ne trouveront pas que leurs sacrifices actuels soient hors de proportion avec le progrès à accomplir. Acquise à ce prix, l'abolition de l'esclavage n'aura pas été achetée trop cher.

Il s'agit, en fin de compte, d'une seconde création des États-Unis. Elle se poursuit par la méthode américaine, celle de Washington, celle de la guerre de 1812,

celle qui commence faiblement et qui finit grandement.

Non, le seizième président de l'Union ne sera pas le dernier; non, la quatre-vingt-cin:juième année de ce peuple ne sera pas la dernière ; son drapeau sortira de la bataille percé de balles et noirci de poudre, mais plus glorieux que jamais et n'ayant, je l'espère, laissé tomber dans la mêlée aucune de ses trente-quatre étoiles.

J'emprunte aux recueils de documents ofTiciels publiés par le gouvernement américain et par le gouvernement anglais, quelques extraits qui me semblent propres à jeter beaucoup de umière sur les questions si mal connues en Europe' auxquelles j"ai consacré les premières parties de ce travail.

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