‹ L'Amérique devant l'EuropeChapitre 63 sur 66 · SIU LA QUALIFICATION DE UE L LI G É R ANT S ACCORDÉE AU SUD · texte numérisé non relu

SIU LA QUALIFICATION DE UE L LI G É R ANT S ACCORDÉE AU SUD

(Voir le 4* chapitre de la l*"*^ partie.)

;)/. Seward à M. Adams.

(lOjuinlSCl.)

«... Le 15 de ce mois, lord Lyons, le ministre d'Angleterre, et M. Mercier, le minisire de France, ont eu une conférence avec moi. Chacun d'eux m'a proposé de me lire une note qu'il avait reçue de son gouvernement et de m'en remettre copie, si je le désirais. J'ai répondu que, dans l'étal des relations entre leurs gouvernements et celui des États-Unis, il me semblait être de mon devoir de ne pas consentir à la communication officielle de ces notes avant que leur nature ne me fût connue. En consé-

qucnce, les minislros, d'une manière confidontiplle et pleine de franchise, m'ont autorisé à examiner préalablement leurs notes. Après les avoir parcourues assez pour apprécier leur tendance, j'ai refusé d'en entendre la lecture ou d'en recevoir une communication ofTicielIe.

»... Celte note (celle de lord Lyons) contient une décision à laquelle le gouvernement anglais s'est arrêté, en vertu de laquelle notre pajs est divisé en deux États belligérants, dont l'un est représenté par ce gouvernement. La Grande-Bretagne prend l'attitude d'un gouvernement neutre entre eux deux.

» Ce gouvernement ne saurait, sans manquer à ce qu'il doit à la souveraineté des États-Unis, consentir à discuter cette situation nouvelle et extraordinaire qu'il s'agirait de prendre vis-àvis de Sa Majes'é Britannique. Encore moins pourrions-nous permettre que le gouvernement anglais nous annonçât une décision dérogatoire à notre souveraineté et à laquelle il est arrivé sans en avoir préalablement conféré avec nous. Les États-Unis, à l'heure qu'il est, sont seuls souverains des territoires qu'ils ont légitimement acquis et longtemps possédés...

» Ce qu'on voit maintenant chez nous n'est que le fait, nullement particulier à ce pays. et qui s'est présenté souvent ailleurs, surtout en Angleterre, d'une insurrection armée qui cherche à renverser le gouvernement régulier. Nous employons la force pour mettre fin à l'insurrection, comme tout autre gouvernement le fait en pareil cas. iMais ces incidents ne constituent en aucune façon un état de guerre portant atteinte à la souveraineté du gouvernement, créant des sections belligérantes, autorisant les nations étrangères à intervenir ou à agir comme neutres, ou à répudier, en quelque façon que ce soit, leurs obligations légales envers le pays ainsi troublé. Tout autre principe que celui-ci aurait pour conséquence de transformer partout les gouvernements en de simples faits enfantés par l'accident et le caprice... » Il est fâcheux pour les deux pays, nous nous permettons de le penser, que la Grande-Bretagne n'ait pas voulu, avant d'en-

voyer des instructions sur ce point, attendre que vous eussiez été reçu par le gouvernement de Sa Majesté et que vous lui eussiez soumis les ouvertures entièrement justes, amicales et libérales dont vous étiez chargé...

« Un point reste à traiter. Le gouvernement anglais, tout en déclinant, pour ne pas nous blesser, toute pensée de proposer une médiation ayant pour but l'arrangement du conflit qui divise malheureusement le peuple américain, a cependant annoncé de la manière la plus convenable qu'il était disposé à entreprendre une semblable médiation si nous venions à la désirer. Le Président attend de vous que vous disiez au gouvernement britannique que nous apprécions cette démonstration généreuse et amicale, mais que nous ne pouvons ni solliciter ni accepter la médiation de personne, pas même celle de nos meilleurs amis. Les conditions de notre société, le caractère de notre gouvernement, la situation de notre pays ne permettent pas qu'un débat qui s'élève entre nous soi( déféré à un arbitrage étranger. Nous sommes une nation républicaine et américaine. L'organisation de notre gouvernement nous fournit tous les moyens nécessaires pour guérir ou écarter toutes les maladies politiques qui peuvent nous atteindre. Adhérant strictement, ainsi que nous le faisons, aux principes de notre Constitution, nous surmonterons nos complications actuelles et nous maintiendrons notre gouvernement complet, parfait, bien portant, pour l'avantage des générations futures. La vie propre d'une nation est perdue et ses destinées deviennent douteuses, lorsque des mains étrangères, lorsque des moyens inconnus à la Constitution viennent remplir les fonctions qui appartiennent au peuple, en vertu des lois organiques.

« J'espère que je n'aurai plus à revenir, vis-à-vis de nations amies, sur les sujets que je viens de discuter. Le gouvernement anglais agira sagement en nous laissant régler à notre guise nos controverses intérieures... »

[Papers relalinçj lo foreign affnirs, page 90.)

.)/. Seward à M. Dayton, (17 juin 18G1.)

« .... Toutes les instructions que le gouvernement a données à ses représentants au dehors depuis que la nouvelle administration est aux affaires ont exprimé la profonde anxiété -que nous cause la pensée que des citoyens déloyaux, engagés dans le dessein de renverser l'Union, pourraient obtenir aide et assistance des nations étrangères, soit sous la forme d'une reconnaissance de leur prétendue souveraineté, soit sous toute autre forme plus prudente. Toutes nos instructions ont manifesté notre pleine confiance que, sans une telle assistance, l'insurrection prendrait bientôt fin, que cette assistance ne saurait servir qu'à prolonger le conflit existant et à aggraver les maux qui en résultent pour notre pays, comme aussi pour les pays étrangers et amis...

« Nous avons cherché à ne laisser planer aucun doute sur notre intention de considérer comme inconciliable avec ce qui nous est dû par les puissances amies toute concession de souveraineté faite par elles aux révoltés, alors même que cette concession serait indirecte ou inofficielle, alors même qu'elle se bornerait à leur accorder les droits de belligérants ou d'autres droits incomplets...

« Cette note ^ ne nie pas en termes exprès la souveraineté des États-Unis d'Amérique , mais elle pose en fait, contrairement à cette souveraineté, que les États-Unis ne sont plus en tout et pour tout un seul pouvoir souverain, que cette nation consiste en deux parties dont notre gouvernement est l'une La France se pro-

1 . La note dont M. Seward avait refusé d'entendre la lecture.

pose de reconnaître aux doux parties la situation qu'exprime le terme de belligérants...

« Notre gouvernement maintient que les États-Unis sont une

seule et unique nation, spécialement à l'égard des puissances

.étrangères; il maintient que la France, en vertu de la loi et des

traités, n'est nullement une puissance neutre entre deux parties

imaginaires, mais une puissance amie des États-Unis...

« Il n'est pas vrai, en ce qui concerne du moins l'étranger, que la guerre existe aux États-Unis. Assurément il ne peut y avoir deux puissances belligérantes lorsqu'il n'y a pas de guerre. Il y a ici, comme par le passé, un seul pouvoir politique, celui des États-Unis d'Amérique, seul compétent pour faire la guerre et la paix, pour régler le commerce et les alliances avec les autres pays. Il n'en existe aucun autre, soit en fait, soit en vertu de la reconnaissance des puissances étrangères. Sans doute une insurrection armée cherche à renverser notre gouvernement, et le gouvernement emploie son armée et sa marine dans le but de la réprimer; mais ce fait ne constitue pas une guerre entre deux puissances belligérantes, une guerre modifiant la situation, les droits et les responsabilités de la nation, la situation, les droits et les responsabilités des nations étrangères. A la vérité, l'insurrection peut devenir quelque jour une révolution, et cette révolution peut détruire le gouvernement antérieur, le diviser on deux ou plusieurs gouvernements indépendants. Ce serait alors, si après cette division la lutte continuait entre ces gouvernements, qu'il existerait un état de guerre modifiant la situation, les droits et les devoirs de tout le monde. Mais ceci n'a lieu que lorsque la révolution a été couronnée de succès...

« Les États-Unis maintiendront et défendront leur souveraineté jusqu'aux extrêmes limites de la République, et ils estiment que toutes les nations sont tenues de respecter cette souveraineté jusqu'au moment, si jamais il arrive, où la Providence aurait permis son renversement réel. Tout système qui entrerait en conflit avec ces principes aurait pour conséquences, dans cet

hémisphère d'abord, ensuite dans l'autre, l'anarchie et le chaos...

« Ce qui se passe chez nous, c'est simplement ce qui s'est passé 'dans tous les temps et chez tous les peuples. Une faction mécontente recherche l'intervention étrangère, afin de renverser la constitution et les libertés de son pays. Cette intervention, si elle était accordée, finirait par être funeste à la cause qui en aurait tiré parti...

« Au fond du cœur du peuple américain, plus à fond que l'amour du commerce ou de la liberté, plus à fond que l'attachement aux intérêts locaux et personnels, que l'orgueil des partis et l'ambition individuelle, plus à fond que tout autre sentiment, se trouve celui d'où notre union est née, le sentiment de l'indépendance américaine, indépendance a l'égard do tout contrôle étranger, de toute alliance, de toute influence. Et tout près de ce sentiment il en est un autre, la conviction que ni la paix, ni la sûreté, ni les libertés publiques, ni la prospérité, ni la grandeur ne sauraient se concilier ici avec le sacrifice de l'unité du peuple de l'Amérique septentrionale... »

[Papers relallng lo foreign ajfairs, page 208).

Page 1