RICHMOND
LA VIEILLE MAISON DE PIERRE, — LE MONUMENT DE CRAWFORD, — LkH MAUSOLLEE DE MONROË,
1 vous avez été introduit à New-York, dans les salons du Club centenaire, — Century S club, — on vous aura probablement montré une peinture assez médiocre, mais très curieuse, car elle représente une vieille maison bâtie avec des briques rouges, dont l'architecrure date de l'époque du règne de la reine Jeanne.
Le tableau se compose d'un pan de mur encore debout, grâce aux poutres qui le soutiennent, et l'on voit que l'incendie a détruit le reste du logis.
La « fabrique », que l'artiste a voulu léguer à la postérité s'élevait sur la rive gauche de le rivière James, il y a cent cinquante et quelques années, et servait de résidence à l'honorable William Byrd de Westover, écuyer.
A l'époque de la dernière guerre civile des États-Unis, cette demeure rustique, vestige d'un âge passé, fut occupée pendant un certain temps par les troupes fédérales, et c'est alors que le peintre chercha à perpétuer le souvenir de cette vieille habitation, Ceux qui ont suivi les événements de la guerre dans la Virginie se rappelleront infailliblement le nom de Westover.
On cite trois William Byrd de Westover, le grand-père, le père et le fils, qui, tous les trois, ont figuré avec honneur dans l'histoire coloniale de la Virginie, mais ie portrait ci-dessus mentionné est celui du second de ces personnages, qui avait non seulement une
prestance remarquable, mais dont le caractère transcendant futtrès apprécié par ses concitoyens, Le tableau qui nous a transmis la figure de ce héros virginien est encore accroché aux murs de Lower Brandon.
Ce Byrd de Westover possédait un immense revenu etil vécut longtemps en Angleterre dans l'amitié de gens illustres, comme on peut le voir mentionné sur la pierre tombale de son cénotaphe à Westover, — entre autres de Charles Boyle, comte de Orrery, On lui conféra méme le titre fellom — compagnon — dans la Société royale, Rédacteur d'un journal consacré aux transactions philosophiques, il laissa, après sa mort, une grande quantité de papiers que l'on appelle les « manuscrits de Westover » et dont lun raconte Fhistoire des frontières de la Virginie et de la Caroline du Nord,
C'est dans ce récit que l'on trouve un passage où il a transmis à ses concitoyens le nom du fondateur de Richmond, qui était le sien.
« Le 19 septembre de l'année 1933, ditil, revenant avec un ami, nommé Peter Jones, d'une expédition sur les frontières, nous fondâmes ensemble deux villes: la première sur l'Appomatox et lauue sur ja riviere James, à 22 milles de distance, Nous donnämes à celle-ci Je nom de Petersburg, en souvenir du nom de baptètne de Peter Jones €t non point en l'honneur de Pierre le Grand de Russie, Quant à l'autre, qui doit plus tard devenir une cité importante, nous l'appelâmes Richmond, car l'endroit où elle était placée, couvert de prairies verdoyantes accotées à des collines beaces, dominant les méandres d'une rivière aux eaux d'argent hiquide, se perdant à l'horizon dans une vaste forét, nous faisait sohger à la Charmante ville d'Angleterre dans 1e comté dé Surrey, »
Quelles que fussent les espérances d'avenir conçues par ces deux pionniers de la civilisation américaine, ils ne pouvaient point s'imaginer — ces vaillants défenseurs de leur pays — que sur ces mêmes territoires paisibles on livrerait plus tard des batailles qui seraient aussi célébres dans l'histoire que les combats de Pultawa et de Malplaquet : ils n'eussent jamais cru que Petersburg et Hichmond rappelleraient dans l'histoire future les horreurs des sièges de Saragosse et de Belgrade.
Le colonel Byrd ne vécut pas assez pour voir Richmond agrandie et marquant dans le nombre des cités importantes de l'Union, Le décret qui donna à cette ville le droit d'exister ne fut signé qu'en 1742 et son fondateur mourut deux ans après.
Les premières Constructions qu'on éleva sur le territoire choisi furent des hangards pour l'emmagasinage et les expéditions de tabac, Peu à peu quelques maisons se groupèrent, à de petites distances les unes des autres, et enfin, sur les collines qui dominssent l'établissement commercial, quelques riches planteurs et différents marchands écossais et anglais se firent bâtir des maisons d'une apparence plus belle que les autres.
M. ‘Thackeray a placé la, dans un de ses ouvrages, la maison de M" Rachel Esmond Wardington, à une époque antérieure à celle où elle fut réellement bâtie, I est cer. tain que Richmond n'eut aucune importance jusqu'au moment où le gouvernement de l'État quitta Williamsburg pour venir s'y établir, Les moyens de défense de la cité virginienne étaient de si peu de valeur, en 1779, qu'on se vit contraint, quand Arnold se présenta dans le pays, de livrer la ville aux Anglais sans même tirer un coup de canon, Le lieutenant-colonel Simcoë, du régiment des « Queen's Rangers », arriva à cheval dans Richmond, sans qu'on osât s'opposer à son passage.
Dès que la guerre eut pris fin, on conçut dans le pays de nombreuses espérances rela-
RICHMON D 451
tives à l'importance prochaine de cette localité comme point commercial et séjour de gens de science, Des ouvertures d'affaires furent faites dans ce but à Londres et l'on expédia des quais de Richmond à ceux de la Famise dés navires d'un petit tonnage qui mirent soixante jours à faire la traversée, Quelques années après, on bâtit une «© Maison des Indes » qui devait servir d'entrepôt aux epices ct'aux étoiles que l'on expédicrait directement de Bombay et de Calcutta dans le chef-lieu de la Virginie, ‘Foutefois les Constructions allaient lentement, plus lentement que ne l'eussent désiré les Citoyens américains du pays.
Nous avons découvert, parmi les annales historiques de la ville, que le chevalier Alexandre-Marie Quesnay de Beaurepaire, en l'an 1786, — X* de la République américaine, VIH des Calendes de juillet, Patrick Henry étant le gouverneur de la ville et de l'État,
- posa la premiére pierre d'une Académie des arts et des sciunces, laquelle était destinée à devenir la sœur de la célébre Académie (nationale, royale, impériale et républicaine) des sciences de Paris, Cette entreprise n'arriva pas à terme, ct les projets d'avenir commercial n'étaient pas encore réalisés, H fallait attendre encore.
C'est à dater de 1820 que la ville de Richmond devint un centre prospère d'affaires de toute sorte, et depuis, jusqu'à Pépoque de la guerre de Sécession, le commerce avait pris un essor digne d'être mentionné, Mais il faut le dire -- cette fatale guerre des Etats du Nord contre ceux du Sud est venue interrompre la gradation ascendante de ce grand centre de population, I faudra bien du temps pour que cet état de Chose change et pour qu'il soit possible de ramener Ce qui existait autrefois.
Le point culminant, d'où l'on peut jouir du plus beau coup d'il sur la ville de Richmond, est Hollywood Cemetery, élévation pittoresque qui est placée dans les faubourgs du nord-ouest, C'est là que repose la dépouille mortelle de nombreuses illustrations de la cité, et que sont également inbumés les héros ayant combattu et péri lors de la dernière guerre civile qui a ensanglanté l'Amérique.
Placé loin des bruits de la ville, caché par des arbres au feuillage épais, au pied desquels des parterres de fleurs embaument l'atmosphère, offrant à la vue, à chaque détour du chemin, des points de vue introuvables ailleurs, ce Champ du repos est un de ceux qui laissent aux touristes une impression à jamais vivace,
A l'extrémité sud de ce pare dés morts, on nous montra le tombeau élevé à la mémoire du président Monroë dont les restes furent transportés de New-York à Richmond, sous l'escorte du septième régiment de la ville impériale, sept années avant la guerre, ‘Fout autour de ce monument sont enterrés des Citoyens de renom, et sur leurs cercucils les parents ont fait élever des cénotaphes d'une architecture sévère.
Le panorama que l'on a devant soi, du sommet de President's Hill à Hollywood, fas. cine celui qui le contemple, car rien ne peut troubler le plaisir des yeux, voire même celui des sensations que l'on éprouve en admirant la nature.
Au fur et à mesure que les nuages courent, les collines distantes changent de couleur vers l'horizon lointain : puis on porte la vue plus près, sur la rivière James disputant sa route aux rochers qui encombrent son Hit et paraissant Chanter un Xeguienr incessant aux morts dont elle baigne l'asile immuable,
Gà et la, sur Ce courant d'eau, des îles couvertes d'arbres semblent vouloir mettre obstacle à la Course liquide; mais la rivière la surmontée en bouillonnant, malgré tous ces empêchements qu'elle brise où parait briser en passant,
Entre la rivière et la montagne President's Hill, on montre au voyageur le canal dont la forme recourbée est fort gracieuse : il va aboutir à Fun des bassins de la ville de Kichmond. Près de là, voici les forges des manufactures de fer de TFrédegar, dont les hautes cheminées laissent s'échapper des flammèches et des étincelles incandescentes qui illuminent toutes les fenêtres du voisinage et font miroiter les eaux de la rivière.
Si l'on porte la vue plus loin, on aperçoit les bâtiments immenses où l'on exploite l'industrie de la meunerie, Ces constructions, dont Richmond tire vanité, sont d'une étendue sans pareille. La farine que l'on ÿ produit passe pour être la seule qui résiste sans se corrompre à la chaleur des tropiques.
Mais ce qui intéresse particulièrement le visiteur de Richmond, c'est la ville eli.-mêime que ses clochers pointus, ses tours, ses beffrois font ressembler à une pelote hérissée d'aiguilles.
Le terrain sur lequel s'élève la cité virginienne se compose d'une chaîne de collines entremélées de vallons : c'est peut-être à cause de cet aspect topograplique que les habitants ont comparé leur ville à celle aux sept montagnes, Rome l'éternells. De quelque côté que l'on arrive à Richmond, on comprend que lon pénètre dans un centre de population très important. Il n'y a pas à craindre une déception quelconque, car Richmond est non seulement remarquable pour son aspect extérieur et intérieur, mais encore par l'intérêt poétique et social qu'il offre au touriste consciencieux.
Depuis les périodes, pendant lesquelles éclata la grande révoluton qui fit l'Amérique libre, jusqu'à nos jours, la « fleur des pois » des citoyens de la Virginie qui résident d'habitude sur leurs propriétés a pris l'habitude de se rendre à la ville, à l'époque où la législature tient ses assises et où les cours siègent.
En 1861, quand Richmond fut choisi pour être la capitale de la Confédération du Sud, l'aristocratie complète du pays se réunit dans la ville,
Les chefs de l'armée du Sud s'y étaient rendus et si l'on examine les restes des fortifications qui furent élevées autour de la cité belliqueuse, rempart de la cause sudiste, on comprendra facilement que les soldats de l'armée confédérée considéraient Richmond comme la clef de voûte de leur édifice politique.
Au mois d'août 1865, lorsque les soldats du Sud se virent contraints à partir, un incendie épouvantable vint détruire plus de mille habitations dont la valeur était d'au moins 8,000,000 de dollars.
Depuis lors, il faut le dire, Richmond s'est relevée de ses ruines, et c'est à peine, si de nos jours, on trouve quelques traces de cette conflagration historique.
Le Capitole, — nos lecteurs remarqueront que dans tous les chefs-lieux d'État on trouve un monument qui porte Ce nom, — le Capitole, disons-nous, est le principal monument de Richmond; il date de la période révolutionnaire ; comme l'Acropole d'Athénes, il domine toutes les autres constructions. Son aspect est imposant, c'est l'architecture de la « Maison carrée » de Nimes qui a été choisie par l'habile M. Jeflerson, pour modèle de ce bâtiment public, mais depuis l'époque où les plans furent levés, des modifications telles ont été faites aux projets primitifs que le Capitole de Richmond ressemble aussi peu à la « Maison carrée» que Notre-Dame de Paris à l'église Saint-Paul de Londres,
Comme point de vue pittoresque, le Capitole de Richmond est pour Hollywood ce que serait le Parthénon — restauré — pour la capitale de la Grèce moderne. Examiné à 2 milles
HOLLY WOOP.
DE