PRISE DE
UE
La vue générale de Washington impressionne le visiteur, qui aime à contempler cette
construction géante .Le Capitole, dont la coupole semble suspendue en l'air au-dessus d'un
446 L'AMÉRIQUE DU NORD PITTORESQUE, dôme de verdure, tandis que çù et là des clochers, des toits brillants percent la cime des arbres,
Washington a été créée par les fondateurs de la république, et les plans dressés par eux prouvent qu'ils voulaic te” laure la ville la plus populeuse et la plus vaste d'un grand pays appelé à jouer un des premiers rôles dans l'histoire du monde et de la civilisation. Reporter vers l'ouest le siège du gouvernement n'était pas une idée admissible, La capitale actuelle, avec ses souvenirs auxquels s'attache le nom du premier président des États-Unis, est désormais l'unique et vrai centre de l'union d'un grand peuple qui a gravé sur le dôme de son Capitole cette devise: Æ pluribus unumr. Si cet argument n'est pas convaincant, il a suffisamment convaincu le Congrès, et il n'est pas probable que la question soit soulevéc à nouveau, ou résolue difléremment.
En réalité, elle n'a qu'une importance secondaire, celle de la distance; mais on ne saurait se rapprocher des États du Pacifique sans s'éloigner de ceux de l'Atlantique ; puis, et surtout, il faut tenir compte de ce fait, c'est que si Washington est le siège des pouvoirs publics, elle n'est ni la capitale du Nord, ni celle du Sud, ni celle de l'Ouest, ni celle du Pacitique, et que chacune de ces sections a sa capitale particulière.
Ilimporte, pour s'en rendre compte, de dégager de la phraséologie usuelle, commune à tous les peuples, la signification exacte et vraie des mots, Celui de capitale représente à l'esprit une idée pré. ise, intimement associée avec celle de la première ville d'un Etat. Il implique le nombre, {a supérioriié intellectuelle et artistique, les traditions du passé, les souvenirs, les monuments, l'histoire et surtout l'unité. Les grandes, les vraies capitales — par là nous entendons celles qui réunissent toutes ces conditions — n'existent que dans les pays où l'unité, l'homogénéité ne sont plus en question, Là où ces conditions ne se rencontrent pas, nous trouvons non pas une, mais plusieurs capitales: c'est le cas pour les États-Unis.
Construite sur un plan monumental, prête, dès 1800, à recevoir une population considérable, Washington est, comparativement, la ville des États-Unis qui a fait le moins de progrès depuis près d'un siècle, Et cependant elle est le centre des pouvoirs publics; elle attire et retient une armée d'employés, le Sénat et la Chambre des représentants, tous ceux — et le nombre en est grand — qui ont affaire avec l'État, tous les ambitieux, les solliciteurs; le Président l'habite, le corps diplomatique y réside : eh bien! malgré tous ces éléments, on n'y compte que 110,000 habitants. Le climat n’est pas plus malsain qu'ailleurs, certainement moins qu'à la Nouvelle-Orléans ; il est plus rigoureux à Boston, plus excessif à New-York.
Non loin de Georgetown, au milieu de la rivière, est située une île nommée Analcitan que l'on dirait avoir été détachée du continent européen, comme une nef capable de traverser les mers, pour être amenée sur ces rivages lointains. En cherchant à percer l'épaisseur des murailles d'arbres verts et de buissons, les yeux se reposent sur quelques vieilles maisons, où plutôt quelques ruines, que l’on prendrait pour celles d’un ancie1 manoir.
Il y a certains semblants de réalité à ce rêve du touriste. Il paraît qu'autrefois, dans la période de la création de la république aux États-Unis, un vieux gentleman de la Virginie, que sa situation mondaine et son rang dans la société avaient rendu célèbre, vint s'établir en ces lieux. Cet homme se nommait George Mason. Il avait résolu de vivre seul dans cette ile, sans avoir plus rien de commun avec ses cempatriotes. Il se fit donc Eitir en cet en-
© WASHINGTON. 447 droit une maison à la mode de Virginie, d'où il ne sortit plus désormais, Lorsqu'il eut passé de vie à trépas, l'habitation et ses dépendances restèrent sans gardien pour les surveiller, et cette ile n'est plus considérée actuellement que comme un simple ornement dans le paysage général,
La route qui conduit de l'aqueduc à Arlington longe le Potomac, et l'on jouit, de tous les côtés, de points de vue qui excitent l'enthousiasme parmi ceux qui aiment les beautés de la nature.
Arlington n'est plus --il faut l'avouer — ce qu'il était du temps où son propriétaire — M, Curtis — habitait ce domaine princier, ‘Tout lord archimillionnaire de la vicille Angleterre eût considéré comme un honneur d'être le maître d'un manoir semblable à celui-là, I faut dire que sa situation est unique au monde, Une immense pelouse s'étend de la rivière jusqu'aux escaliers qui donnent accès au péristyle du logis seigneurial, L'intérieur de ce manoir était, d'après le goût de M. Curtis, celui d'un vieux bâtiment aristocratique de la Virginie, ily acentans, On vous montrait, de la porte du château, le chemin que suivait Washington lorsqu'il venait de Mount Vernon, à 10 milles plus loin. Chaque coude de la route, chaque pierre des bords de ce passage, avaient gardé — par une légende, une anecdote — quelque souvenir du père de l'Amérique du Nord; car, il faut dire que M. Curtis était le fils adoptif de l'illustre général Washington, et que tout ce qui était autour de lui respirait l'aristocratie, la richesse et le respect des temps passés, C'était la religion de cet homme de bien, à laquelle il resta fidèle toute sa vie.
Suivons les rives du Potomac en remontant vers le nord, comme en descendant vers le sud de Washington, et nous y trouverons des paysages qui rendraient un peintre rèveur, L'une des promenades favorites est celle qui remonte de Georgetown au nord, en longeant les bords du canal d'un côté et les méandres de la rivière de l'autre. À 1 mille de distance de cette partie de Washington, on ne se douterait jamais que l’on est à si peu de distance d'un des centres de population importants des États-Unis.
Le touriste se trouve en plein désert, dans un site sauvage. Les arbres de la forëèt sont reliés les uns aux autres par des plantes grimpantes inextricables. Les habitations sont rares et les rives du Potomac sont tantôt très élevées, tantôt fort basses, On se demande si l'on n'est pas sur la frontière des pays civilisés, et si les Peaux-Rouges ne vont pas faire irruption sur le territoire. En un mot, on rève de scalps et de massacres.
I y a trois villes à parcourir au centre de ces déserts américains avant d'arriver à Little Falls, modeste cascatelle encastrée dans un bois touffu, sombre et frais, qui n'a d'autre prétention que celle de rompre la monotonie d'un courant d'eau qui serpente sous bois, dans un lit tapissé de mousse et d'herbes lancéolées. Au-dessus de ce site nommé Little Falls, on passe sur un pont très élevé de l'État de Maryland dans celui de la Virginie. Le rivage est circonscrit par des roches amoncelées les une: sur les autres, et les pêcheurs habiles du pays déclarent qu'en cet endroit la « chasse au poisson » est la plus fructueuse, Great Falls — un peu plus loin — a un aspect plus grandiose que sa sœur minuscule, En effet l'eau bouillonne et écume, en se creusant un passage entre les rochers brisés, du milieu desquels elle jaillit en gerbes miroitantes.
Le Potomac est devenu plus étroit, ses eaux sont plus claires et plus rapides, et tout le long de sa course vagabonde, jusqu'à Harper's Ferry, la vallée dans IRquens il passe est un but d'excursion très aimé par les voyageurs.
Au-dessous de Washington, la rivière plus large se meut plus lentement, la culture a envahi le sol et les champs ont été fécondés par le sang de nombreux enfants du pays, morts pour la défense de leur liberté et de celle de leurs enfants. Celui qui s'mbarque à bord d'un steam-boat parcourt entre deux rives fort pittoresques le chemin liquide qui aboutit, à une heure de distance, à la célèbre résidence de Mount Vernon où le général Washington s'était retiré, quand il refusa de porter une fois de plus le poids du gouvernement de son pays. Des deux côtés du Potomac on vous montre les fortifications élevées pour la défense de Washington : fort Washington, Foote et autres terrassements qui ont joué un rôle dans la dernière guerre, La vue que l'on contemple au nord du fort Foote est particulièrement remarquable par cette raison que Phorizon est immense et que l'on aperçoit Washington dans le fond. Sur les premiers plans, on se trouve en pleine campagne, dans un site enchanteur et loin des bruits du monde.
Contemplé par un beau coucher de soleil, le Capitole de Washington est un poème de géant élevéen mémoire de la liberté d'un peuple, dont Fhabileté en politique, en industrie et en agriculture ne saurait être méconnue.
En 1839, George Combe notait sur son carnet : € Washington est un gros bourg égaré dans un marécage et qui ne peut plus retrouver sa route. » Fout est bien changé maintenant. M" John Adams et Oliver Wolcott ne reconnaitraient pas, dans la ville des magnificent distances, comme on l'a surnommée avec raison, « Washington city » telle qu'elle
était au début.
L'INSTITUT DE SMITIHSON ET SON Parc,