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LE SOMMET DU PONT NATUREL

nous nous trouvions sur l'arche.

Nous mîmes pied à terre et, laissant nos montures aux mains des Virginiens, nous

avançämes au bord du précipice, C'était effrayant à voir, Du milieu des arbustes et des arbres verts qui couvrent ce passage élevé, on apercevait la vallée à une profondeur immense,

Nous nous hâtämes ensuite de faire le tour de la montagne pour descendre à l'endroit d'où l'on pouvait le mieux admirer cette merveille unique au monde; nous eûmes alors devant nous un spectacle sans pareil, Cette arche de Titan est jetée sur un torrent qui coule lentement en été, fougueusement en hiver entre les parois de la pierre, La masse de rochers qui forme la clef de voûte de ce travail de la nature mesure 49 pieds au centre le plus allongé, sur 37 de large. Vu de loin, ce pont paraît être formé d'un seul morceau, et l'on dit, dans le pays, que les fissures que l'on remarque de près sur la partie gauche ont été produites par des coups de tonnerre qui éclatèrent en cet endroit en 1779. Sur le côté droit, on n'aperçoit point de trace de ces eflets de l'électricité, Bien au contraire, la pierre est lisse et unie comme par le ciseau d'un carrier, Les culées sont polies à la façon de toutes celles fabriquées par la main des hommes, contre lesquelles l'eau a passé pendant plusieurs siècles. Les quatre roches qui sont attenantes à ces culées sont d’une nature homogène et descendent graduellement du sommet jusqu'à la vallée, Leur élévation est de 200 pieds et la voussure de l'arche compte 150 pieds de largeur. Si l'on examine ce pont naturel simplement au point de vue du pittoresque, on ne peut s'empêcher d'être vivement impressionné, Si l'on fait ensuite la part de la géologie, on se dira qu'il n'y a rien eu de volcanique dans la formation de cette merveille. D'ailleurs la roche est calcaire. Tout porte à croire que, dans les temps reculés, un grand amas d’eau se trouvait barré en cet endroit par les montagnes et qu'à un moment donné ce lac se fraya un chemin en entraînant sur son passage tous les débris de roche qu'il avait arrachés à la masse qui lui faisait obstacle. Toutes ces hypothèses sont assez problématiques. Pourquoi ne pas laisser au Créateur du monde une certaine fantaisie dans l'œuvre qu'on lui attribue?

Il serait impossible d'énumérer ici le nombre de visiteurs qui se sont rendus et se rendent chaque année dans ce coin de l'État de Virginie pour admirer ce paysage agreste et ce spectacle grandiose. Dans le nombre de ceux-là, nous citerons une belle Virginienne, miss Randolph, dont l'audace et la périlleuse aventure ont rempli les colonnes des journaux de son temps.

Accompagnée de plusieurs amies de son sexe et d’un certain nombre de gais jeunes gens, la jeune fille avait dirigé la cavalcade sur les hauteurs du pont naturel, C'était par une soirée d'été radieuse; la « Beauté de Richmond », comme on nommait cette superbe créature, méritait réellement ce titre, car sa taille svelte, ses yeux de gazelle, ses joues roses, la faisaient admirer. de tous ceux qui la voyaient une seule fois. Sa gaieté égalait sa grâce.

Lorsqu'elle arriva sur les hauteurs du pont, la cavalcade mit pied à terre, et chaque personne vint, le plus près possible du bord, en se tenant aux arbres et aux pierres, jeter les yeux sur le précipice placé au-dessous.

Tout à coup un des cavaliers désignant, du bout de sa badine, un cèdre qui avait poussé horizontalement sur l'une des culées du pont naturel, dit à ceux qui l’entouraient qu'il n'y aurait personne au monde assez fou pour oser se tenir debout sur cet arbre.

Tout le monde se récria : au même instant, le frôlement d'une robe de soie se fit entendre près des jeunes hommes, et un cri de terreur fut poussé par tous les assistants.

Miss Randolph s'était élancée sur le cèdre et se tenait d’une main à une des branches,

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