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LE PONT NATUREL DE LA VIRGINIE

se balançant sans sourciller, La pâleur couvrait tous les visages des amis et amies de la demoiselle «sans peur et sans reproche », Personne n'osait proférer une parole : tous s'imaginaient qu'elle était perdue, Si la tête lui tournait, si son pied glissait, c'en était fait d'elle.

Miss Randolph ne remuait pas plus qu'une statue : sa cravache à la main laissait flotter au vent l'écharpe qui s'enroulait autour de son cou de cygne, elle poussa un grand éclat de rire et demanda à ses cavalieri sirventi s'il en était un parmi eux qui osât suivre son exemple, La tradition rapporte qu'oublieux de tout sentiment de galanterie, ces gentlemen refusèrent d'imiter la folie de leur amie. Miss Randolph dut revenir lentement sur la terre ferme, où elle arriva saine et sauve.

Le moment de la journée le plus propice pour visiter le pont naturel est le matin, au soleil levant; mais généralement c'est par la vallée que l'on se rend à l'endroit d'où l'on jouit d'un point de vue sans égal. Le soleil darde ses rayons sous cette arche géante : on se mettrait volontiers à genoux, tant cêtte vue impressionne à un degré que rien ne peut exprimer. Disons tout de suite que le pont naturel de la Virginie est de 55 piec: “ns élevé que le Niagara.

Parmi les audacieux qui ont voulu se hisser sur la cime du rocher qui forme le pont de l'architecte Dieu, on cite George Washington qui, plein d'audace, amateur d'aventures, conçut un jour le dessein de gravir les hauteurs de la montagne à l'arche monumentale. Il y alla et en revint sain et sauf, heureusement, pour le salut de son pays,

La personne qui a atteint le point le plus élevé de ce pont de la Virginie est un nommé M. James Piper, qui faisait ses études au collège de Washington et qr', depuis, est L'evenu sénateur de l'État de Virginie.

Vers l’année 1818, M. Piper et quelques-uns de ses camarades étaient venus en partie de plaisir dans la vallée du « Natural Bridge ». Tous ces jeunes gens, après avoir parcouru les hauteurs du rocher, descendirent sous l'arche, et il fut question de gravir la paroi intérieure aussi haut que cela serait possible. M. Piper commença à entreprendre cette ascension en s'accrochant aux pierres et aux arbustes; il mon, monta, plus haut que personne, plus haut que le général Washington n'était jamais allé, et, quand il lui fut impossible de s'avancer davantage, il se tint debout sur une pierre et poussa un cri de triomphe en regardant en bas ses compagnons, qui ne pouvaient en croire leurs yeux.

M. Piper voulait écrire son nom sur la pierre; il tira un couteau de sa poche et réussit à fair. ce qu'il désirait.

Cet audacieux écolier sentit cependant, à un moment donné, sa tête tourner ; il ferma les yeux et songea à descendre. Ce n'était pas chose facile il se débarrassa alors de ses souliers l’un après l’autre, puis de son habit, qu'il jeta dans l’abime. Tous ses mouvements étaient calculés; mais il réussit à atteindre un roche- solide, sur lequel il reprit haleine et laissa ses nerfs se détendre. Un instant après, il se leva et, tout à coup, on le vit s'enfoncer dans une crevasse du rocher : ses amis le crurent perdu. Un cri seulement s'échappa de leurs poitrines; mais M. Piper reparut quelques secondes après à travers un buisson vert qui l'avait caché aux yeux de ses compagnons. En quelques bonds il parvint près d'eux sain et sauf, mais il avait été à deux doigts de sa perte.

Le pont naturel occupe le point du sud-ouest du comté de Rockbridge, dans la chaîne des montagnes Bleues; on s'y rend de Lexington au moyen d'une diligence qui a 14 milles à parcourir. Le trajet par bateau-poste de Lynchburg est de 36 milles.

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