‹ L'Amérique du Nord pittoresque [microforme]Chapitre 124 sur 211 · MAGNOLIAS · texte numérisé non relu

MAGNOLIAS

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Un de ces moricauds, dont le chef était couvert de cheveux blancs, souleva son chapeau à notre approche en nous disant :

— Ces messieurs sont les bienv2nus aux Magnolias,

Le couvert était mis sur les bords d'un lac minuscule creusé au milieu d'un parc à l'ombre d'un chène monumental et nous fimes honneur aux mets qu'on avait apportés.

On racontait autour de nous que celui à qui appartient ce domaine vient quelquefois encore le parcourir; il se promène la tête ensevelie dans ses mains, pleurant sur un bonheur disparu qui ne peut plus lui être rendu.

Le lendemain de notre visite sur les bords de l'Ashley, nous allâmes voir une vieille église bâtie sur la rivière de l'île de Goose Creck, — près de la Cooper, — à 18 milles de Charleston, Ce monument religieux date de 1711. Il a été construit au milieu d'une forêt et on y parvient par un petit sentier très éloigné de toute habitation.

Un large fossé a été creusé autour de Saint-James Church, de façon à protéger les tombes qui ont été creusées devant cette chapelle contre les attaques des animaux carnassiers.

L'intérieur de ce sanctuaire est fort ancien. On trouve autour du chœur dallé de pierres dix-huit stalles sculptées d'un très beau travail. Dans la galerie placée à l'extrémité du vieux temple sont placés trois ou quatre rangs de bancs, au-dessous desquels, dans la nef, on voit aussi quelques autres bancs destinés aux serviteurs nègres.

L'autel, la chaire, le pupitre où est placée la Bible, sont si étroits que l’on dirait une miniature, un joujou. Les tablettes dressées sur le côté de l'autel offrent à la vue des ornements peints d’un grande finesse. Un livre et une licorne se dessinent sur cet autel : c'est bien, si l'on veut, un peu rococo, mais, tel que cela est, ce travail a son charme et sa valeur artistique.

Jadis cette église était le rendez-vous des gens pieux des plantations voisines, mais peu à peu, la guerre aidant, le monument sacré a été abandonné, et ces vestiges de la foi ont disparu pour retomber dans l'oubii, et pour disparaître au milieu du retour à la sauvagerie et au chaos. Partout les arbres ont poussé à leur convenance; les buissons ont envahi le sol et recouvert les pierres tombales.

Si rien ne survient d'ici à quelques années, la forêt aura recouvré son indépendance, et la ruine disparaîtra comme les villas romaines de Pompéi, non point sous la cendre et la lave, mais sous la verdure.

Le Cimetière des Magnolias à Charleston est un des points que l'on montre volontiers aux étrangers. C'est un champ des morts nouvellement ouvert, dont la dénomination est facile à comprendre. Des magnolias et des chênes aux ventres rebondis poussent çà et là dans les allées des tombeaux. C'est là qu'on a élevé un cénotaphe au colonel William Washington, dont les exploits, pendant la guerre de l'Indépendance ont été relatés dans l'histoire du peuple. Non loin de ce cippe est placé celui de Hugh Swinton Légaré, un des hommes les plus érudits qui aient jamais paru dans la Caroline du Sud.

Il y a encore, en cet endroit béni, le mausolée du commodore Vanderhorst, dont le cercueil enveloppé dans le drapeau aux trente-six étoiles des États-Unis peut se voir à travers les grilles de la chapelle où il est exposé.

La colonie de Charleston fut commencée en 1670, cinquante années avant celle de Savannah, sur la même côte de l'océ.... Atlantique. Celui qui vint s'établir le pre-

CHARLESTON ET SES ENVIRONS. 593 mier en cet endroit se nommait William Sayle : il fut nommé gouverneur du pays.

La nouvelle ville reçut le nom de Charles II, alors roi d'Angleterre, et ceux qui l'habitaient eurent à se défendre contre les attaques des Indiens, qui mettaient tout à feu et à sang.

Lorsque la guerre de l'Indépendance éclata, les citoyens de Charleston se déclarèrent aussitôt en faveur de leurs frères du Nord et leur prêtèrent secours suivant leurs moyens.

Les événements qui se passèrent devant la cité capitale de la Caroline furent à la fois heureux et malheureux. Trois fois les Anglais vinrent y livrer hataille, Le premier combat eut lieu à l'ile de Palmetto, où la flotte anglaise canonna le fort Sullivan et dut se retirer après avoir été vaincue, Vint ensuite la tentative du général Prevost, et en troisième lieu je siège commencé par sir Henry Cialon, qui dut se retirer pour ne pas succomber par la famine.

Nous ne parlerons pas ici de l'histoire étrange et souvent glorieuse de Charleston depuis la fondation définitive de l'Union américaine; nous laisserons de côté le rôle que joua cette cité dans la guerre de Sécession, où son sort fut réellement très malheureux.

Nous nous contenterons seulement de rappeler l'époque où Charleston se trouvait à l'apogée de sa gloire et où ce grand centre de population était le lieu de réunion des plus illustres hommes d'État et des femmes dont la beauté était proverbiale.

Nous rappellerons ici le récit fait par Elkanah Watson, qui, voyageant dans ces parages, après la terminaison mémorable de la guerre de l'Indépendance et se rendant de Providence à Charleston dans un buggy, fut émerveillé par l'aspect plantureux des pays qu'il traversait et par la splendeur asiatique de ses habitants.

Charleston était alors la contrée la plus civilisée de ce coin du territoire, Tous ceux qui résidaient dans l'intérieur des terres se rendaient dans cette ville pour y prendre les bains de mer, et les planteurs menaient, — surtout à cette saison de l’année, — une existence de plaisirs et de fêtes.

Dans cetemps-là, — il y a un siècle, — les hommes du plus grand mérite vivaient dans la Caroline du Sud et les Pinkney, Rutledge, Gadsden, Légaré, que nous avons cités plus haut, n'étaient point les seuls dont on püt citer les familles, la valeur et la fortune.

Il est à espérer que dans un temps donné, les plantations, en s'étendant sur les bords de la Cooper et de l’Ashley, renaîtront de leurs cendres et reprendront leur rang parmi les riches propriétés de l'Union.

Un pays aussi beau que celui-là ne peut pas retomber dans le chaos et la sauvagerie.

Il est impossible d'oublier, dans ce chapitre consacré à la plus grande ville de la Caroline du Sud, le chef-lieu de l'État que Fon nomme Colombia. Cette cité dont l'importance date de 1790 a été choisie — comme Washington — pour le séjour de la Législature. Bâtie sur les rives de la rivière Congarée, près de l'embouchure de la rivière de La Salada, au milieu d’un pays entièrement consacré à la récolte du coton, Colombia jouit d’un climat qui rappelle celui de l'Italie. Les rues sont larges, bordées de plantations de la plus belle venue, de jardins où fleurissent les jasmins et les japonicas, les orangers et les citronniers plantés devant des habitations très luxueuses.

Très éprouvée pendant la dernière guerre, la ville s'est hâtée de relever ses ruines, en dépit du mauvais gouvernement dont elle avait à subir les exactions. On compte 12,000 habitants dans ce chef-lieu.

C'est par Colombia, que passe la route directe allant de Charlotte, — Caroline du

50, L'AMEÉRIOUE DU NORD PITTORESOUE Nord, — à Augusta dans la Géorgie, ét partout, sur ce territoire béni, les mauvaises influences atmosphériques n'existent pas,

On visite à Colombia le « Place House », monument d'une grande importance; « l'Université » ensevelie dans un pare ombreux, dont tous les professeurs se retirérent quand le premier écolier nègre fut introduit sur les bancs de l'ecole; et l'Hospice pour les tous, dont l'architecture a quelque chose de particulièrement sérieux.

Ce qu'il y a de curieux à signaler à Charleston, comme à Colombia, c'est la saleté de la race nègre, dont les haillons et les guenilles dépassent tout ce que l'on peut rèver dans ce genre de misère et de malpropreté.

Une autre curiosité du pays consiste dans la présence de grands vautours, — urubus, — à qui le nettoyage des villes est confié, IIS remplacent les chiens de Constantinople et défense est faite de leur faire le moindre mal, de déranger même ces oiseaux de rapine, qui sont, — eu égard à cette protection, — d'une familiarité qui frise l'insolence, Aux approches du coucher du soleil, tous ces carnassiers ailés reprennent leur vol et vont se réfugier sur les rochers des hautes montagnes. Mais quand l'aube revient, ils sont de retour avec elle et ils se prendraient de querelles avec les chiflonniers du pays, si les ramasseurs de chiffons

existaient aux Etats-Unis.

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