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LA PORTE DE LA VILLE DE SAINT-AUGUSTIN

tains, grenadiers, citronniers, poncires, arbousiers, bergamotiers, orangers de Séville et de Portugal, Saint-Augustin est bâti sur un terrain dont l'étendue est de trois quarts de mille. sur ua quart de mille de large. On y trouve quatre églises dans le style espagnol, construites avec de la pierre coguina (?). L'un de ces monuments religieux fut renversé pendant l'occupation anglaise ; mais on en a conservé le clocher, qui est un des ornements de fa ville. Un autre de ces temples catholiques, était attenant au couvent de Saint-François. Les maisons de Saint-Augustin sont presque toutes bâties en pierres, et du côté de l'est on aperçoit des balcons qui dominent la rue. Dans la partie exposée au nord, il n'y a pas la moindre ouverture, de telle façon que le froid ne peut pénétrer dans le logis. Devant les

portes de ces bâtiments on a planté des vignes dont les fruits sont exquis. »

« La maison du gouverneur est fort belle : l'architecte y a placé un belvédère : un portique d'ordre dorique et des colonnes entourent cette construction ».

« Vers le nord de la ville, on conduit le voyageur visiter le château fort, flanqué de quatre bastions, de contrescarpes et de glacis dans le genre Vauban. A un demi-mille de là, vers le nord, se trouvaient quelques redoutes importantes et un fortin, près de la rivière Saint-Sébastien, et enfin le fort Mooza qui est placé sur le courant d'eau nommé Saint-Mare, Mais tout cela a disparu, y compris les ‘glises qui s'élevaient hors la cité. On fait voir à ceux qui le désirent l'emplacement où es constructions se trouvaient autrefois. »

En 1821, la Floride ayant passé au mains des Américains, tout « rentra dans l'ordre accoutumé » et l'histoire de ce pays n'a plus eu de faits remarquables à enregistrer.

Si nous examinons maintenant les curiosités de la ville, nous visiterons d'abord le fort Saint-Marc, — autrement dit San Marco, — complètement bâti en «coquina», sorte de tuf aggloméré de coquillages et de sabl':, — que l'on trouve en grande quantité dans l'île Anastasie, — et qui durcit à l'air. Les murailles faites avec cette pierre résistent aux boulets de canon, par cette raison qu'elle n'éclate pas. ,

La casemate du guetteur, ou plutôt de la sentinelle, que l’on va visiter à l'angle de cette forteresse démantelée, est tout à fait remarquable.

Dans le nombre des monuments anciens de Saint-Augustin, on cite avec raison la cathédrale : son beffroi, en forme de pyramide, son carillon placé dans quatre tours séparées, contenant des cloches dont une porte la date de 1682, tout est curieux et intéresse le voyageur. Le vieux couvent de Sainte-Marie est aussi remarquable que le nouveau, On montre aussi la vieille maison du gouvernement, autrement dit le Palais, où sont installés le bureau de poste et la cour de justice,

La « place de la Constitution » est un square public planté au milieu de la ville : c’est là que se tient le marché, en face de la cathédrale, Au milieu de cette promenade, on voit un monument élevé en l'honneur de la constitution libérale espagnole,

Nous visiterons également le vieux cimetière des huguenots, et celui de l’armée où sont enterrés les malheureux qui ont périt dans la guerre contre les Séminoles, massacrés par Oscéola et les gens de sa tribu.

Ce chef Oscéola était un Peau-Rouge dont l'histoire doit trouver sa place dans ce volume.

Dès 1821, les Indiens Séminoles, qui occupaient le pays intérieur de la Floride, se virent forcés, d'après les traités passés entre leurs chefs et le gouvernement de Washington, de vivre en paix avec les vainqueurs et les nouveaux propriétaires du sol de leurs pères. Ces sauvages de l'Amérique du Nord étaient plus civilisés que les autres peuplades du territoire; ils cultivaient l'indigo sur leurs terres fertiles, où poussaient déjà, presque sans culture, la canne à sucre, le riz et le coton.

Certains aventuriers de race blanche, qui s'étaient établis dans le voisinage des villages séminoles, conçurent le plan de s'emparer du bien de ces pauvres Indiens, Ils songèrent d’abord à traiter avec eux, en leur proposant un échange de territoire de l'autre côté du Mississipi; mais les Séminoles refusèrent. Ils tenaient à leur patrie.

On résolut d'employer la force; mais le président Jackson reculait devant une guerre qui eût été honteuse pour les États-Unis, car on n'avait aucun prétexte pour chasser ces Indiens paisibles et laborieux. Les gens qui tenaient à cette expulsion accusèrent alors ces infortunés Peaux-Rouges de vols et de déprédations. Les journaux se firent

l'écho de ces calomnies et l’irritation devint générale, Il fallait commencer les hostilités, mais on employa d'abord la ruse, Les chefs des Séminoles furent priés de se rendre à un certain endroit sur les bords de l'Ocklawaha : ils s'y trouvèrent, le 19 mai 1832, et quand on leur eut donné preuve d'amitié, on les enivra et on leur fit signer un traité par lequel ils s'engagaient à s'éloigner des terres occupées depuis si longtemps par leurs ancêtres.

Ces traîtres, — c'est ainsi que les appelèrent leurs compatriotes, — avaient donné leur parole pour les autres, et, dans le nombre des absents, un certain Onapa se récria contre le traité, quoiqu’au fond il fût décidé à accepter les offres du gouvernement de Washington.

C'est à ce moment-là qu'un jeune Séminole, noble, beau, intelligent, doué d'un caractère énergique, se révéla à ses frères et leur précha la résistance. Cet homme, ce héros, c'était Oscéola, — le « Soleil levant », — celui qui ne trahissait pas les siens.

Il dit à l'agent des Etats-Unis, envoyé pour traiter avec les Séminoles :

« Vous pouvez déclarer la guerre; quoique nous aimions la paix, nous vous résisterons. Nous sommes résolus à mourir plutôt que de nous laisser déshonorer. La grèle en tombant peut écraser la fleur, mais le chène de la forêt lève la tête et défie l'orage. »

C'est en vain que l'agent américain et ceux qui l’accompagnaient voulurent calmer les Séminoles et leur chef; tous se levèrent pour quitter la place.

C'est à ce moment qu'Oscéola tirant son bowie knife déchira d'un seul coup le parchemin qui avait été placé sur une table, devant la tente des Yankees, pour qu'il fût signé par les Indiens.

On se jeta sur le jeune chef des Séminoles, on l'emmena prisonnier; mais, quelques jours après, il parvint à se sauver et retourna dans sa tribu.

Dès le lendemain, la guerre était déclarée, guerre terrible, car elle portait partout le fer et l'incendie; toutes les plantations étaient brûlées par des ennemis invisibles, et le cri de guerre : « Yo-yo-kie! » retentissait de tous les côtés, dans l'ombre, au milieu des bois.

Le gouverneur de la Floride attendait des troupes de la Nouvelle-Orléans, de Mobile, de Savannah, de Charleston. Elles se réunirent enfin, mais la guerre ne pouvait être conduite par une série de batailles avec une race aussi rusée que celle des Peaux-Rouges.

Oscéola était un ennemi terrible : aussi les Américains songèrent-ils à s'emparer de sa personne. Il tomba dans une embuscade, ou plutôt il fut livré par un traître et fut de nouveau fait captif,

Mais la prise d'Oscéola ne mit point fin à la guerre; elle continua même après sa mort, qui arriva quelques semaines après. A l'heure de son agonie, le grand chef indien fut entouré de ses amis et de ses ennemis, admirateurs de son noble caractère, et plus d’un rude soldat étoutla un sanglot dans sa gorge, en entendant le roulement des tambours drapés qui battaient une marche funèbre sur le tombeau du « Soleil levant ».

Cette guerre des Séminoles eut ensuite pour chef un nommé Billy Bowlegs, dont le courage et l'astuce ne purent faire triompher la cause des Indiens.

A l'heure actuelle, ces Peaux-Rouges ont peu à peu disparu; ceux qui restent sont disséminés parmi les colons et la population floridienne.

Revenons maintenant à Saint-Augustin.

Tout le long de la mer on a élevé une muraille, ou plutôt un quai qui défend la ville pendant les tempêtes, contre les injures de la mer. C’est là que les habitants se plaisent à se promener, le soir, quand la lune brille au firmament.

520 L'AMEÉRIQUE DU NORD PIFFORESQUE,

Le touriste qui arrive par terre à Saint- Augustin est réellement séduit par la végétation et la flore du pays qu'il parcourt, Ilse croirait aux abords de quelque vieille ville d'Espagne ou d'Italie, Dés qu'il pénètre dans l'intérieur de la cité, il se perd dans des rues tortueuses, étroites, dont la plus large mesure 25 pieds. C'est là qu'appa-

rait à ses veux l'ensei-

gne de l'hôtellerie, la Posada, — la plus élégante de Saint- Augustin.

Nous n'insisterons pas sur le confortable de ces « ruches » dans les pays chauds : l'air y circule, l'ombre y règne et l'on oublie que le soleil brille par-dessus les maisons dont il rôtit les toits.

Gù et là s'ouvrent des jardins où les plantes tropicales poussent avec un luxe de végéation qui rappelle celui de Grenade ou de Séville. Les cactus à raquettes, les palmiers sont aussi élevés qu'en Afrique. Quant au pavé de la ville, il se compose de dalles sur lesquelles l'eau s'écoule si TS NE bien qu'on marche toujours à pied sec. SA INT-AUGUSTIN.

On trouve deux couvents de religieuses à Saint-

Augustin, tous deux consacrés à l'éducation des jeunes filles du pays. Ces nonnes viennent de France et sont d'excellentes institutrices. Ce sont elles qui fabriquent les chapeaux de feuilles de palmier qui se vendent sur nos marchés européens,

On peut voir à Saint-Augustin de très belles maisons sur le modèle de celles qui ont été bâties à New-York, à Philadelphie, ou à Boston. Elles sont toutes entourées de jardins fleuris et de vergers d'arbres fruitiers d’un très grand rapport. Les bananiers prennent là des proportions d'arbres géants et leurs régimes sont énormes. C'est de Saint-Augustin que l'on expédie dans le nord les meilleurs melons du monde. Ce ne sont pas des cantaloups, mais leur chair juteuse et parfumée en fait un manger très recherché.

Linda Florida ! disaient les Espagnols, dans leur enthousiasme et nous nous écrions comme eux : Linda Florida! Belle Floride!

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