UN DAYOU DU MISSISSIPI
et Cortès, venait, — accompagné de ce qui lui restait d'hommes valides, — débarquer sur les bords du Mississipi, à 1,050 milles de l'embouchure de ce fleuve. Cette découverte le couvrit de gloire, et quand il mourut, ses compatriotes lui élevèrent un tombeau dont l'inscription porta son nom à la postérité.
Le Mississipi, toujours changeant, n'en est pas moins toujours le mème après trois siècles, si bien que la relation faite et publiée par les Espagnols répond encore à l'aspect du vaste courant d’eau actuel; on lit dans ce récit :
« Le fleuve était si large qu'un homme debout sur le rivage n'était point reconnu pour ce qu'il était réellement par un autre homme se tenant sur la rive opposée. Le lit du fleuve était très profond, le courant fort rapide et il charriait des arbres énormes. »
Luis de Moscoso, à qui de Soto légua le soin de conduire l'expédition, quand la mort vint le surprendre, n'eut plus qu'une seule pensée, un désir unique, celui de s'en aller bien loin d'un pays où il avait été exposé à des dangers si nombreux et à des malheurs innommés, Il se hâta donc de s'embarquer, lui et ses hommes, à bord de quelques brigantines d'une construction primitive, qu'il laissa aller au fil de l'eau, persuadé que, de cette façon, il arriverait en plein Océan.
Les aventuriers en déroute longèrent les bords du fleuve et passèrent devant les montagnes de Vicksburg, les terrains d’alluvion où est bâti actuellement le fort Adams, et enfin à Bäâton-Rouge, qui n'existait pas encore. Du reste, tout Ce qui se trouvait plus bas n'était qu'un marécage d'un aspect monotone; sur les bords recouverts par l'eau du fleuve, on voyait émerger, de ci de là, des cyprès de haute taille, aux branches desquels des guirlandes de mousse étaient appendues.
Peu à peu Moscoso et son équipage n'aperçurent même plus la terre inondée, et, entratnées par le courant, les brigantines pénétrérent en plein Océan, où plutôt au milieu des vagues verdoyantes de cette mer intérieure qualifiée de nos jours : golfe du Mexique.
Un siècle s'écoula après la découverte du fleuve Mississipi, pendant lequel nul Européen ne songea à pénétrer de nouveau dans les solitudes de ce pays inconnu. Pendant cette période, l'embouchure du fleuve passa pour un mythe, un rève de navigateur en délire : on racontait que le courant de cet amas d'eau disparaissait tout à coup au milieu d'un gouffre; que le voyage raconté par Luis de Moscoso et ses compagnons était un mensonge de voyageur : mieux encore, on aflirmait que des « dragons » et des brouillards dangereux gardaient les approches du Mississipi, Ces « racontars » étaient tout à fait en rapport avec les traditions des Indiens qui habitaient vers le nord, dans les parages où résidaient les Fox et les Jlinois.
Vers l'année 1673, un moine français, le Père Marquette, quitta Québec, traversa les lacs du Nord et parvint sur les rives du haut Mississipi, en suivant les rivières Fox et Wisconsin.
I crut avoir accompli un trait d'audace digne d'être mentionné dans les pages de l'histoire, et revint à Québec, où il annonça à qui voulait l'entendre qu'il était convaincu du fait suivant : que l’on pouvait atteindre l'embouchure du Mississipi en descendant un grand fleuve sur les bords duquel il avait passé.
A cette nouvelle, on se livra à la joie, un Te Deum fut chanté dans toutes les églises du Canada ; des saluts à coups de canon ébranlèrent les vitres des maisons de Québec et de Montréal, et les autorités civiles et militaires déclarèrent bien haut que les « grandes vallées de l'Ouest » appartenaient à la France, par droit de découverte.
Un autre explorateur vint ensuite : il se nommait La Salle. Celui-ci commença son voyage aux «€ chutes de Saint-Anthony » et descendit graduellement le cours du Mississipi. L
Le 9 avril 1682, il entrait en plein golfe du Mexique, allait jeter les fondations du fort Saint-Louis et donnait à tout le pays voisin le nom de Louisiane.
A son retour au Canada, La Salle organisa une expédition afin de découvrir l'embou-
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chure du « Père des Eaux », du côté de la mer, Pauvre navigateur! son équipage, las d'avoir passé des mois entiers et d'avoir collaboré à la construction de deux forts sur les côtes, ne voulant plus céder à la discipline sévère de son chef, assassina ce malheureux La Salle, à l'embouchure de la rivière Trinité, dans lu baie de Galveston, où l'expédition avait atterri, sans avoir découvert l'embouchure du fleuve.
Ce fut un nommé Iberville qui, dix-huit mois plus tard, eut l'honneur de pénétrer dans la plus grande passe du Mississipi; mais il comprit bientôt que l'embouchure du fleuve n'était pas unique, qu'elle se composait de différentes branches enchevétrant dans leurs méandres des îles marécageuses formées par les alluvions et les détritus de toute sorte entrainés par les eaux. Tout ce réseau de ruisseaux, de bayous, de passages, se nomme de nos jours le Delta du Mississipi et couvre un territoire de 14 milles carrés, s'avançant en triangle au milieu du golfe.
Les trois principales branches sont connues sous la dénomination de Southwest, South, Northeast. Une quatrième s'appelle l'Outre. Ces quatre vomitoires du Mississipi traversent des marécages immenses; aussi n'est-il pas étonnant que l'infortuné La Salle se soit morfondu pendant plus de deux ans à la recherche de ces embouchures en louvoyant sur les côtes de la mer. De nos jours même, sans les bouces et les poteaux indicateurs placés aux extrémités des palus salés, les plus habiles pilotes se tromperaient pour arriver à la Nouvelle-Orléans.
Iberville, élevé à la bonne école de notre marine française, se dit qu'un fleuve d'une aussi grande étendue, d’une impulsion aussi majes:ueuse, devait porter ses eaux assez loin dans la mer pour qu'on discernât leur couleur bo irbeuse de celle de l'Océan. Il ne s'était point trompé. A notre époque, cette teinte grise est le meilleur indice de l’arrivée devant le Delta.
Celui qui se trouve là jette les yeux sur le phare solitaire placé sur la pointe d’un ilot, à l'entrée de la passe Southwest. C'est une construction bizarre, près de laquelle demeure le gardien aguerri contre la fièvre jaune et les miasmes de ce terrain malsain et délétère,
Dans l'intérieur de la passe, que l'on nomme Northeast, se dresse, un peu au-dessus du niveau du fleuve, un banc de boue épaisse qui est anpelé Balize. IH y a bien longtemps, certaines gens d'origine espagnole, qui trouvaient incon:mode de vivre sous la dépendance des lois et des coutumes d’une ville, vinrent s'établir dans cet endroit, où les attirait l'isolement, la quantité innombrable de gibier d’eau, et la chance äe servir de pilotes, ou de ramasser les épaves, quand l'occasion s'en présenterait. Depuis cinquante ans, les besoins du commerce ont amené à Balize une population qui a changé la hutte traditionnelle en des maisons d'un aspect gracieux. Des femmes, des enfants se promènent sur cette plage autreiois déserte, et les pilotes du pays passent pour aussi habiles que leurs confrères d'autres localités. Montés sur des bateaux parfaitement pontés, on les voit louvoyer à l'entrée des passes et s'avancer sur les eaux du golie. Ils abordent alors le premier navire qui se présente à eux et lui donnent des nouvelles qui n'ont rien de commun avec le stratagème employé par le pirate Laflite, quand il avait choisi Balize pour son repaire.
Les passes du Delta, même après le moment où on s'y est introduit, sont tout au plus «compréhensibles» au pilote expérimenté qui sait quelle direction doit suivre le navire confié à ses soins. À mesure que l’on remonte le courant, —en admettant que le voyageur ait pris passage sur un de ces légers stcamers qui servent de remorqueurs, — on peut discerner sur
les rives un gramen, ou plutôt des roseaux légers qui déterminent la rive, et, au delà de ce gazon rude, des récoltes de riz, groupées sur des monticules de boue, le long desquels l'eau suit son courant. Tout indique que les dépôts terreux du fleuve ont pris une certaine
consistance, Au delà de ce marécage, la rive prend une déclivité plus accentuée; sur